Soins Mère Kangourou
Une chance à donner dès les premiers instants de la vie
Peau contre peau. C'est un geste simple et instinctif : une mère qui serre son nouveau-né contre sa poitrine. Au-delà d’un moment de tendresse, ce contact constitue une intervention essentielle pour la santé et le bien-être des nouveau-nés. Les Soins Mère Kangourou (SMK), fondés notamment sur le contact peau à peau, sont aujourd’hui recommandés pour tous les bébés. Ils favorisent la régulation de la température, l’allaitement maternel, le lien entre l’enfant et ses parents, ainsi que le développement d’un environnement favorable pour le nouveau-né. Ils apportent également des bénéfices importants aux mères, notamment en soutenant la production de lait maternel et le processus de récupération après l’accouchement. Pour les bébés nés prématurément ou avec un faible poids de naissance, cette approche peut être déterminante pour améliorer leur survie et leur développement.
C'est précisément cette approche qui a été au cœur de l'atelier organisé le 11 juin 2026 à Béni Mellal dans le cadre du programme « Amélioration de la santé et de la nutrition des mères, des nouveau-nés et des enfants dans la région de Béni Mellal-Khénifra », mené avec le leadership de la Wilaya de la région et la direction régionale du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale et l'Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Ce programme étalé sur cinq ans bénéficie de l'appui technique de l'UNICEF et le soutien financier de l’agence de coopération internationale coréenne, KOICA.
Une région, un défi commun
Comme plusieurs autres régions à forte dimension rurale, Béni Mellal-Khénifra fait face à un défi relatif à la survie des enfants après leur naissance. De manière générale, le Maroc a réalisé des progrès remarquables dans la réduction de la mortalité maternelle et infantile au cours des trois dernières décennies et conduit aujourd'hui une réforme ambitieuse de son système de santé. Toutefois, d'importantes inégalités persistent. Les progrès sont plus lents dans les zones rurales et éloignées, où l'accès à des services de santé de qualité demeure limité. La mortalité néonatale stagne, avec près de 8 000 nouveau-nés qui décèdent chaque année durant leur premier mois de vie, soit 75% de la mortalité des enfants de moins d’un an et 61% de celle des enfants de moins de cinq ans.
Des disparités territoriales persistent également, avec un taux de mortalité néonatale d'environ 16 pour 1 000 naissances vivantes en milieu rural, contre 11 pour 1 000 en milieu urbain.
Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, où une part importante de la population vit dans des zones rurales et montagneuses, ces défis prennent une dimension particulière. Les distances vers les structures de référence, les difficultés d'accès aux soins spécialisés et les disparités territoriales continuent d'influencer les chances de survie des nouveau-nés les plus fragiles.
Le nouveau programme « Amélioration de la santé et de la nutrition des mères, des nouveau-nés et des enfants dans la région de Béni Mellal-Khénifra » prévoit une série intégrée d’interventions visant à protéger le droit à la survie des nouveaux nés dont la mise en place de l’approche SMK.
« Aujourd'hui nous lançons un processus pour la mise à niveau des unités de prise en charge des nouveau-nés, ainsi que la généralisation de la méthode Mère Kangourou, que nous avons initiée dès 2021 dans les provinces d'Azilal et de Béni Mellal. Nous sommes désormais en train de l'étendre à l'ensemble des provinces de la région »
, explique Hanane Thaâbane, du Service de la Santé Publique à la Direction Régionale de la Santé et de la Protection Sociale de Béni Mellal-Khénifra rencontré le 11 juin au Centre Hospitalier Régional de Béni Mellal à l’occasion des travaux préparatifs relatifs au lancement de cette mission aux objectifs ambitieux. : Comprendre, établissement par établissement, ce qui manque pour offrir aux nouveau-nés les plus fragiles une prise en charge conforme aux standards de qualité, puis construire un plan progressif de mise à niveau au niveau de l’ensemble de la province de la région : Benimellal, Azilal, Fquih Ben Salah, Khénifra et Khouribga.
Onze hôpitaux, 53 structures d'accouchement, une seule ambition : mieux accueillir chaque naissance
Cet atelier a marqué au fait le coup d'envoi officiel d'une consultation d'envergure : l'évaluation des unités néonatales des onze hôpitaux de la région.
Réunis autour de la même table, les responsables des structures centrales et régionales du Ministère de la Santé, les directions hospitalières, les institutions de formation ainsi que les représentants de l'INDH, du Secrétariat Général des Affaires Régionales (SGAR) de la Wilaya, de l'UNICEF et de KOICA ont partagé une conviction commune : améliorer la survie des nouveau-nés exige un effort collectif, coordonné et durable. Les participants ont pu apprécier les outils d'évaluation qui seront déployés dans les prochains mois et surtout mesurer la réalité quotidienne des équipes soignantes : des couveuses à surveiller en permanence, des mères qu'il faut rassurer et accompagner afin qu'elles puissent pratiquer le contact peau à peau avec leur enfant.
Dr Amina Barakat, professeure de pédiatrie et de néonatologie et consultante du projet, résume l'esprit de cette démarche:
« Le double objectif est de renforcer la méthode Mère Kangourou à Béni Mellal et d'évaluer les unités de prise en charge des nouveau-nés, une évaluation qui débouchera sur une feuille de route pour la mise à niveau de ces services. Sur le terrain, nous avons rencontré les médecins et les équipes infirmières afin d'échanger sur les meilleures pratiques et de formuler des recommandations adaptées. L'objectif ultime reste de préserver la santé des nouveau-nés et de réduire la mortalité néonatale, en particulier chez les prématurés et les bébés de faible poids.»
« Chaque unité de néonatologie modernisée, chaque professionnel formé et chaque mère accompagnée dans la pratique des Soins Mère Kangourou rapprocheront le Maroc de son ambition : réduire durablement la mortalité néonatale et garantir à chaque enfant, quel que soit son lieu de naissance, les mêmes chances de survivre et de grandir en bonne santé » explique Jennifer Barak, Spécialiste Santé et Nutrition à l’UNICEF.