Il répare ce que l’on ne voit pas
« C’était un beau moment de voir une famille réunifiée, grâce à nos efforts », Adoum.
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Assis sur une natte au milieu des enfants, Adoum se penche pour expliquer les règles d’un jeu. Les enfants sont souriants, et leurs regards confiants. C'est à l’espace ami des enfants du camp de réfugiés de Farchana, dans l’est du Tchad, qu’il commence généralement sa journée de travail, avant de se rendre dans les communautés où son soutien est également attendu.
Travailleur social, superviseur de la protection de l’enfance et des violences basées sur le genre (VBG), et point focal de la prévention contre l’exploitation et les abus au camp de Farchana, Adoum est un confident et une main tendue pour de nombreux enfants et leurs familles.
Ici, tout commence par des moments simples avec les enfants: dessins, matchs de volleyball improvisés, jeux de société etc. Nous observons les comportements, écoutons les enfants et identifions progressivement ceux qui ont besoin d’un soutien particulier.
Avec son équipe composée de trois relais communautaires, deux gestionnaires de cas et deux animateurs, Adoum coordonne les activités et supervise l'accompagnement des enfants et des familles les plus vulnérables. Sur le terrain, les réalités sont très souvent complexes: violences, conflits, discriminations, mal-être profond… Autant de situations sensibles qui exigent de sa part de l’écoute, de la réactivité et un engagement constant.
La gestion des cas en matière de protection de l’enfance repose sur un processus rigoureux en six étapes : l’identification et l’enregistrement, l’obtention du consentement éclairé des parents ou tuteurs, l’évaluation initiale puis approfondie, la planification et la mise en œuvre de la prise en charge, le suivi et, lorsque les conditions sont réunies, la clôture du dossier.
Chaque situation est unique. Certains enfants sont non-accompagnés et même orphelins. Adoum se souvient d’une adolescente, séparée de sa famille en raison de la guerre au Soudan, que son équipe et lui ont accompagnée pendant plusieurs mois, jusqu’à sa réunification avec sa mère.
C’était un beau moment de voir une famille réunifiée grâce à nos efforts.
Adoum évoque aussi l’histoire de deux enfants atteints d’albinisme, un souvenir qui aujourd’hui encore le remplit de joie.
« Ils étaient rejetés par tous les autres enfants. Grâce à notre accompagnement, la situation a complètement changé. Aujourd’hui, ils sont aimés et pleinement acceptés par leurs pairs. Leur mère en est très heureuse car ses enfants ont retrouvé leur place » ajoute-t-il.
Convaincus que la protection passe aussi par l’autonomisation, Adoum et son équipe ont soutenu la création de clubs de jeunes filles. Des espaces qui leur permettent de mener des activités génératrices de revenus, tout en réduisant leur exposition aux violences et aux abus.
En décembre 2025, au camp de Farchana et ses extensions, près de 973 enfants, dont 457 garçons et 516 filles, ont bénéficié d’un appui psychosocial. 17 cas individuels ont fait l’objet d’une prise en charge approfondie. Derrière ces chiffres, ce sont des vies transformées, des enfants et des familles qui retrouvent un peu plus d’espoir, et de dignité.
Ces actions de proximité menées à Farchana, ainsi que dans plusieurs autres camps de réfugiés de l’est du pays, s’inscrivent dans un partenariat plus large en faveur de la protection de l’enfance. L’initiative est mise en œuvre par l’UNICEF et ses partenaires, notamment la Croix-Rouge tchadienne, en appui à la Délégation provinciale de la Femme et de la Petite Enfance, avec le soutien financier de l’Aide humanitaire de l’Union européenne, de la Coopération allemande et de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement.
À travers le travail d’Adoum et de son équipe, une évidence s’impose : dans un contexte d’afflux constant de populations réfugiées, la protection de l’enfance nécessite un investissement durable pour restaurer la dignité, renforcer la résilience et bâtir un avenir plus sûr pour chaque enfant.