Les voir s'épanouir, c'est tout ce qui compte.
La guerre leur a déjà tant pris. Aujourd'hui plus que jamais, les enfants soudanais ont besoin de protection
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Les éclats de rire des enfants brisent le silence et la monotonie du quotidien. Sous de grands arbres à l'espace ami des enfants du camp de réfugiés de Touloum dans l'est du Tchad, de nombreux enfants et adolescents forment un large cercle. Sketchs, chants, danses, jeux et contes se succèdent sous les applaudissements et les encouragements de leurs camarades. Des moments précieux qui leur permettent de s'évader loin des traumatismes de la guerre au Soudan.
Arrivée discrètement sur les lieux, Dalia*, 15 ans, s'assoit à côté d'autres adolescentes de son âge. D'abord réservée, elle laisse peu à peu apparaître un sourire. Quelques instants plus tard, elle applaudit, sourit avec les autres et s’intéresse davantage à ce qui se passe. Une scène ordinaire en apparence, qui voile pourtant des douleurs profondes.
Originaire d'Ambourou, dans la région du Darfour occidental au Soudan, la vie de Dalia et celle de sa famille a brutalement basculé lorsque des hommes armés ont attaqué son village. Témoin de scènes d'une extrême violence, elle a dû fuir précipitamment, avec ses frère et sœur.
Lorsque j'ai entendu les coups de feu et vu les gens courir dans tous les sens, j'ai immédiatement pris ma petite sœur de trois ans sur mon dos. Mon frère âgé de six ans, lui, courait à côté de moi. Nos parents étaient partis au champ. Nous ne les avons plus revus depuis lors.
Dalia
Guidés par l’instinct de survie, Dalia, son frère et sa sœur, ainsi qu’une autre adolescente rencontrée en chemin, ont marché pendant deux jours. Ils ont franchi des collines et traversé plusieurs villages avant d'atteindre Tiné, une localité frontalière, d'où ils seront relocalisés quelques jours plutard à Touloum, dans l'est du Tchad. Bouleversés, sans nouvelles de leurs parents et livrés à eux-mêmes.
Depuis le début de la guerre au Soudan voisin en avril 2023, des centaines de milliers de personnes en quête de sécurité ont trouvé refuge au Tchad. En mai 2026, le pays accueillait plus de 928 000 réfugiés soudanais.
Quelques jours après leur arrivée à Touloum, Dalia est orientée vers la Commission Nationale d'Accueil et de Réinsertion des Réfugiés et des Rapatriés (CNARR). Au milieu des centaines de nouveaux arrivants, un visage familier attire soudain son regard ; celui de sa grand-mère, âgée de 81 ans, arrivée elle aussi du Soudan par chance. C’est une énorme joie inattendue.
Par la force des circonstances, Dalia est devenue cheffe de ménage malgré son jeune âge. Chaque jour, elle allait ramasser du bois de chauffe qu'elle revendait pour offrir un repas à sa famille. Toute son énergie était consacrée à leur survie.
Dans ces conditions, poursuivre sa scolarité n'était plus envisageable. Entre ses nouvelles responsabilités familiales, la précarité et l'absence de ressources, l'école devient pour elle un besoin inaccessible.
Mon rêve est de retourner à l'école. Mais pour l'instant, je dois m'occuper de ma famille et nous trouver un abri. Le propriétaire du hangar que nous occupons nous a demandé de partir. Et surtout, je veux retrouver mes parents et ne plus jamais retourner au Soudan.
Bien qu'enregistrée à son arrivée, la famille attendait toujours un abri, comme de nombreux autres réfugiés. Lorsqu'elle a été contrainte de quitter le hangar où elle était hébergée provisoirement, l'UNICEF et son partenaire APLFT ont immédiatement saisi la Commission nationale d'accueil et de réinsertion des réfugiés et des rapatriés (CNARR) afin qu'une solution d'hébergement d'urgence soit trouvée.
C'est lors des activités organisées à l’espace ami des enfants du camp qu'elle a été repérée par Solange*, gestionnaire de cas en protection de l'enfance à l'Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad (APLFT).
Avec le soutien de l'UNICEF et grâce au financement du Fonds humanitaire pour le Tchad, l'APLFT identifie, accompagne et protège les enfants les plus vulnérables, notamment les enfants séparés de leur famille, ceux non accompagnés, orphelins ou à besoins spécifiques.
À l'issue de l'évaluation de ses besoins, Dalia et sa famille reçoivent une assistance d'urgence comprenant des vêtements, des couvertures, des nattes, des moustiquaires, des vivres et des kits d'hygiène. Elle bénéficie également d'un suivi psychosocial régulier. Sa participation aux activités à l'espace ami des enfants lui redonne le sourire, l’espoir, et contribue à restaurer une partie de cette adolescence que la guerre lui avait volée.
Accroupi à quelques mètres de Dalia, Hakim* observe un sketch avec le sourire. Lui aussi a vu son enfance basculer à cause de la guerre. Après avoir fui El Fasher au Soudan avec ses cinq jeunes sœurs, il est devenu à 16 ans, le pilier de la fratrie. Pour subvenir à leurs besoins, il a travaillé pendant plusieurs mois dans la maçonnerie, un travail éprouvant qui a fragilisé sa santé. Son rêve : vivre de sa passion pour le football afin d'offrir un avenir meilleur à ses sœurs, et mettre définitivement sa famille à l'abri du besoin.
Comme Dalia, Hakim a lui aussi été identifié lors des animations et bénéficie d’une assistance.
Selon Solange, l’espace ami des enfants joue un rôle essentiel.
C'est à travers ces activités que nous parvenons à réunir autant d'enfants, à identifier les plus vulnérables, à leur apporter notre soutien et, lorsque cela est nécessaire, à les orienter vers les services adaptés afin d'assurer davantage leur protection.
Au-delà des activités récréatives, ces espaces permettent également de sensibiliser les enfants et leurs familles aux risques de violence basée sur le genre, de recrutement par des groupes armés, d'abandon scolaire et d'autres menaces auxquelles ils sont exposés.
Pour Solange, renforcer, aménager et mieux équiper cet espace amis des enfants est une priorité. Des infrastructures adaptées et des activités plus diversifiées permettraient d'accompagner davantage d'enfants et d’adolescents touchés par la crise, en leur offrant un environnement sûr où développer des compétences variées, et les aider à se reconstruire progressivement.
Pour les enfants réfugiés comme Dalia et Hakim, retrouver le sourire est souvent la première étape vers la reconstruction. En leur offrant un environnement sûr, bienveillant et stimulant, il devient possible de les aider à surmonter leur traumatisme, et à retrouver la force d’imaginer l’avenir autrement.
* Noms d’emprunt