Ce que Noura et de nombreuses autres mères auraient aimé savoir plus tôt
Les bonnes pratiques d'alimentation et le dépistage précoce, au cœur de la lutte contre la malnutrition infantile
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Ce matin-là, Noura Timan franchit timidement le portail du centre de santé de Ourba, un village de la province du Wadi Fira, dans l'est du Tchad. Dans la cour, des dizaines de femmes, tchadiennes et réfugiées soudanaises, sont déjà réunies. Certaines échangent des nouvelles, tandis que d'autres bercent leurs enfants en suivant les indications des agents de santé qui les accueillent. Toutes ont répondu à l'appel lancé quelques jours plus tôt par le crieur public du village, invitant les mères à participer à une séance de sensibilisation sur les bonnes pratiques d'alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Si la plupart semblent être des habituées des lieux, pour Noura, c'est une première.
Alors qu’elle se dirige vers l'espace d'animation avec son fils Mahamat, des agents d’APRODEV, une Organisation partenaire soutenue par l’UNICEF, remarquent immédiatement l'état préoccupant du petit garçon. Zara, chargée de supervision, s'approche doucement de Noura et engage la conversation.
Agé de deux ans et demi, Mahamat reste très silencieux. Son corps est amaigri et ses cheveux fins et clairsemés.
« La fièvre, la diarrhée et la toux l'affaiblissent un peu plus chaque jour. Je ne sais que faire, et je n’ai pas les moyens de le faire soigner » confie la jeune mère de 26 ans.
Avant même le début de la séance de sensibilisation, Zara lui recommande de faire dépister Mahamat. Les équipes mesurent son périmètre brachial, son poids et sa taille. Tous les indicateurs sont au rouge et confirment bien l’état de malnutrition du jeune enfant. Il est immédiatement enregistré dans le programme de traitement et de suivi nutritionnel du centre de santé. Mahamat est ensuite soumis à un test d'appétit à base d’un aliment thérapeutique prêt à l'emploi.
À la grande surprise de sa mère, il saisit le sachet et commence à manger avec appétit. Noura reste silencieuse un instant.
Depuis quelques jours, il n’acceptait que du lait en poudre que j’achète au marché. Je ne me souviens plus de la dernière fois que je l'ai vu manger avec autant d’appétit.
Avant de rejoindre les autres femmes pour la séance de sensibilisation, elle reçoit des sachets d'aliments thérapeutiques pour poursuivre le traitement de son enfant à domicile.
Noura rejoint ensuite les autres femmes et la séance commence. Assises sur des nattes, les femmes suivent attentivement les explications de Zara et de son équipe. À l'aide d'une boîte à images illustrant des scènes du quotidien, elles abordent les bonnes pratiques d'alimentation du nourrisson et du jeune enfant : l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, l'introduction progressive d'aliments complémentaires, l’hygiène, le suivi régulier de la croissance et la vaccination.
Très vite, les mains se lèvent et les questions fusent. Les échanges sont animés. Pour beaucoup de mères, certaines recommandations sont une véritable découverte. D'autres, se disent surprises d'apprendre que plusieurs pratiques transmises de génération en génération peuvent, au contraire, compromettre la santé des tout-petits.
Au milieu du groupe, Noura, écoute avec beaucoup attention. Elle comprend que les connaissances qu'elle acquiert aujourd'hui l'aideront beaucoup à mieux prendre soin de son enfant.
Pour Zara, la situation de Mahamat rappelle toute l’importance du travail de sensibilisation de proximité. « Notre rôle est de mieux informer les mères, de repérer les enfants souffrant à temps et de les orienter rapidement vers une prise en charge adaptée », explique-t-elle.
Avec son équipe, elle organise régulièrement des dialogues communautaires dans les quartiers et séances de sensibilisation au centre de santé, où les mères reçoivent des conseils pour mieux nourrir leurs enfants.
Il n’y a pas que la précarité des familles qui est à l’origine de la malnutrition chez les enfants. Certaines pratiques habituelles y sont pour beaucoup.
Même constat chez Djimro Zakaria, le responsable du centre de santé.
Beaucoup de cas de malnutrition peuvent être évités si les mères sont mieux outillées. Quand une mère adopte les bonnes pratiques d’alimentation, reconnaît les signes d'alerte et consulte rapidement, elle protège facilement son enfant de la malnutrition ; et nous sommes pleinement engagés dans ce sens.
Malgré les défis liés à l'insécurité et aux déplacements constants des populations, les équipes sanitaires restent mobilisées en faveur des familles, convaincues que la vulgarisation de bonnes pratiques peut changer sauver la vie des enfants.
Grâce au financement du Fonds Humanitaire Régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, l'UNICEF et ses partenaires renforcent la prise en charge de la malnutrition, mais par-dessus tout, sensibilisent les mères aux bonnes pratiques d'alimentation du nourrisson et du jeune enfant.
Aujourd'hui, Mahamat entame son traitement.
Demain, grâce aux connaissances acquises par sa mère, il aura davantage de chances de grandir en bonne santé.
Parce qu'au-delà des traitements, ce sont aussi les connaissances, les gestes simples et les conseils partagés au bon moment qui peuvent faire toute la différence pour la survie et le développement d'un enfant.