Bâtir l’avenir des enfants en recyclant des déchets

Le projet novateur de la Côte d’Ivoire : transformer des déchets plastiques en matériaux de construction de nouvelles écoles

Henry Fersko
Une fille joue dans une décharge en Côte D'Ivoire
UNICEF/Frank Dejongh

17 janvier 2019

Gonzagueville, Côte d'Ivoire – Chaque jour, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan, produit 288 tonnes de déchets plastiques, dont la plus grande partie finit dans les décharges de quartiers pauvres, par exemple à Gonzagueville, et pollue l’air, le sol, la mer et les terrains de jeux des enfants. Seuls environ 5 % de ces déchets sont recyclés, souvent de façon informelle par des femmes comme Adja qui les récupèrent dans les décharges et les vendent à très bas prix.

« Quelquefois, le plastique ne se vend pas bien et nous devons le conserver chez nous pendant des semaines. Cela rend nos enfants malades mais nous n’avons pas d’autre possibilité que d’attendre que le prix augmente de nouveau », explique cette mère de trois enfants.

La gestion inadéquate des déchets est à l’origine de 60 % des cas de paludisme, de diarrhée et de pneumonie chez les enfants – maladies qui sont parmi les principales causes de décès d’enfants en Côte d’Ivoire et dans de nombreux autres pays du monde. La pollution aérienne causée par l’incinération de plastique entraîne des infections respiratoires. Le plastique conservé dans des maisons n’est souvent pas désinfecté, ce qui facilite la propagation de maladies. La pollution des eaux souterraines aggrave les problèmes existants d’hygiène et d’assainissement. Et les déchets plastiques bloquent les systèmes d’écoulement des eaux et créent ainsi des zones où pullulent les moustiques.

Il y a tellement de déchets partout – nous ne savons vraiment pas quoi en faire. Et à cause de cela, nos enfants tombent malades.

Pour de nombreuses femmes, ce travail n’est qu’un pis-aller.

« Il n’y avait pas de travail et nous devions nous nourrir et nourrir nos enfants », raconte Boronema, âgée de 28 ans et mère de quatre enfants. Elle est souvent obligée d’amener ses plus jeunes enfants avec elle à la décharge car elle n’a pas les moyens de les mettre à la crèche et il n’y a pas d’école à proximité.

« Nous nous démenons pour avoir de quoi vivre pour que nos enfants n’aient pas à faire le même travail que nous », ajoute Adja.

Une femme regarde au loin en Côte d'Ivoire
UNICEF Côte D'Ivoire/2018/Bhandari
Âgée de 30 ans, Adja a trois enfants. Elle parcourt 3 km à pied tous les jours pour aller ramasser des déchets plastiques à la décharge. Il peut être difficile de les vendre ; cela prend parfois des semaines.

Des perspectives d’avenir grâce à l’éducation

En ouvrant de nouvelles possibilités d’emploi, un enseignement de qualité pourrait aider ces enfants à rompre le cycle de la pauvreté. Mais les ramasseurs de déchets ne gagnent souvent pas assez pour envoyer leurs enfants à l’école. Parmi les enfants déscolarisés de la Côte d’Ivoire, plus de 800 000 sont issus de ménages vivant dans la pauvreté. De plus, il n’y a tout simplement pas assez d’écoles. Les salles de classe sont donc surpeuplées et accueillent en moyenne de deux à trois fois plus d’enfants qu’elles ne le devraient dans les quartiers défavorisés.

 « Nous travaillons dans des conditions très [difficiles] », explique un enseignant local. « C’est comme si les enfants étaient parqués dans un enclos. Nous avons besoin de davantage de salles de classe. »

Des enfants se serrent les uns à côté des autres dans une salle de classe en Côte d'Ivoire
UNICEF Côte D'Ivoire/2018/Bhandari
Des enfants se serrent les uns à côté des autres dans une salle de classe de Gonzagueville, en Côte d'Ivoire. Parce qu’il n’y a pas assez d’écoles et de salles de classe, les classes des quartiers défavorisés accueillent en moyenne de deux à trois fois plus d’enfants qu’elles ne le devraient.

Transformer des déchets plastiques en matériaux de construction de salles de classe

Pour relever ces défis, l’UNICEF s’est fixé un objectif ambitieux : transformer tous les déchets plastiques en matériaux de construction de salles de classe. Conceptos Plasticos, une entreprise sociale colombienne, a mis au point une technique permettant de fabriquer à partir de plastiques autres que le PVC des briques qui sont moins chères, plus légères et plus durables que les briques classiques.

La première salle de classe africaine en plastique recyclé a été construite au début de l’année 2018 à Gonzagueville, et les cours commenceront ce mois-ci. Elle a été bâtie en cinq jours seulement, ce qui est très différent des neuf mois et de la longue formation nécessaires pour construire une salle de classe selon les méthodes traditionnelles.

Les briques en plastique, comparables à des blocs de Lego, ont été assemblées à l’aide seulement d’un marteau pour en faire une salle de classe. Aucune formation préalable n’était nécessaire. Le coût est inférieur de 40 % à celui des salles de classe traditionnelles.

Des enfants se rassemblent à l’extérieur d’une école en Côte d'Ivoire
UNICEF Côte D'Ivoire/2018/Bhandari
Des enfants se rassemblent à l’extérieur de la première salle de classe africaine bâtie en plastique recyclé, à Gonzagueville. Ce projet pilote a été la première étape d’un programme plus ambitieux qui consistera à recycler des milliers de tonnes de déchets plastiques de la Côte d’Ivoire pour construire davantage de salles de classe accueillant des enfants de familles à faible revenu.

Quarante élèves de maternelle, dont la plupart vivent sous le seuil de pauvreté et n’ont jamais été dans une salle de classe accueillant moins de 80 élèves, commenceront l’école dans cette salle en plastique ce mois-ci. Elle a été construite avec des briques de plastique achetées auprès de Conceptos Plasticos dans le cadre du projet pilote mais l’UNICEF prévoit de démarrer la production de ces briques en Côte d’Ivoire afin de réaliser son objectif plus vaste.

Trouver des utilisations novatrices du plastique deviendra un impératif de santé publique. 

D’ici à 2019, l’UNICEF a pour objectif de recycler 4 800 tonnes de déchets plastiques par an, de construire 30 salles de classe qui accueilleront 1 500 enfants, d’autonomiser un millier de mères qui vivent actuellement dans la pauvreté en instituant un marché officiel du recyclage et d’étendre cette action à trois autres pays. Mais il faut pour cela que l’équipe de l’UNICEF en Côte d’Ivoire puisse mobiliser les fonds nécessaires pour faire construire une usine qui fabrique les briques sur place (au lieu de les faire venir de Colombie).

Lien vers la vidéo sur son site hébergé
UNICEF/Frank Dejongh
Des millions de tonnes de plastique sont jetées chaque année. Un quartier de la Côte d’Ivoire s’en sert pour construire un monde meilleur pour ses enfants.

Créer de nouveaux marchés pour le plastique recyclé

Des recherches indiquent que dans les 30 ans à venir, la production mondiale de plastique pourrait être multipliée par quatre. Trouver des utilisations novatrices du plastique deviendra un impératif de santé publique. Sans gestion adéquate des déchets plastiques, la pollution des eaux souterraines pourrait priver de nombreuses communautés d’accès à l’eau salubre. Les systèmes d’écoulement des eaux bouchés par du plastique pourraient continuer de causer des inondations et d’endommager l’infrastructure. Et la pollution de l’air provenant de l’incinération de déchets présentera de graves risques pour l’environnement et la santé.

Cette méthode novatrice de transformation des déchets plastiques en briques destinées à la construction pourrait créer des débouchés à partir du problème de la gestion des déchets plastiques, en donnant accès à l’éducation grâce à la construction d’écoles, en renforçant le pouvoir d’action de ces populations tout en nettoyant l’environnement.

Norman Muhwezi, spécialiste de l’innovation à UNICEF Côte d'Ivoire

Du fait de leur moindre coût, de leur viabilité et de leur facilité d’assemblage, ces briques constituées à 100 % de déchets plastiques pourraient modifier de fond en comble le modèle de construction classique et ouvrir la voie à un marché mondial du plastique recyclé. Des millions de ramasseurs de déchets qui travaillent de façon informelle dans les décharges et dans les rues de villes du monde entier pourraient devenir des partenaires essentiels de la gestion des déchets, en sortant ainsi de la pauvreté tout en aidant à assainir notre planète et à bâtir les fondements de l’avenir de nos enfants.