"L’eau n’oublie pas son chemin"

Améliorer l’environnement scolaire et la qualité de l’éducation des enfants réfugiés sahraouis vivant dans les camps à Tindouf, Algérie

Ryad Aberkane
Jeunes collégiennes réfugiées sahraouis
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri

03 décembre 2017

Awserd, camps de réfugisés sahraouis àTindouf. 
 

« Cela fait trois jours que je ne peux plus utiliser les sanitaires de mon école et que je suis obligée d’attendre 15h, l’heure à laquelle je finis les cours. pour vite rentrer à la maison et pouvoir utiliser nos toilettes » , nous dira la petite Selma, 16 ans en 09ème année (4ème au collège), Collège Zin.
La jeune demoiselle avec un sourire magnifique et entourée de ses camarades nous fait part des conditions dans lesquelles elles sont scolarisées, des conditions qu’elle considère difficile et humiliante pour les filles : « Nous arrivons à 8h du matin à l’école après avoir marché près de 45min et nous devons attendre 15h et marcher encore près d’une heure pour pouvoir nous soulager c’est très difficile pour nous, nous n’’avons plus de toilettes et celles que vous voyez ne sont pas opérationnelles. »

« Nous sommes des filles, c’est compliqué pour nous, ce n’est pas comme les garçons, eux peuvent aller n’importe où » rajoute sa camarade, Amina, 14ans.

Jeune collégienne réfugiée sahraouie
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri
Selma, 16 ans en 10ème année (4ème au collège ), Collège Zin.

Après tous ces témoignages, nous nous sommes rapprochés de la directrice de l’école Madame Semida Boussida qui nous a fait visiter les lieux, à notre grande surprise le problème d’eau ne se posait pas dans cette école mais c’est l’absence totale d’assainissements et de raccordements qui fait que les élèves sont privés de sanitaires.

« Nous faisons des efforts chaque jour pour ne pas déranger les classes à coté avec les mauvaises odeurs, nous versons plusieurs bouteilles de détergents et plusieurs litres d’eau même si personne n’utilise les lieux, il nous faut une solution, nous n’avons ni robinets, ni tuyauterie,ni même une fosse pour l’évacuation » nous dira la directrice.

Les conditions sont un peu différentes à l’école Suilem, on pourrai même dire meilleures, vue que cet établissement a réussi à récupérer au moins 2 lattrines pour les filles, les garçons se débrouillent parfaitement comme nous l’a affirmé Monsieur Sidi Mohamed Sid Ahmed directeur de
l’école tout en signalant que le problème qui se pose dans son établissement est l’absence totale d’agents et de produits d’entretien, il ajoutera ensuite « l’existence de ces deux cabines nous le devons à l’infirmière du collège qui fait appelle à chaque fois à des élèves pour l’aider à nettoyer les lieux » ce que le directeur a oublié de nous dire c’est qu’il n’y a pas toujours d’eau courante dans les robinets des toilettes, les collégiennes sont obligées de traverser toute la cour de l’école, du réservoir aux toilettes, un sceau à la main pour pouvoir utiliser les latrines, un point que nous a confié Amina, 14 ans, d’autres filles préfèrent attendre de rejoindre leur tente vu que les 10 minutes de récréation ne permettent pas à plus de 500 filles d’utiliser les deux latrines qui fonctionnent.

Ce ne sont que deux exemples d’un grand nombre d’écoles de la wilaya d’Awserd qui souffre d’un manque remarquable en matière d’eau et de latrines nous dira Madame Leila Salek directrice régionale de l’éducation.

Directrice du Collège Zin, interviewée par le journaliste Riad Aberkane
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri
Directrice du Collège Zin, interviewée par le journaliste Riad Aberkane
Directeur du Collège Zin, interviewé par le journaliste Riad Aberkane
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri
Directeur du Collège Zin, interviewé par le journaliste Riad Aberkane

Ce qui marque, c’est les sourires extraordinaires de ces enfants et surtout leur force et leur détermination à réussir dans leurs études même dans des conditions aussi difficiles.

L’eau potable, un assainissement de base et de bonnes habitudes en matière d’hygiène sont essentiels pour la survie et le développement des enfants.
L’inexistence d’un environnement adéquat incluant une source d’eau potable et des toilettes appropriées pour les élèves, constitue un obstacle majeur à la fréquentation scolaire notamment pour les filles, plus à risque d’abandon scolaire dans ces conditions.

L’UNICEF, à travers un financement de 500.000 euros du Bureau de la Commission européenne à la Protection Civile et Operations d’Aide Humanitaire Européennes (ECHO), dans le cadre de leur mandat « L’éducation dans les situations d’urgence », s’allient pour améliorer les conditions de scolarisation de plus de 13.000 enfants et adolescents sahraouis sur les 40.000,répartis dans 9 écoles secondaires, 6 écoles primaires et un jardin d’enfant situés dans les camps de Smara, El Ayoune, Aswerd, Dakhla et Boujdour.

Les fonds ECHO contribuent à la réhabilitation de salles de classes, à construire et réhabiliter des ouvrages d’eau et d’assainissement tout en assurant des toilettes séparées pour les garçons et les filles, former les professeurs et le personnel éducatif pour l’intégration de l’éducation à l’hygiène dans les curricula, mais également à fournir aux enfants des fournitures scolaires et assurer le renforcement des capacités des enseignants sahraouis et des inspecteurs de l’éducation.

Jeune collégien réfugiée sahraouis
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri

"Contribuer à l’éducation dans les situations d’urgence comme celle à laquelle sont confrontés les enfants dans les camps de réfugiés est l’une des principales priorités de la Commission européenne dans ses programmes d’aide humanitaire. C’est un investissement crucial dans l’avenir des enfants et un espoir d’une vie meilleure"

Patrick Barbier, Chef du Bureau humanitaire de la Commission européenne à Alger
Jeunes collégiennes réfugiées sahraouis
UNICEF/Algeria/2017/ElHebri

“Les enfants réfugiés sahraouis vivent et grandissent dans des conditions difficiles et leurs besoins sont importants, surtout dans les écoles. le soutien de la Commission européenne permettra à l’UNICEF et à ses partenaires de poursuivre leur travail important et d’améliorer l’accès à l’éducation pour les enfants sahraouis”

Marc Lucet, représentant de l’UNICEF en Algérie