À Niandégué, le projet Djidja redonne une chance aux jeunes déscolarisés
Des jeunes qui ont quitté l'école trop tôt apprennent aujourd'hui un métier grâce au projet Djidja.
Le mot « Djidja » résonne comme une invitation à ne pas abandonner. En langue dioula, il signifie « prends courage » ou « fournis des efforts ». Un nom qui prend tout son sens pour les jeunes bénéficiaires du projet, dont plusieurs ont quitté le système scolaire sans avoir pu achever leur parcours.
Pour M. Chérif Brahima, préfet de la région du Bounkani et du département de Bouna, cette initiative constitue une véritable opportunité pour la jeunesse de la région.
« Le projet Djidja bénéficie à notre région. C'est une opportunité pour les jeunes de s'insérer dans la société et de retrouver leur dignité. Les jeunes doivent s'intéresser à ce projet. Notre pays a besoin de ressources humaines de qualité et ce projet contribue à y parvenir. » Chérif Brahima
Dans la communauté de Niandégué, le projet est également perçu comme une occasion de reprendre en main un parcours qui semblait jusque-là compromis. Ouattara Amadou, porte-parole du chef de canton de Niandégué, estime que le projet représente une véritable seconde chance pour les jeunes.
C'est une deuxième chance pour nos jeunes. Notre souhait le plus absolu est que ce projet aille jusqu'au bout. J’encourage nos jeunes à travailler, à apprendre et à acquérir un métier.
Les jeunes bénéficiaires viennent de Niandégué mais aussi de trois villages voisins. Pour certains, la formation se déroule parallèlement aux activités agricoles familiales, ce qui peut parfois rendre leur participation difficile. Malgré la fatigue liée aux travaux champêtres, beaucoup continuent de se rendre aux séances de formation.
De l'échec scolaire à la soudure : le nouveau départ de Tenin
À 20 ans, Tenin Ouattara connaît déjà les détours d'un parcours de vie qui ne s'est pas déroulé comme elle l'avait imaginé. Après avoir arrêté l'école en classe de CM2, elle a tenté à trois reprises de réussir son entrée en 6e, sans y parvenir. Elle est ensuite partie rejoindre sa grand-mère à Toumodi, où elle a travaillé pendant quatre ans comme employée de maison au sein d’une famille de la ville. De retour auprès de sa famille, elle a pratiqué le commerce. Avec l'aide de sa mère, elle préparait et vendait notamment du placali et de l'attiéké. Une activité qu'elle a finalement dû abandonner lorsqu'elle n'était plus suffisamment rentable.
Puis le projet Djidja est arrivé. Tenin a choisi de se former en soudure. Pour la jeune femme, cette formation représente bien plus qu'un apprentissage technique : elle ouvre une nouvelle perspective.
Je suis fière d'apprendre ce métier. Quand je suis rentrée après mon premier jour de formation, j'ai senti que je voulais continuer.
Transformer une feuille de métal en savoir-faire
Au sein de l'atelier de construction métallique, les jeunes découvrent progressivement des gestes et des techniques qu'ils n'avaient jamais pratiqués auparavant. Hien Jean Marc, en fait l'expérience.
Grâce au projet Djidja, j'ai appris à découper une barrique en métal. Aujourd'hui, je découvre les différentes techniques de la construction métallique et je vois que je peux réellement faire ce métier.
Les maîtres artisans jouent un rôle essentiel dans cette transmission. Séverin Hien, maître artisan en construction métallique, accompagne les jeunes dans leur apprentissage et leur permet de passer progressivement de l'observation à la pratique. Dans un autre atelier, Ouattara Gnontouboro, maître artisan en électricité bâtiment, transmet à son tour son savoir-faire aux jeunes qui souhaitent se spécialiser dans ce domaine.
Retrouver la confiance et envisager l'autonomie
Pour les bénéficiaires, apprendre un métier représente aussi la possibilité de retrouver confiance en leurs capacités. C'est le cas de Joséphine Som, 16 ans, qui avait quitté l'école en classe de 6e au Lycée moderne de Bouna. Petite, elle rêvait pourtant de devenir médecin.
« Quand je vais à l'hôpital et que je voyais les médecins s'occuper des patients, cela me plaisait. Je voulais devenir médecin. Malheureusement j’ai dû arrêter mon parcours scolaire lorsque je suis tombée enceinte et je suis restée deux ans à la maison. » Joséphine
Le projet Djidja est une nouvelle possibilité d'apprendre. Elle a choisi la formation en électricité bâtiment.
« Je sais que je vais continuer. Si je maîtrise bien le métier, je pourrai me débrouiller par moi-même et devenir autonome. » Joséphine
Des compétences pour construire son avenir
Le projet Djidja ayant vu le jour il y a deux mois et qui se poursuit dans six localités, permet la reconstruction des jeunes dont les parcours ont été marqués par l'abandon scolaire, les difficultés économiques ou les responsabilités familiales. Pour les maîtres artisans, les parents et les bénéficiaires eux-mêmes, l'enjeu est désormais de faire de ces apprentissages de véritables opportunités d'insertion.
À travers le projet Djidja, le Ministère de l’Insertion professionnelle appuyé par l’UNICEF et le Gouvernement du Canada, les jeunes de Niandégué découvrent qu’avec une compétence, un accompagnement et la volonté d'apprendre, une nouvelle voie peut s'ouvrir.