Une seconde chance pour les enfants hors de l’école en Côte d’Ivoire
Le parcours de Bernice, bénéficiaire du programme ENACTE
Je m’appelle Bernice. J’ai 16 ans. Pendant longtemps, je n’allais plus à l’école. Pourtant, je nourrissais le rêve de devenir avocate pour défendre les droits de tous ceux qui en ont besoin. Malheureusement, mon parcours s’est arrêté en classe de sixième. Ce n’était pas parce que je ne voulais plus apprendre. C’était à cause d’un papier. Pour passer l’examen de l’entrée en sixième, il fallait présenter mon extrait de naissance. Le mien existait, mais mon père l’a emporté avec lui lorsqu’il a rompu avec ma mère. Cette dernière a essayé tant bien que mal d’en refaire un, mais ses tentatives ont été infructueuses. Sans ce document, je ne pouvais plus poursuivre ma scolarité.
C’est ainsi que j’ai perdu quatre années de mon enfance à accompagner ma mère au champ ou encore à laver les assiettes et à servir quelques clients dans un restaurant environnant.
Cette année 2026, mon parcours a pris une nouvelle direction. Le centre social d’Okrouyo m’a proposé plusieurs options de formation et j’ai choisi le maraîchage. Je suis heureuse de cette formation à partir de laquelle, j’apprends à préparer le sol, à planter, à entretenir les cultures. Je vais continuer de travailler dur pour demain devenir une grande productrice de produits maraichers et peut être devenir une formatrice.
Le parcours de Bernice reflète une réalité plus large dans la région de la Nawa. Comme elle, 81 adolescents et jeunes en situation de vulnérabilité bénéficient de formations théorique et pratiques, notamment en maraîchage et en aviculture, dans le cadre du programme ENACTE, avec l’appui stratégique de l’OIT en collaboration technique avec la DAIP (Direction de l’Apprentissage et de l’Insertion Professionnelle), les directions techniques des ministères concernés et de l’ANADER.
Son formateur, Bohoussou Loukou Maurice, observe rapidement les progrès des jeunes :
Dans cette zone où les produits maraichers restent insuffisants devant la demande, cette formation est une opportunité concrète pour ces jeunes de produire, de se rendre utiles et de générer leurs propres revenus, tout en répondant à une demande locale qui évolue.
Au centre social d’Okrouyo, cette histoire n’est pas isolée. Le directeur du centre connaît bien ces parcours. Lui-même ne se destinait pas à ce métier au départ. C’est en découvrant le rôle des assistants sociaux qu’il a choisi de s’engager auprès des plus vulnérables. Il rappelle d’ailleurs que, derrière chaque situation comme celle de Bernice, il y a des difficultés plus larges.
Le travail des enfants est souvent lié aux difficultés des familles. Il faut les accompagner, pas seulement les sensibiliser pour que les ménages ne soient plus vulnérables
Dans la région de la Nawa, où de nombreux enfants interrompent leur scolarité pour des raisons économiques ou administratives, l’accompagnement du centre social permet d’éviter que ces parcours ne basculent définitivement.
Bernice n’est pas encore devenue avocate. Mais elle a retrouvé une trajectoire grâce à l’appui de l’union européenne et l’ambassade de suisse, à travers le programme ENACTE qui est mis en œuvre par l’OIT, l’UNICEF et l’OIM.
Et pour cette adolescente comme pour tous les autres qui ont précocement quitté les cours ou encore qui n’y sont jamais allés, les initiatives de formation par apprentissage de proximité (au travers des Pôle de Formation par Apprentissage) tel que celle dont bénéficient actuellement Bérénice, constituent de réelles sources d’espoir pour ces jeunes et adolescent en quête d’une deuxième chance.