Renforcer la résilience dans le Nord de la Côte d’Ivoire
Pour que chaque enfant naisse et grandisse en bonne santé, protégé contre la violence et l’exploitation, ait accès à de l’eau et un environnement propre, à une nourriture de qualité et à l’éducation, où qu’il soit et d’où qu’il vienne.
Bibata Ouedraogo pose devant sa maison avec ses trois enfants Sinaré, Barakissa et Rofiatou à Tougbo, dans le nord de la Côte d'Ivoire à trois heures de Ferkéssedougou. Cette jeune femme d’une trentaine d’années, originaire du Burkina Faso s’est réfugiée chez une nouvelle famille avec son mari et ses enfants à cause de la situation sécuritaire de son village.
Bibata témoigne : « Nous avons fui notre village laissant tous nos biens pour être en sécurité depuis plusieurs mois. Ici, nous visons avec plusieurs autres familles dans des conditions difficiles. Mon mari et moi sommes des cultivateurs mais il est seul à partir travailler car nous avons peur chaque jour d’être attaqués par les groupes armés. En ce moment, je suis très souvent malade et sans revenus je ne peux pas prendre correctement soin de moi, ni des mes enfants qui sont aussi sans repères. »
« Je suis très triste de voir mes enfants ainsi sans pouvoir agir. Ils ne vont pas à l’école et me demandent très souvent quand nous allons rentrer chez nous. J’ai aussi peur pour mon mari qui part nous chercher de quoi à manger, j’espère vraiment que notre situation va s’améliorer avec une nouvelle maison et un nouveau champ pour que je puisse aider ma famille. » – ajoute Bibata.
Odette Ouedraogo et ses enfants, sont aussi des réfugiés du Burkina Faso, à Tougbo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Odette est âgée de 40 ans et mère de 3 enfants. Son mari, Madi Sinara, a 45 ans. Ils ont fui le Burkina Faso il y a 7 mois avec leurs deux enfants et leurs grands-parents. Ali, le plus jeune est né ici il y a trois mois. La grand-mère est décédée il y a 10 jours.
Odette raconte : "Nous avons dû fuir parce qu'il y avait des attaques fréquentes de personnes mal intentionnées et que des voisins et des amis ont été tués. Nous avions trop peur pour rester. Nous sommes accueillis ici par une famille. L'essentiel est que nous nous sentions en sécurité ici. Mais il est difficile de survivre. Il y a un manque d'eau. Nous devons marcher très loin pour trouver de l'eau. Il n'y a pas non plus de médicaments. Ali, qui a maintenant 3 mois, est né dans cette maison. Nous essayons de survivre avec ce que nous avons, et avec ce que nous obtenons, mais c'est difficile. Abdul, 4 ans, et Barakisa, 7 ans, ne vont pas à l'école. J'espère que nous pourrons rentrer chez nous bientôt, quand ce sera sûr, ou si mon mari a la possibilité de travailler ici pour subvenir à nos besoins."
Elie Kamou est le tuteur de plusieurs familles réfugiées du Burkina Faso, à Tougbo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Au total, 27 familles ont été accueillies par Elie et sa grande famille composée de 4 femmes et 38 enfants.
Elie témoigne : « Les premières familles que j’ai accueillies sont originaires de villages que j’ai parcouru quand j’étais commerçant, j’y allais souvent pour vendre mes légumes. Je n’ai donc pas hésité à les aider car cette situation nous concerne tous. Le plus difficile pour nous est le logement car la plupart des habitations ne sont pas adaptées au besoin des familles. Aussi, je n’ai pas les moyens de nourrir tout le monde, ils vivent selon les maigres ressources qu’ils ont quand les hommes viennent avec moi dans les champs car je n’ai pas la force de cultiver pour autant de personnes. La situation sécuritaire nous inquiète aussi, nous sommes en ce moment à la recherche de 5 hommes portés disparu depuis quelques jours. Il est temps que les autorités nous viennent en aide. »
Les populations du Nord de la Côte d’Ivoire, en particulier les enfants qui constituent plus de la moitié des habitants de ces régions, sont confrontées à des conditions d’existence souvent difficiles, marquées par un nombre élevé de privations multiples. Ces derniers résultant à la fois d’un déficit d’offre en services sociaux de base de qualité, d’une grande vulnérabilité des ménages face aux chocs de toute nature, d’une mobilisation communautaire faible ou trop peu soutenue et inégalitaire et d’un manque de connaissance au niveau des individus et de l’influence de normes sociales défavorables. Dans ce contexte, la persistance de tensions communautaires sous-jacentes, la multiplication récente des attaques de groupes armés non étatiques (GANE) dans la zone frontalière avec le Burkina Faso et l’arrivée de réfugiés fuyant la crise du Sahel central font craindre une fragilisation accélérée de la cohésion sociale et une dégradation rapide des conditions de vie des populations, en particulier de celles des enfants, des jeunes et des femmes.
Afin d’aider la Côte d’Ivoire à atteindre ses objectifs de développement durable dans les régions du Nord, et appuyer les initiatives prises à cet effet par les autorités nationales, notamment la Phase 2 du Programme Social du Gouvernement (PSGouv2 2022-2024), en particulier son axe 1 qui vise à « lutter contre la fragilité dans les zones frontalières du Nord» , l’UNICEF propose, conformément à son plan stratégique global , au Cadre de Coopération pour le Développement Durable (CCDD 2021-2025) , aux recommandations issues des missions conjointes et du diagnostic communautaire réalisé en 2021 et aux orientations du programme de coopération (CPD) signé avec le Gouvernement en 2021 un programme d’interventions multisectorielles convergentes et sensibles au genre destiné à renforcer la résilience des systèmes, des communautés et des individus face aux chocs dans les 2 régions du Bounkani et du Tchologo.
En ligne avec les principes fondamentaux sur lesquels repose la programmation de l’UNICEF en matière de résilience dans un contexte de fragilité et de tensions, ce programme visera à renforcer la cohésion sociale à la fois verticalement (entre l’Etat et ses citoyens) et horizontalement (entre et au sein des différentes communautés), en améliorant les capacités d’anticipation, de prévention, d’absorption, d’adaptation et de transformation des systèmes, des communautés et des individus à tous les niveaux.