Crise soudanaise : Répondre à l’urgence nutritionnelle pour sauver des enfants au Wadi Fira, Tchad
Face à la crise soudanaise, une réponse nutritionnelle pour sauver des vies au Wadi Fira, Tchad
- English
- Français
À la suite des attaques autour d’El Fasher contre les camps de déplacés internes de Zamzam et Abou Shouk situés au Darfour du Nord, au Soudan, en avril 2025, des milliers de nouveaux réfugiés soudanais ont traversé la frontière vers le Tchad. La majorité d’entre eux sont arrivés en passant par les points d’entrée des villes frontalières de Tiné et Birak dans la province du Wadi Fira, ainsi qu’à Ouré Cassoni dans la province de l’Ennedi Est.
Près de neuf réfugiés sur 10 (87 pour cent) sont des femmes et des enfants qui franchissent la frontière tchadienne après plusieurs jours de marche éprouvante, pour beaucoup sans eau ni nourriture. Une situation qui se répercute sur leur santé.
A l’hôpital, de district d’Iriba, ville située à 74 kilomètres de la frontière soudanaise, trois femmes témoignent des épreuves traversées et de l’espoir qu’elles placent dans les soins apportés à leurs enfants.
Mariam – « On espère que tout ira mieux »
Mariam Mahamaden Ali, 29 ans, a fui le camp de déplacés de Zamzam au Darfour du Nord après avoir survécu à des mois d’encerclement et de bombardements.
« Ça fait plus de six mois que nous étions encerclés au camp de Zamzam.
Au quotidien, ils tiraient des projectiles sur nous »,
se souvient-elle.
Lorsque des combats ont éclaté à l’intérieur même du camp, elle a fui à pied avec ses cinq enfants, laissant son époux derrière elle. Après trois jours de marche éprouvants, elle a atteint la localité tchadienne de Tiné à la frontière, exténuée et démunie.
C’est là que l’état de santé de son fils Mourshid, 2 ans et 3 mois, déjà affaibli par le manque de soins au Soudan, s’est détérioré.
« Il a commencé à vomir, avait le ventre gonflé et faisait de la diarrhée ; il n’arrivait même plus à tenir debout. »
Mourshid a été transféré à l’hôpital d’Iriba, où il a été diagnostiqué avec une malnutrition aiguë sévère avec des complications. Depuis son admission, il reçoit un traitement intensif. À son 16ᵉ jour de soins, il recommence à s’alimenter par la bouche, après avoir été nourri par sonde.
« Souvent le soir, moi et mes enfants faisons des cauchemars… On espère que tout ira mieux. Nous sommes arrivés sans rien. »
Marwa – « Nous sommes en paix… mais nous manquons de tout »
Âgée de 21 ans, Marwa Mahamat Moussa Abdallah venait tout juste de s’inscrire à l’université quand le conflit au Soudan a éclaté en 2023. Elle a trouvé refuge au camp d’Aboushok, près de la ville d’El Fasher, mais les attaques récentes l’ont contrainte à fuir à nouveau elle aussi.
Elle a traversé la frontière vers le Tchad avec sa fille Baraha, âgée d’un an, son oncle et quelques proches. Aujourd’hui relocalisée au camp de réfugiés d’Iridimi, dans la province du Wadi Fira, elle vit séparée d’une partie de sa famille restée au Soudan.
Sa fille Baraha a été admise à l’Unité Nutritionnelle Thérapeutique de l’hôpital de district d’Iriba il y a trois jours. Malnutrie, la petite fille souffre également de troubles de la vue et de l’audition depuis sa naissance.
« J’espère que ma fille va vite se rétablir »
Malgré un environnement plus sûr, les conditions de vie à Iridimi sont extrêmement difficiles pour Marwa et sa famille.
« Nous sommes en paix à Iridimi, mais nous manquons de tout. Actuellement, nous n’avons même pas encore de logement. »
Amira – « J’espère qu’il y aura la paix au Soudan »
Comme Mariam, Amira Ali Amir, 25 ans, vivait au camp de Zamzam avant qu’il ne soit attaqué. Elle a fui avec ses quatre enfants et sa mère, tandis que son époux est resté au Soudan.
« Sur le chemin pour le Tchad, tout ce qu’on avait a été arraché »,
raconte-t-elle.
Arrivée à Iridimi après plusieurs jours de marche, elle vit actuellement dans un abri de fortune. Il y a trois jours, Amira est arrivée à l’hôpital de district d’Iriba avec sa fille Toma, admise à l’Unité Nutritionnelle Thérapeutique pour malnutrition aiguë sévère. Son frère jumeau, Tom, est en bonne santé. Grâce aux soins, Toma va mieux et a recommencé à manger.
« J’espère qu’il y aura la paix au Soudan, pour qu’on puisse rentrer chez nous »,
dit Amira.
Face à la crise humanitaire actuelle, l’UNICEF soutient les efforts du Gouvernement tchadien en renforçant la prise en charge de la malnutrition dans les principales zones d’arrivée des réfugiés. À Tiné, ville frontalière, une unité temporaire de traitement de la malnutrition aiguë sévère a été mise en place, tandis qu’à l’hôpital d’Iriba, toujours dans la province du Wadi Fira, l’appui se traduit par la fourniture d’équipements, d’intrants nutritionnels et de médicaments essentiels.
UNICEF Tchad est reconnaissant aux partenaires clés de la réponse d’urgence sur la nutrition pour leur soutien, notamment l’Aide Humanitaire de l’Union Européenne, le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, le Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF), Affaires mondiales Canada par l’intermédiaire du Fonds pour la nutrition infantile et l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et d’autres bailleurs.