Ruth, la fille du Pasteur

L’école confessionnelle islamique Badra Aly

Yanne Low et Issa Mboup
Ruth, la fille du Pasteur
Unicef CIV/2021/FrankDejongh
22 septembre 2021

Il est 14h, de grosses gouttes de pluie s’abattent sur Abobo. Au flanc de la colline, à quelques encablures de la nouvelle autoroute, à une trentaine de kilomètres de Cocody, dans la périphérie d’Abidjan, réside la petite Ruth dans une maisonnette couverte de tôles, avec des finitions modestes. La petite fille est l’aînée d’une fratrie de 3 enfants et fréquente l’école confessionnelle islamique Badra Aly de Akeikoi située à 5 minutes de marche de chez elle ; l’école où son père, le Pasteur David a choisi de l’inscrire depuis 3 ans.

Ruth et pere
Unicef CIV/2021/FrankDejongh

Assise à côté de son père, la petite de 9 ans, l’air innocent, le visage arrondi avec une noirceur d’ébène se confond à la pénombre du petit séjour sobrement aménagé. Entre deux éclairs, on perçoit à peine la petite fille, la tête couverte du voile islamique.

Dans une expression sobre, la voix rauque et le débit lent, le Pasteur martèle avec assurance, le sourire aux lèvres, sa conviction que la structure islamique d’éducation Badra Aly répond parfaitement à son ambition d’offrir à sa fille une éducation basée sur les valeurs morales, un esprit d’ouverture au monde dans sa diversité culturelle, religieuse et linguistique.

Interrogée sur son école, Ruth rétorque dans une voix frêle : « J’aime mon école. J’y apprends des valeurs telles que le courage, la propreté, le respect et l’obéissance. En plus du français, j’apprends l’anglais et l’arabe. Je m’entends bien avec mes camarades et mon enseignant, même si nous avons des religions différentes ».

A la question, comment les fidèles perçoivent son option, le Pasteur répond sereinement que la langue ne devrait pas être une barrière à l’éducation d’un enfant.

« J’assure l’éducation religieuse de ma fille dans la foi chrétienne et les deux religions partagent des valeurs universelles. Ma famille et mes coreligionnaires ont fini par comprendre qu’un enfant chrétien peut parfaitement fréquenter une structure islamique, tout comme un enfant musulman peut être accueilli avec succès dans une école d’obédience chrétienne. »

Pasteur David
Pasteur David
Unicef CIV/2021/FrankDejongh

Le religieux explique en partie son choix par sa passion pour la langue arabe. Il s’empresse de préciser qu’il y a beaucoup de chrétiens arabes. En plus, la maman de Ruth est satisfaite du comportement de sa fille à la maison et de ses résultats à l’école.

Avec foi et assurance, il invite les imams et les chefs religieux musulmans et chrétiens à mieux expliquer la limite entre la religion et la langue en matière d’éducation.

« Pour mon père, je dois être une citoyenne du monde et pouvoir communiquer dans plusieurs langues. Je rêve d’être une sage-femme pour venir en aide aux femmes enceintes, mais mon père aimerait que je sois une juriste internationale avec 3 langues. Ça me ferait aussi plaisir d’avoir ce métier pour voyager et défendre les victimes. »

Ruth
Ruth2
Unicef CIV/2021/FrankDejongh

Son vœu est que l’Etat Ivoirien soutienne davantage les enseignants des structures islamiques d’éducation pour qu’ils puissent à l’image de ceux de l’école de sa fille, délivrer un enseignement de qualité. Ruth fait partie des 105,262 élèves des structures islamiques ayant bénéficié des kits scolaires distribués par l’UNICEF avec l’appui de l’Union Européenne pour faciliter leur accès à une éducation inclusive de qualité.