Au camp de réfugiés de Dougui, l’écoute guérit les cœurs

L’appui psychosocial, un pilier essentiel pour les familles réfugiées touchées par le choléra à l’est du Tchad

Annadjib Ramadane Mahamat
Issa Mahamat Issa, a child protection caseworker, and Zara Yasmine Adoum Ali, a caseworker specializing in gender-based violence, walk slowly under the sun. Notebook in hand, they stop from home to home, checking in on families, talking with adults, and listening to children. For the past three months, Issa has been working in the camp to support children and families affected by the disease.
UNICEF/2025/Annadjib
10 novembre 2025

Le soleil approche de son zénith et la chaleur enveloppe le camp de réfugiés de Dougui, dans la province du Ouaddaï, dans l’est du Tchad. Situé à quelques centaines de kilomètres de la frontière soudanaise, le camp abrite près de 20 000 réfugiés soudanais ayant fui le conflit armé au Soudan. Depuis juillet 2025, une épidémie de choléra s’est déclarée dans l’est du Tchad, touchant durement des communautés déjà fragilisées par le déplacement et la précarité. 

Dans le cadre des efforts de réponse à l’épidémie, l’UNICEF en partenariat avec la Croix-Rouge du Tchad renforce le soutien psychosocial dans le camp de Dougui, car il est important d’essayer de réparer les blessures invisibles laissées par la maladie et la perte.

Alors que la chaleur monte peu à peu sur le camp de Dougui, les volontaires de la Croix-Rouge du Tchad sont déjà à la tâche. C’est jour de visite. En ce milieu de matinée, les équipes parcourent les allées sablonneuses du camp pour rencontrer les familles qu’elles accompagnent régulièrement. 

Issa Mahamat Issa, gestionnaire de cas pour la protection de l’enfant, et Zara Yasmine Adoum Ali, gestionnaire de cas spécialisée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, avancent lentement sous le soleil. Dans le cadre du suivi des enfants et des familles affectées enregistrés, carnet à la main, ils s’arrêtent de foyer en foyer, prennent des nouvelles, échangent avec les adultes et écoutent les enfants. 

Issa during a visit to a mother to provide psychosocial support.
UNICEF/2025/Annadjib Issa lors d'une visite à une mère pour lui apporter un soutien psychosocial.

Depuis trois mois, Issa Mahamat Issa travaille dans le camp pour accompagner les enfants et familles confrontés à la maladie. Issa et son équipe apportent un appui psychosocial aux enfants en détresse ou souffrant de traumatismes liés à l’épidémie. 

« Nous aidons les enfants à gérer leurs émotions, à maintenir leur motivation et leur résilience face aux défis quotidiens. Un bon équilibre émotionnel aide aussi les familles à mieux écouter, comprendre et soutenir les enfants vulnérables », 

 explique-t-il. 

Ces séances, parfois menées au domicile des familles deux fois par semaine, permettent de restaurer la confiance et de réduire la stigmatisation. Issa évoque le cas d’une mère veuve ayant perdu son mari à cause du choléra.  

« Elle vit aujourd’hui avec ses cinq enfants sous le toit du grand-père. Nous avons engagé la procédure pour leur inscription à l’école et leur fournissons des kits composés de nattes, de couchages et jouets. Cela aide les enfants à se sentir plus tranquilles et à l’aise. » 

À ses côtés, Zara Yasmine Adoum Ali travaille depuis un mois dans le camp de Dougui. Son engagement est tout aussi profond. Pour Zara, l’appui psychosocial consiste avant tout à “réparer le cœur et l’esprit des enfants”. 

Zara Yasmine.
UNICEF/2025/Annadjib Zara Yasmine.

Nous aidons les enfants à surmonter les difficultés émotionnelles, sociales et psychologiques vécues à cause du choléra. Cela concerne aussi bien les enfants malades que ceux séparés de leurs familles. Parfois, nous accompagnons aussi les parents pour les aider à mieux soutenir leurs enfants.

Zara Yasmine Adoum Ali

Son travail l’amène à se déplacer régulièrement dans les foyers. 

« Nous faisons des visites deux fois par semaine. Les familles nous accueillent chaleureusement, car nous avons tissé une relation de confiance. » 

Zara se souvient particulièrement d’une femme guérie du choléra, mère de trois enfants.

« Pendant son hospitalisation, ses enfants étaient seuls à la maison, aidés seulement par quelques voisins. Après sa guérison, certaines personnes refusaient encore de lui parler par peur de la maladie. Nous l’avons soutenue pour l’aider à se réintégrer et à restaurer sa dignité. » 

Zara pendant une visite chez une mère.
UNICEF/2025/Annadjib Zara pendant une visite chez une mère.
Zara during a visit to a mother.
UNICEF/2025/Annadjib Zara pendant une visite chez une mère.

Dans le camp de Dougui, ces interventions redonnent espoir aux familles qui ont tout perdu. Au-delà du soin physique, elles visent à réparer les blessures invisibles laissées par la maladie, la perte et la peur. 

En réponse à l’épidémie de choléra au Tchad, l’UNICEF avec l’appui financier de son fond humanitaire flexible, du Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF), du gouvernement de la Suède et de l’aide humanitaire de l’Union européenne, soutient les efforts du gouvernement tchadien et de ses partenaires pour prévenir et répondre efficacement à la crise. 

Cet appui se traduit notamment par la distribution de kits de prise en charge, la fourniture d’équipements de désinfection et la réhabilitation d’infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Parallèlement, l’UNICEF accompagne la Croix-Rouge du Tchad dans ses actions d’appui psychosocial, de protection de l’enfance et de sensibilisation communautaire, en particulier dans les camps de réfugiés comme celui de Dougui. 

Au-delà de la réponse sanitaire, cet engagement vise à préserver la santé mentale et le bien-être des populations affectées, surtout des enfants. Car sauver des vies, c’est aussi redonner espoir — le courage de rêver, de sourire et de se reconstruire.