Fairouz, l’avocate qui a choisi de défendre les droits des enfants handicapés

Elle aurait pu gagner sa vie en plaidant dans les tribunaux, mais elle a préféré défendre les droits des enfants les plus vulnérables. Bouhdjila Fairouz s’est reconverti « par passion » en éducatrice pour enfants handicapés après des études de droit

Fodhil Belloul
Une éducatrice avec une enfant trisomique
UNICEF ALGERIA/Markemal/2024
10 mars 2025

Educatrice principale spécialisée en handicap mental au Centre psychosocial de Constantine 3, Fairouz a fait ce choix « par amour du travail humanitaire », explique-t-elle avec un grand sourire : « Je suis entrée au Centre de formation des personnels des établissements pour handicapés de Constantine en même temps que je préparais ma capacité en droit pour devenir avocate et que j’avais déjà de nombreuses opportunités professionnelles », poursuit-elle.

Dans cet établissement spécialisé sous tutelle du Ministère de la Solidarité Nationale, de la Famille et de la Condition de la Femme (MSNCF), Fairouz s’occupe avec dévouement de jeunes enfants, âgés entre 05 et 07 ans, tous porteurs de trisomie 21

« Le plus important, c’est de leur apprendre à être autonomes, que ce soit ici au centre, ou dans la société », affirme d’emblée Fairouz en expliquant les différentes activités que font les enfants trisomiques. « Ce sont des enfants qui arrivent au centre avec des capacités motrices réduites, nous travaillons à améliorer cela, à leur apprendre par exemple les gestes d’hygiènes élémentaires ».

En Algérie, l'UNICEF soutient  la formation des acteurs de la protection de l'enfance et fournit une assistance technique pour l'élaboration de plans d'action et de stratégies pour les services de protection de l'enfance, tels que la prise en charge alternative, la gestion locale des cas et la prise en charge des enfants handicapés. Un soutien technique est apporté au personnel de l'assistance sociale, afin de renforcer ses capacités et de développer des outils et des techniques socio-éducatifs appropriés pour suivre les enfants et les jeunes en vue d'une meilleure intégration sociale et professionnelle.

En plus de favoriser l’inclusion de ces enfants par l’apprentissage de l’autonomie et des gestes élémentaires quotidiens, l’évaluation de l’état général et de l’état psychologique de l’enfant est une des premières activités de la journée. « Nous consacrons toujours la première demi-heure à vérifier l’état général de l’enfant, que ce soit sa tenue vestimentaire, ou s’assurer qu’il n’a pas de blessures, qu’il n’a pas subi de maltraitances ou eu des accidents, que ce soit ici au centre ou chez lui, pour éventuellement prendre les mesures nécessaires », dit-elle.

« Nous évaluons aussi l’état physiologique et psychologique de l’enfant pour l’orienter, si nécessaire, chez le médecin du Centre, ce sont des mesures de protection importantes que nous prenons avant même de passer aux activités pédagogiques », insiste-t-elle.

Dans sa classe, composée de 06 jeunes filles et garçons, les matinées sont consacrées à l’apprentissage des couleurs primaires, à travers des activités ludiques de dessin, de reconnaissances des formes. « Ce sont des activités qui me permettent d’évaluer les capacités cognitives de l’enfant et que nous accomplissons uniquement les matinées parce que l’enfant est plus disponible physiquement et psychologiquement », explique-t-elle.

Les après-midis sont, quant à elles, consacrés aux activités d’autonomisation « les plus importantes » de son travail, estime Fairouz.

Une petite fille souriante
UNICEF ALGERIA/Markemal/2024

Acceptez vos enfants tels qu’ils sont

Si on lui demande pourquoi elle préfère travailler avec des enfants handicapés très jeunes, le visage de Fairouz s’illumine instantanément : «C’est vrai que c’est plus difficile de travailler avec des enfants plus jeunes avec lesquels tout est à faire et qui ont le plus besoin d’accompagnement, mais je suis encore jeune et j’ai beaucoup à donner », confie, émue, cette éducatrice à peine quarantenaire.

« Je suis très attachée à mes élèves, même si c’est difficile, regardez Arezki, il est turbulent, mais dès qu’il s’absente, je suis inquiète », dit-elle en parlant avec affection de son élève de 06 ans. « J’ai même du mal à les laisser passer dans une autre classe, au point d’en pleurer… », confie-t-elle.

« Mon message s’adresse avant tout aux parents : acceptez vos enfants tels qu’ils sont : Nous sommes là pour les accompagner, pour les faire évoluer, les faire se surpasser, mais un enfant ne doit pas se sentir exclu dans sa famille, cela représente des pressions psychologiques qui l’empêchent d’apprendre, puis à la société : il faut changer le regard que nous avons sur les enfants handicapés, ce sont des enfants sensibles, avec des sentiments aux même titres que les autres, ils ne sont pas malades, il sont juste différents, nous devons les respecter comme eux respectent les adultes », conclut Fairouz.

Mon message s’adresse avant tout aux parents: acceptez vos enfants tels qu’ils sont : Nous sommes là pour les accompagner, pour les faire évoluer, les faire se surpasser, mais un enfant ne doit pas se sentir exclu dans sa famille, cela représente des pressions psychologiques qui l’empêchent d’apprendre

Fairouz Bouhdjila, éducatrice spécialisée pour enfants handicapés à Constantine
Une enseignante et son élève
UNICEF ALGERIA/Markemal/2024