Enregistrer les naissances pour garantir l’accès à l’éducation
À l’hôpital général de Soubré, la déclaration des naissances dès l’accouchement renforce l’accès à l’éducation et aide à prévenir le travail des enfants dans la région de la Nawa.
Le 10 avril 2026, à 9h07, à l’hôpital général de Soubré, la journée de Moussa Segda commence déjà au rythme des nouveau-nés et des familles qui défilent devant son bureau.
Agent de bureau à l’état civil de la mairie de Soubre , il accomplit chaque jour une mission essentielle : enregistrer les naissances pour que les enfants puissent exister légalement dès leurs premiers jours de vie.
« Dès que l’enfant naît, les parents envoient le papier. Moi, je capte l’enfant ici. Après avoir fini de capter l’enfant, je renseigne toutes les informations sur ce papier qu’on appelle l’attestation médicale de naissance », explique-t-il.
Dans son bureau, Moussa note soigneusement le numéro du document, le nom de la mère, son contact ou celui de la personne venue faire l’enregistrement. Rien n’est laissé au hasard. Et lorsque les parents tardent à revenir, il ne les oublie pas.
« Au cas où les parents ne viennent pas déclarer l’enfant, on les appelle. Au fait, je fais des rappels à chaque moment pour leur dire qu’ils ont déjà enregistré la naissance de leur enfant et qu’ils doivent venir faire la déclaration pour avoir les papiers de l’enfant », raconte-t-il.
En Côte d’Ivoire, où l’absence d’acte de naissance peut devenir un obstacle majeur à la scolarisation, ce travail prend une importance particulière. Sans existence administrative, un enfant risque plus tard de se retrouver exclu de l’école, donc davantage exposé à la vulnérabilité et au travail des enfants. À Soubré, tout commence pourtant par une démarche simple. La déclaration est gratuite ; seuls les timbres sont à payer. Une fois le processus engagé, les familles peuvent récupérer les documents qui permettront à leur enfant de grandir avec une identité reconnue.
Ce matin-là, Coulibaly Abdoulaye fait partie de ceux qui viennent récupérer l’acte de naissance de son enfant. Sa femme a accouché le 6 février. Père de six enfants, quatre garçons et deux filles, ce commerçant connaît l’importance de cette démarche.
La procédure est finie et j’ai récupéré l’acte de naissance. Ce document va permettre à l’enfant d’être scolarisé dans les années à venir. Tous mes enfants vont déjà à l’école et c’est grâce à l’acte de naissance.
Pour lui, il ne s’agit pas d’une formalité parmi d’autres, mais d’une responsabilité parentale.
« J’encourage les pères de famille afin qu’ils viennent faire les papiers de leurs enfants parce que si tu ne le fais pas, à un moment donné, ça va fatiguer l’enfant et te fatiguer aussi. Mais si tu as tous les papiers, cela te permet de faire beaucoup de choses », ajoute-t-il.
Un autre père, Issouf, est venu ce jour-là pour prendre les renseignements nécessaires afin de déclarer son enfant âgé de deux mois. Jusqu’ici, la mère n’avait pas encore eu le temps d’entreprendre les démarches. Sa présence à l’hôpital marque une étape décisive : celle d’un parent qui veut s’assurer que son enfant ne grandira pas sans papiers.
Dans la salle d’attente, une grand-mère nommée Awa tient un bébé de trois jours dans ses bras. Elle est venue pour l’enregistrement, mais il manque encore certains documents. Elle ne renonce pas pour autant. Elle appelle la maison pour qu’on les apporte.
Pour elle, l’enjeu est clair : « Il doit avoir les papiers pour aller à l’école. »
Cette conviction, partagée par les familles, montre combien la déclaration des naissances est liée à l’avenir des enfants. À Soubré, elle ne sert pas seulement à établir une identité. Elle ouvre aussi la porte à l’éducation, aux soins, et à une meilleure protection.
Dans son bureau, Moussa poursuit sa tâche avec méthode. Le registre doit atteindre 50 naissances avant transcription et transmission au secrétariat, en attendant l’installation du logiciel qui permettra de moderniser la procédure. Pour l’instant, les registres sont envoyés à la mairie, puis les copies reviennent à l’hôpital pour être remises aux bénéficiaires.
Ce travail peut sembler administratif. Pourtant, ses effets sont profondément humains : chaque naissance enregistrée donne à un enfant une identité, lui ouvre l’accès à l’école et aux soins, le protège contre les abus et lui permet d’exister pleinement aux yeux de la société
À chaque naissance enregistrée, c’est un enfant de plus qui pourra un jour entrer à l’école avec les documents requis. Un enfant de plus dont l’existence est reconnue. Un enfant de plus qui a plus de chances d’échapper à l’exclusion et au travail précoce.
À Soubré, Moussa n’assiste pas seulement à l’arrivée des nouveau-nés dans le monde. Il veille aussi à ce qu’ils y aient une place.
Dans le cadre du programme ENACTE mis en œuvre par l’UNICEF, l’OIT, l’OIM avec le financement de l’Union Européenne et la Suisse, 5 287 naissances ont été régularisées dans la région de la Nawa.