Dans l’ombre de la malnutrition 

La malnutrition aigüe sévère menace la vie de milliers d’enfants dans l’est du Tchad

Brice Kevin DA
Une mère et sa fille âgée de 2 ans.
UNICEF/2026/Da
20 février 2026

C’est mardi. Le jour se lève à peine et déjà, des mères convergent vers le site de prise en charge, leur enfant fragile dans les bras. Certaines, déjà sur place, patientent en silence; d’autres murmurent doucement en attendant également le début des consultations. Mais, toutes sont portées par une même urgence: faire soigner et sauver leur enfant.

Sur le site d’Adré dans l’est du Tchad, la clinique mobile de l’ONG Action Contre la Faim, soutenue par l’UNICEF, reçoit chaque mardi des enfants réfugiés soudanais ainsi que des enfants tchadiens ; tous confrontés à la malnutrition aiguë sévère, un danger silencieux qui menace encore lourdement leur survie. 

Consultations à la clinique mobile d'ACF à Adré dans l'est du Tchad.
UNICEF/2026/Brice Da À tour de rôle, les agents de santé font l’appel afin de s’assurer de la présence de toutes les femmes et leurs enfants venus pour les consultations.
Alimé et sa fille Mahaza âgée d'un an.
UNICEF/2026/Da Alimé attend avec impatience le tour de sa fille pour la consultation.

Au cœur de cette atmosphère mêlant inquiétude et espoir, se profile l’histoire de Mahaza, une fillette de 15 mois venue avec sa mère pour un suivi médical. Son état de santé fait écho à celui de tant d’autres enfants dans l’est du pays.

Mahaza n’est pas à son premier rendez-vous à la clinique.

Trois semaines plus tôt, elle présentait des signes inquiétants de maladie : diarrhée, fièvre, membres amaigris et manque d’appétit ; son état se dégradait visiblement. 

Très préoccupée, sa mère Alimé l’a aussitôt conduite à la clinique pour un examen. Le ruban de dépistage placé autour du bras de sa fille était dans la zone rouge. Un signe clair que Mahaza souffrait de malnutrition aiguë sévère. 

J’avais très peur pour ma fille. Elle pleurait tout le temps, ne jouait plus et ne mangeait presque rien.

Alimé

À la suite du diagnostic posé, Mahaza a immédiatement été prise en charge par les agents de santé. Elle a reçu un traitement contre la diarrhée et la fièvre, ainsi que des aliments thérapeutiques, riches en nutriments essentiels pour lui redonner des forces et stabiliser son état de santé.

En parallèle, Alimé a bénéficié de conseils adaptés sur l’alimentation et l’hygiène de son enfant. Les agents de santé lui ont notamment expliqué comment préparer une bouillie enrichie, adaptée aux besoins des jeunes enfants et des nourrissons, afin de soutenir durablement la récupération de Mahaza une fois de retour à la maison.

L'état de santé de Mahaza évolue désormais favorablement. Grâce au traitement et à un suivi régulier, elle retrouve progressivement des forces, et le ruban placé autour de son bras n’est plus au rouge: il est désormais dans la zone jaune, preuve que le traitement porte bien ses fruits. 

C’est au tour de la petite Mahaza. Alimé répond à une série de questions posées par l’agent de santé.
UNICEF/2026/Da C’est au tour de la petite Mahaza. Alimé répond à une série de questions posées par l’agent de santé.
L’agent de santé s’assure que Mahaza ne souffre pas d’une autre maladie.
UNICEF/2026/Da L’agent de santé s’assure que Mahaza ne souffre pas d’une autre maladie.
Un enfant se fait diagnostiquer.
UNICEF/2026/Da Son poids, sa taille, puis la mesure de son périmètre brachial : Mahaza est examinée avec minutie.
Alimé reçoit un stock d’aliments thérapeutiques pour poursuivre le traitement de Mahaza à la maison.
UNICEF/2026/Da Alimé reçoit un stock d’aliments thérapeutiques pour poursuivre le traitement de Mahaza à la maison.

Dès les premières doses des aliments en sachets que je lui ai donnés, j’ai constaté un changement. Elle recommence à jouer, et je sens qu’elle retrouve peu à peu sa force d’avant.

Alimé

Cette prise en charge vitale est rendue possible grâce à l’appui de l’UNICEF, en partenariat avec Action contre la Faim, et au soutien financier de l’aide humanitaire de l’Union européenne, du gouvernement des États-Unis, de Global Affairs Canada via le Child Nutrition Fund, de la Coopération suisse et du Fonds central pour les interventions d’urgence des Nations Unies (CERF). 

Sans cette clinique, je pense que de nombreuses femmes ici auraient déjà perdu leurs enfants.

Alimé
Tarndoloum Blaise, agent de l’ONG Action contre la Faim, infirmier responsable de la prise en charge de la malnutrition.
UNICEF/2026/Da

Ce que nous faisons ici avec l’UNICEF est d’une importance capitale. L’UNICEF est un partenaire clé, surtout dans la fourniture des intrants nutritionnels. Nous n’enregistrons pas de rupture de stock, ce qui est déterminant dans un contexte aussi fragile que celui d’Adré.

Tarndoloum Blaise, infirmier responsable de la prise en charge de la malnutrition.

Au-delà des intrants nutritionnels, l’UNICEF soutien le renforcement des capacités des équipes soignantes à travers des formations afin d’améliorer la qualité des soins. Elle fournit également des médicaments et du matériel essentiel pour les activités de prise en charge, notamment des balances, des toises, des rubans de mesure de périmètre brachial (MUAC), des registres, etc. 

« La précarité est extrême ici. Ces familles ont fui la guerre. Elles n'ont plus rien et se contentent désormais du peu qu’elles trouvent. C’est l’une des causes majeures de la malnutrition chez la plupart des enfants », explique Blaise.

Du 1er au 28 janvier 2026, la clinique mobile du site d’Adré a enregistré plus de 100 nouvelles admissions de cas de malnutrition aiguë sévère, et 150 cas de malnutrition aiguë modérée ; des données qui traduisent l’ampleur de la situation sur le site.

Dans une région marquée par l’afflux massif de réfugiés soudanais et la vulnérabilité croissante des communautés hôtes, la prise en charge rapide et efficace de la malnutrition incarne l’espoir pour de nombreuses familles. Et tant que cet espoir subsiste, des vies d’enfants pourront encore être sauvées.