Les dangers du plomb sur la santé des enfants au Maroc
l’histoire de Nouhaila
À Casablanca, Nouhaila, 16 ans, fait partie des milliers d’enfants marocains qui ont souffert d’une intoxication au plomb sans en connaître l’origine. Issue d’une famille aux moyens limités, elle a vécu pendant des années avec des douleurs, une grande fatigue et des troubles de concentration.
« On n’a découvert mon intoxication qu’après plusieurs années de souffrance », raconte‑t‑elle. Sa mère se souvient d’un parcours long, éprouvant, et d’une errance médicale avant qu’un spécialiste ne suspecte enfin l’intoxication au plomb.
Sa grande sœur a également été touchée : « Je pensais être en dépression, mais j’avais en réalité un taux de plomb très élevé. J’étais constamment fatiguée, isolée, et même mes gencives avaient noirci. »
Ces témoignages ne sont pas isolés. Selon l’UNICEF (2020), un enfant sur trois dans le monde présente une plombémie supérieure au seuil de sécurité, et près de 1,9 million d’enfants seraient concernés au Maroc (estimation 2025). Une crise silencieuse qui touche d’abord les plus vulnérables.
Un risque environnemental encore mal identifié
Le plomb, métal lourd longtemps utilisé dans certaines peintures, céramiques, cosmétiques, ustensiles et présents dans les sols contaminés, est un poison puissant. Aucun niveau d’exposition n’est sans danger pour les enfants. Même à faible dose, il peut entraîner baisse du quotient intellectuel, troubles de l’apprentissage et du comportement, fatigue chronique ou encore des atteintes neurologiques irréversibles.
Les sources d’exposition au Maroc restent encore insuffisamment documentées, même si plusieurs réglementations limitent déjà le plomb dans les produits en contact avec les enfants.
Un engagement national pour un avenir sans plomb
En août 2024, le Maroc a rejoint le partenariat mondial « Un Avenir Sans Plomb », lancé avec l’appui de l’UNICEF pour éliminer l’exposition des enfants d’ici 2040. Une task‑force multisectorielle nationale, pilotée par le ministère de la Santé et de la Protection Sociale avec l’UNICEF, œuvre depuis 2025 à la mise en place d’un programme national dédié. Comme l’explique le Dr Alaoui El Youssfi « protéger les enfants de l’exposition au plomb, c’est protéger leur développement, leur santé et l’avenir du pays »
Protéger les enfants, un impératif de justice sociale
L’intoxication au plomb n’est pas seulement une question de toxicologie : c’est un enjeu de santé publique, de dignité et d’équité. Les enfants des familles les plus modestes, vivant dans des environnements dégradés, sont les premiers exposés. Nouhaila et sa sœur, après un protocole médical dédié pour réduire les effets de leur intoxication, ont pu retrouver un peu de la normalité de leur vie.
«Après le traitement, ma vie a changé. Aujourd’hui, j’ai repris mes habitudes d’autrefois. J’ai été heureuse de retrouver mon école et de pouvoir me concentrer de nouveau sur mes études. Je suis chanceuse d’avoir pu croiser mon médecin qui a poussé ces investigations médicales jusqu’au bout pour comprendre mes souffrances et me prodiguer les soins adaptés à mon cas ».
Justement le cas de Nouhaila selon les données n’est pas unique. Des milliers d’enfants sont aujourd’hui victimes d’intoxication similaire mais non pas eu la même chance. Lutter contre l’empoisonnement au plomb constitue une urgence. En rejoignant le partenariat mondial « Un Avenir Sans Plomb », le Royaume du Maroc a confirmé son engagement dans cette direction. Un grand pas pour offrir à chaque enfant la possibilité de grandir, d’apprendre et de construire son avenir en pleine santé.