Un nouveau départ après la tragédie
Grâce à l'UNICEF et à ses partenaires, les nouveau-nés sont protégés contre la malnutrition dès les premiers jours de vie
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Kaltouma n'aurait jamais imaginé qu'à seulement 19 ans, elle deviendrait la principale personne en charge de deux nouveau-nées. Installée dans le quartier Coq Ville, à Farcha, dans le 1er arrondissement de N'Djamena, la capitale du Tchad, elle menait jusque-là une vie modeste, rythmée par les études, les tâches ménagères et les moments passés en famille et avec ses amis.
Mais il y a quatre mois, tout a basculé.
Sa belle-sœur est décédée tragiquement, seulement 45 jours après avoir donné naissance à des jumelles, Haoua et Zenaba.
Ma belle-sœur a connu quelques problèmes de santé pendant sa grossesse. Elle avait les pieds enflés, mais l'accouchement s'est déroulé sans complication. Après la naissance des bébés, tout semblait bien se passer. Les jumelles étaient en bonne santé, et leur mère se portait bien elle aussi.
Puis, à la suite d'une brève maladie, la jeune mère est décédée, laissant derrière elle deux nouveau-nées particulièrement vulnérables et une jeune tante de 19 ans contrainte de grandir du jour au lendemain.
Quelques jours plus tard, les jumelles ont été admises à l'unité de nutrition thérapeutique de l'Hôpital Notre-Dame des Apôtres. Privés de l'allaitement maternel, les nourrissons sont particulièrement exposés aux risques de malnutrition et de déshydratation. À leur arrivée, Haoua et Zenaba souffraient de malnutrition aiguë sévère, de diarrhée et d'une perte d'appétit. Leur état de santé s'est rapidement aggravé, devenant critique.
C'est dans ce contexte, en décembre 2025, que Haoua et Zenaba ont attiré l'attention d'une délégation humanitaire de l'Ambassade des États-Unis au Tchad, en visite à l'Hôpital Notre-Dame des Apôtres de N'Djamena. La délégation était venue constater comment l'UNICEF et ses partenaires travaillent sans relâche pour prendre en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. La présence des jumelles lors de cette visite a illustré à la fois l'extrême vulnérabilité de leur situation et l'importance du soutien apporté pour leur donner une chance de survivre et de se rétablir.
J'ai suivi de près leur prise en charge médicale et nutritionnelle dès leur admission.
Comme elles avaient moins de six mois, leur prise en charge nécessitait une attention constante. La priorité était claire : traiter les complications mettant leur vie en danger tout en rétablissant leur état nutritionnel. Conformément aux protocoles de prise en charge, les jumelles ont reçu des traitements médicaux, du lait thérapeutique et ont fait l'objet d'un suivi rigoureux.
Ce traitement a eu des effets très positifs sur leur état de santé. Leur appétit a été rétabli, elles ont repris du poids et la diarrhée a été maîtrisée.
Avant de rentrer chez elle avec les jumelles, Kaltouma a reçu des conseils sur l'alimentation des nourrissons et des jeunes enfants, les règles essentielles d'hygiène et les signes de danger qui nécessitent une consultation médicale immédiate.
Grâce au soutien de l'UNICEF, l'Hôpital Notre-Dame des Apôtres bénéficie d'un appui essentiel, notamment sous forme d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi et de médicaments indispensables pour sauver la vie des enfants. Les agents de santé ont également bénéficié de formations visant à renforcer leurs compétences et à améliorer la qualité des soins prodigués aux enfants. En 2025, près de 99 % des besoins en aliments thérapeutiques prêts à l'emploi ont été couverts. Le gouvernement des États-Unis a financé 46 % de ces besoins, jouant ainsi un rôle déterminant dans la lutte contre la malnutrition au Tchad.
Aujourd'hui, Haoua et Zenaba sont hors de danger. Chaque lundi, Kaltouma les emmène à l'hôpital pour des consultations de suivi afin de surveiller leur croissance et leur état de santé. Lors des consultations, les jumelles sont désormais plus réactives, un signe encourageant de leur rétablissement.
« Nous sommes tous heureux de constater qu'elles sont désormais plus fortes. Nous continuerons à les suivre jusqu'à l'âge de six mois, lorsqu'elles pourront commencer l'alimentation complémentaire », explique Lansouna.
Mais survivre n'était que la première étape. Une fois de retour à la maison, une autre épreuve les attendait.
Conformément aux recommandations actuelles des Nations Unies, les nourrissons devraient être nourris exclusivement au sein pendant les six premiers mois de leur vie. Malheureusement, privées de leur mère, les jumelles n'ont pas pu bénéficier des bienfaits de l'allaitement maternel durant leurs premiers mois de vie. Leur alimentation est donc rapidement devenue un véritable défi pour la famille. Elles n'ont bénéficié que de deux semaines de soutien de la part d'un orphelinat.
« Le personnel de l'orphelinat a demandé qu'un membre de notre famille reste sur place de façon permanente pour s'occuper des bébés, mais personne n'était en mesure de le faire », raconte Kaltouma.
Nous sommes souvent obligés de prendre du lait à crédit dans une petite boutique du quartier. Mais nous avons déjà accumulé tellement de dettes; et si un jour le commerçant refusait de nous faire encore crédit, nous ne saurions pas comment nourrir les bébés.
Malgré toutes ces difficultés, Kaltouma reste déterminée à poursuivre ses études et à réaliser ses rêves. Pendant qu'elle est à l'école, une voisine âgée veille sur les jumelles. Elle imagine déjà leur avenir avec espoir : « Un jour, elles iront à l'école. Je veux qu'elles aient une belle vie et qu'elles réussissent. »
Dans la petite maison où elles vivent, les jumelles dorment côte à côte, inconscientes que leur jeune tante est devenue, dans l'ombre, leur protectrice, leur principale personne de confiance et celle qui porte leurs espoirs d'avenir. Derrière chaque enfant qui survit et s'épanouit se trouve quelqu'un qui a refusé d'abandonner.
Pour Haoua et Zenaba, cette personne s'appelle Kaltouma.