L’extrait de naissance : un document légal et un droit fondamental !

Un simple document, un futur bloqué : Le témoignage de Elise.

Lydia Kouadio
Enregistrement des naissances à Tagbayo Dioulabougou
UNICEF / 2025 / Lydia Kouadio
11 juin 2025

Souvent banalisé, l’enregistrement des naissances à l’état civil est le premier pas vers la reconnaissance légale d’une vie et donc un droit essentiel pour chaque enfant. Le premier fils d’Elise Koné, vivant à Tagbayo Dioulabougou a fait les frais de l’ignorance de sa famille à ce sujet.  

« Nous ne savions pas qu’il fallait déclarer notre enfant à l’état civil après la naissance. » Elise, la mère.   

Par ignorance des procédures, Élise et son mari n’ont jamais établi d’acte de naissance pour leur premier fils. L’enfant a pourtant suivi un parcours scolaire régulier jusqu’en classe de CM2, où il devait passer le CEPE et l’examen d’entrée en sixième. Mais à ce moment important de son parcours, une requête d’apparence simple mais qui allait constituer un obstacle inattendu a surgit : pour obtenir sa convocation, il devait fournir son extrait de l’acte de naissance. Sans ce document, il ne pouvait pas passer l’examen. Le temps pour faire l’extrait était trop court. C’était comme si un piège s’était refermé sur lui. 

Résultat : le garçon n’a pas pu se présenter à l’examen. L’année suivante, les démarches pour obtenir l’extrait n’étaient toujours pas faites. Sa course pour l’éducation a été freiné là, seulement en classe de Cm2. Aujourd’hui âgé de 25 ans, il vit chez un oncle et tente de s’en sortir avec les moyens du bord. Un avenir brisé, non pas par manque de volonté, mais par une omission administrative. 

Une leçon dure, mais utile 

Cette expérience a profondément marqué la famille. Pour leur deuxième enfant, Élise et son mari n’ont pas répété la même erreur. Dès la naissance, ils ont procédé à sa déclaration à l’état civil. Aujourd’hui, ce fils est en CM2, prêt à passer les mêmes examens que son grand frère n’a jamais pu tenter. 

Enregistrement des naissances à Tagbayo Dioulabougou
UNICEF / 2025 / Lydia Kouadio

Mon premier fils a vu ses opportunités réduites. Mais aujourd’hui, nous avons rectifié le tir. Tous mes autres enfants ont leur extrait de naissance, et nous espérons qu’ils auront une meilleure chance dans la vie.

Élise

Un simple document, un futur débloqué 

Élise est aujourd’hui une voix forte pour les femmes et les enfants de sa communauté. Son témoignage sert d’alerte et d’inspiration. Elle explique désormais à toutes les jeunes mères que faire un extrait de naissance, c’est ouvrir les portes de l’avenir à leur enfant. 

Pour Ousmane Silué, président du Comité CAQ, l’histoire de cette famille illustre l’importance de l’écoute sociale, mise en place dans le cadre du programme ENACTE : 

« Même pour voyager avec un enfant, il faut ses papiers légaux. Alors imaginez pour aller à l’école. Aujourd’hui, tous les enfants de cette famille sont déclarés. » 

L’absence d’enregistrement des naissances est souvent une cause cachée du travail des enfants. Sans papiers, pas d’école. Sans école, peu d’alternatives. Le programme ENACTE, à travers ses actions communautaires, continue de lutter contre cette réalité, en rendant visible l’importance d’un droit aussi fondamental qu’un extrait de naissance. 

Grâce à ce programme porté par l’UNICEF, l’OIM et l’OIT, de nombreuses familles de la région de la Nawa ont été sensibilisées à l’importance de l’enregistrement des naissances à l’état civil dans les délais légaux de 3 mois après les naissances. Les freins culturels, administratifs ou liés à l’accès aux services de l’état civil ont été identifiés et levés. Désormais, les sage-femmes des centres de santé sont impliquées dans la déclaration systématique des naissances, facilitant l’obtention des extraits d’acte de naissance dès les premiers jours de vie.