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Un avenir incertain : des enfants à nouveau pris dans des déplacements massifs à l'est de la RDC

Plus d'un million de personnes ont été déplacées au cours des dernières semaines en raison de l'escalade du conflit

UNICEF RDC
Des personnes déplacées marchent en portant des grands sacs sur leurs dos, ansi que des enfants
UNICEF/UNI742817/Jospin Benekire
05 mars 2025
Temps de lecture : 4 minutes

À quelques pas du magnifique lac Kivu, Shasha est une communauté qui tente timidement de se reconstruire. Au cours des deux dernières semaines, un village presque désert reprend vie. Environ 16 000 personnes sont revenues, alors qu’une nouvelle vague de déplacements causés par le conflit pousse une fois de plus des enfants et des familles à fuir dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).

« Nous sommes très heureux d'être de retour », confie Daniella, 13 ans, après plusieurs heures passées à jouer avec d'autres enfants dans le cadre d'un programme soutenu par l'UNICEF pour les enfants déplacés à Shasha. « Avant, nous passions nos journées au bord de la rivière sans rien faire, et il n’y avait pas assez de monde avec qui rigoler. »

Une jeune fille parle, en étant assise sur un chaise plastique
UNICEF/UNI751831/Jospin Benekire

Mais quitter précipitamment le site de personnes déplacées de Mugunga, dans la ville de Goma, pour se rendre à Shasha a aussi eu un coût. Les enfants subissent de plein fouet les traumatismes liés à l’escalade de la violence, ainsi que le déplacement soudain loin de Goma où ils étaient scolarisés.

« Être ici sans pouvoir étudier, c’est très difficile. J'étais déjà en première année au secondaire et je devais passer un examen pour aller en deuxième année. Mais papa a des problèmes financiers alors je ne sais pas si je pourrai continuer mes études. »

Claudine Bahati, mère de six enfants, est aussi récemment revenue à Shasha. « J'ai fui les combats en février de l'année dernière. Nous nous sommes réfugiés à Kitembo, où nous avons vécu pendant un certain temps. Mais en janvier 2025, la guerre nous a rattrapés. Nous avons fui à nouveau, mais malheureusement une bombe est tombée sur notre maison. J’ai été blessée, ainsi que mes enfants, mais heureusement, nous avons survécu. »

De retour à Shasha, elle bénéficie désormais des services médicaux gratuits au centre de santé local, mais elle craint que la vie ne redevienne jamais comme avant.

Une femme, assise à côté d'un enfant, devant des maisons en terre
UNICEF/UNI742822/Jospin Benekire

« Nous traversons une période très difficile. Tout ce que nous avions laissé derrière nous a été volé, et nous n'avons rien trouvé à notre retour. Avant, nous avions des commerces, nous cultivions nos champs et grâce à cela, nous vivions bien. Nous pouvions subvenir à nos besoins grâce à nos récoltes et à nos activités », explique-t-elle.

À côté du centre de santé, la psychologue clinicienne Judith Sivanzire anime un point d'écoute depuis deux semaines, avec le soutien de l'UNICEF. 

Elle écoute les personnes récemment déplacées qui racontent leur histoire, leur apporte un soutien psychosocial et aide à mettre les enfants en contact avec des services sociaux tels que la recherche et la réunification des familles.

Une femme assise face à un enfant
UNICEF/UNI751833/Jospin Benekire
Une femme discute avec deux enfants assis face à elle, en tenant un téléphone dans sa main
UNICEF/UNI751835/Jospin Benekire

« Les traumatismes sont bien présents », constate-t-elle. « Les gens ne sont pas encore stables sur le plan émotionnel. Nous essayons d’expliquer les choses, car le traumatisme mental n'est pas bien compris ici. Pour les survivants de violences sexuelles, nous assurons un accompagnement psychologique et nous prenons en charge les frais médicaux. »

« C’est une situation fragile pour beaucoup. Certaines personnes ont passé un an dans des sites de déplacement sans aucun moyen de subsistance. Émotionnellement, elles sont à bout. Les écoles ne sont pas encore ouvertes. Se reconstruire après un tel traumatisme prend du temps. Mais il y a aussi des signes positifs : les enfants retrouvent d’anciens amis dans la communauté et il y a de la nourriture disponible dans les champs. Mais il est difficile de tout recommencer quand l’avenir est si incertain. »

Un groupe d'enfants autour de deux adultes
UNICEF/UNI751845/Jospin Benekire

Jusqu’à présent, 120 enfants non accompagnés ont été identifiés dans la communauté. Les efforts se poursuivent pour retrouver leurs familles. Ces enfants sont particulièrement vulnérables aux violences et au recrutement potentiel par des groupes armés.

Au centre de santé local, les activités reprennent après plus d’un an d’arrêt, lorsque le conflit a atteint les abords du village.

« Nous avons traversé une période difficile », explique l’infirmier Joachim Kabumba, qui a rouvert le centre il y a deux semaines avec le soutien de l’UNICEF et de la Croix-Rouge. « Tout avait été pillé : il n’y avait plus de médicaments, plus de chaises et les portes avaient été forcées. Grâce à l’UNICEF, nous avons reçu des médicaments qui nous permettent d’assurer des soins gratuits de première nécessité. »

Un infirmier parle avec une femme assise en face de lui
UNICEF/UNI742812/Jospin Benekire

Aujourd’hui, le centre peut traiter jusqu’à 1 000 cas de paludisme, 50 accouchements et 40 cas de malnutrition aiguë sévère, avec de nouveaux stocks de médicaments attendus prochainement. L’afflux de patients continue chaque jour, et des cas suspects de choléra et de mpox ont été recensés.

Comme de nombreux déplacés de retour chez eux, Claudine ne s’accroche qu’à l’espoir qu’un jour, les choses s’amélioreront.

« Ma famille et moi, avec mes enfants, voulons simplement retrouver une vie meilleure, revenir à ce que nous étions avant. C'est vraiment mon vœu le plus cher. »