Une nouvelle année scolaire dans les camps de réfugiés sahraouis avec l’appui de l’UNICEF

Rentrée scolaire 2015-2016 pour plus de 34.000 enfants réfugiés sahraouis

UNICEF
Enfants réfugiés sahraouis jouant
UNICEF Algeria/2015/Hamouda

15 septembre 2015

Début septembre 2015, les enfants Algériens ont rejoint les bancs de l'école pour la nouvelle année scolaire.

A Plus de 1.750 kilomètres au sud de la capitale, près de Tindouf, dans un désert sec et poussiéreux, environ 34.000 enfants sahraouis, répartis dans cinq camps, ont eux aussi rejoint leurs écoles.
Hassina, 16 ans, et Baibat, 15 ans, sont très motivés par cette nouvelle année scolaire. Ils sont heureux de pouvoir à nouveau bénéficier de la connaissance de leurs professeurs et d'échapper à l'ennui d'un été passé à l'ombre des toits improvisés ou des tentes qu'ils appellent « la maison ».

Dans ces écoles, leurs parents, probablement leurs grands-parents, ont suivi des leçons sur le même tableau, se sont assis sur les mêmes chaises, ont souffert des mêmes conditions climatiques, difficiles, été comme hiver.
Ces trois générations ont fréquenté ces mêmes classes, qui semblent figées dans le temps, figées comme cette crise de réfugiés qui dure depuis maintenant près de 40 ans ….trop souvent oubliée.

Malgré des décennies d'efforts internationaux, la situation reste gelée dans une impasse politique, et les enfants sahraouis continuent à être les premières victimes d'une crise de réfugiés chronique qui est devenue une réalité quotidienne sombre.

La dureté de l'environnement désertique limite fortement les possibilités pour le développement socio-économique des réfugiés, dont on estime que 70 à 80% sont des femmes et des enfants vulnérables.
À ce jour, la population des camps de réfugiés reste entièrement dépendante du Gouvernement Algérien, des donateurs internationaux et des agences des Nations Unies telles que l'UNICEF, le HCR et le PAM, pour la satisfaction de leurs besoins fondamentaux, tels que la nutrition, la santé, l’accès à l’eau, le logement et l’éducation.

L’UNICEF Algérie, de par son mandat, s’attèle à ce que les enfants réfugiés sahraouis jouissent d’un meilleur état de santé possible à travers différentes activités dans le domaine de la santé maternelle et néo-natale, la gestion de l’ensemble du système de couverture vaccinale, etc. Mais l’un des étendards de l’UNICEF dans les camps de réfugiés sahraouis est aussi le soutient à l'éducation des enfants, pour s’assurer que chacun de ces enfants ait accès à une école et une éducation.

L’éducation est non seulement un droit humain fondamental pour tous les enfants, mais c’est certainement l’une des clés fondamentales pour parer au désespoir de ces enfants comme de leurs parents, et surtout les équiper de savoir, savoir-faire et compétences qui pourront aider à en faire des contributeurs proactifs pour le bien être de leur famille mais aussi de leur communauté.

Année après année, l'UNICEF Algérie permet aux enfants des cinq camps de suivre une scolarité dans les meilleures conditions possibles, en fournissant des articles scolaires essentiels à leur apprentissage. Pour la nouvelle année scolaire 2015 - 2016, l'UNICEF a également fourni des articles pédagogiques pour les écoles des cinq camps pour couvrir les besoins d’environ 34.000 enfants, répartis sur 30 écoles préscolaires, 30 écoles primaires et 02 collèges.
De plus, l'UNICEF Algérie, en collaboration avec le Comité international pour le développement des peuples (CISP), a pu entre 2013 et 2015 restaurer 25 salles de classe qui avaient été endommagées par les tempêtes de sable. Ces projets ont été rendus possibles grâce à l'appui financier accordé par le Gouvernement Italien, ainsi que le Comité Français pour l'UNICEF .

Distribution de matériel scolaire à un jeune écolier
UNICEF/Algeria/2015/Saidani

Malgré tous ces efforts, il reste encore beaucoup à faire. Alors que la fréquentation scolaire est proche de 100% au niveau de l'école primaire, les bâtiments scolaires et leurs équipements vieillissent et se dégradent chaque année, par manque de moyens pour les maintenir en état. Beaucoup ont aujourd’hui un besoin urgent de réhabilitation, mettant chaque année à risque plusieurs centaines d’enfants étudiant dans des conditions inadéquates, et participant à une qualité de l'éducation qui reste insuffisante, principalement par manque de moyens financiers et humains.

Les connaissances restent souvent théoriques: Hassina et Baibat étudient l’informatique sans ordinateurs; et leur professeur de biologie ne dispose pas d’un laboratoire pour mettre en pratique les expériences.

Dès le collège les jeunes sahraouis quittent souvent les camps pour étudier temporairement en Algérie ou ailleurs, où ils se retrouvent souvent désavantagés par leur niveau de français.
Bien que le français soit une langue enseignée dans toutes les écoles des camps sahraouis, les enfants sont frustrés de ne pas pouvoir la maitriser correctement, ils préfèrent d'autres matières et d’autres langues, souvent car les professeurs de français manquent de préparation ou de formation adéquate, d’autant plus que la langue n’est enseignée qu’à partir du collège quand en Algérie on commence le français au primaire. «Je dois connaître le français parce que je veux étudier en Algérie; mais c’est une langue difficile », dit Baibat, soulignant que l'arabe est sa matière de prédilection.

Les enfants et les jeunes sahraouis sont confrontés à l'absence d'activités socio-culturelles et, pour les plus âgés, l’impossibilité de trouver un emploi malgré les diplômes, ce qui entraine des frustrations importantes chez beaucoup de ces jeunes qui peinent à accepter l’utilité d’une éducation complète dans des conditions parfois très difficiles pour un résultat de vie souvent maigre en termes d’accès à des postes d’emploi intéressants et rémunérés, sachant que l’immense majorité des emplois présents dans les camps de réfugiés tiennent aujourd’hui aux activités de soutien humanitaire ainsi qu’à la mise en œuvre de services publics –éducation, santé, assainissement, etc..- mais souvent pour des rémunérations extrêmement faibles, de l’ordre de 3000 DZD/mois à 5,000 DZ/mois. Pour beaucoup d’organisations engagées aujourd’hui dans l’aide à ces enfants Sahraouis, une inquiétude croissante est que l’enlisement dans l’oisiveté et une perception d’une impasse totale en termes de résolution politique de leur situation puisse pousser certains de ces jeunes vers des comportements négatifs et à risque pour leur avenir, tels que les abandons scolaires très tôt dans leur scolarité, la consommation de psychotropes ainsi que la participation à des activités violentes.

Selon Baibat, certains de ses amis ont quitté l'école pour travailler et gagner de l'argent pour eux et pour leurs familles. Avec la sagesse d'un enfant qui a grandi où rien n’est donné pour acquis, il voudrait leur dire que « l'éducation peut conduire à l'argent; mais l'argent ne pourra jamais leur acheter une education ».
La vulnérabilité de ces jeunes a conduit l'UNICEF Algérie a identifié la nécessité de créer des opportunités pour la participation constructive des jeunes dans leurs communautés, à travers des activités culturelles ou sportives, ainsi que la mise en place d’actions de sensibilisation et de prévention afin de leur permettre d’acquérir des compétences de vie concernant les comportements à risque (violence, drogue, VIH/SIDA...etc) et les bonnes pratiques (citoyenneté et protection de l’environnement…).

Interview avec deux collégiens
UNICEF Algeria/2015/Saidani

Au cours des dernières années, le soutien à l'aide humanitaire pour les réfugiés a considérablement diminué en raison de la longueur de la crise et des besoins grandissant de la population, mais plus encore certainement à cause du ralentissement économique mondial et de son impact sur les économies européennes, ainsi que l'augmentation des demandes provenant d'autres situations de conflits et d'urgences à travers le monde.
Pourtant, cette année, à leur retour à l'école, les enfants réfugiés sahraouis ont trouvé des cahiers, des stylos et un environnement scolaire plus accueillant. Les efforts consentis par l’UNICEF et ses partenaires est essentiel pour essayer de freiner leur sentiment de désespoir, pour les soutenir dans leurs rêves d’un avenir où dans l'immensité poussiéreuse de ce désert, ils puissent vivre leur vie d’enfant pleinement.

Hassina veut devenir médecin; Baibat pilote. Les deux rêvent de travailler au service de leur communauté, de leur pays, et de participer au développement de leur peuple. Avec la poursuite des efforts de l'UNICEF et ses partenaires, Hassina et Baibat continueront de nourrir leurs rêves, l'éducation des enfants des réfugiés sahraouis continuera de s’améliorer, et de ce fait leurs perspectives pour une vie digne.