Mama, « rendre la contraception accessible à toutes les femmes »

Au camp de réfugiés de M’Berra, une jeune sage-femme se lève contre les préjugés pour protéger la santé des femmes et des jeunes filles.

UNICEF Mauritanie
Y89A6811_1 COUV
UNICEF Mauritanie/Pouget/2021
08 octobre 2021

Mama est sage-femme au poste de santé n°3 du camp de réfugiés de M’Berra. Chaque jour, elle accueille et prodigue des soins aux femmes et aux jeunes filles enceintes du camp. Au planning familial, elle écoute et conseille les patientes confrontées à des grossesses précoces, difficiles et exposées aux maladies sexuellement transmissibles.

« La sexualité est encore un sujet très tabou dans nos sociétés. Les gens sont peu sensibilisés et les hommes refusent de se mêler de ce qu’ils considèrent généralement comme des problèmes de femmes. C’est le cas pour les contraceptifs et les maladies sexuellement transmissibles. Nous recevons régulièrement des couples infectés mais par fierté les hommes refusent de suivre le traitement ou de porter des préservatifs ».

Au camp de M’Berra, les femmes sont confrontées à des obstacles en matière de contraception. Outre l’accès limité aux méthodes de contraception elles font face aux préjugés du conjoint, de la communauté et dans certains cas des agents de santé. Il arrive donc que des femmes qui veulent éviter une grossesse ne parviennent pas à le faire principalement par manque de connaissances : soit elles ne disposent pas d’informations sur les endroits où se procurer des moyens de contraception, soit elles ne savent pas comment les utiliser.

Y89A6801
UNICEF Mauritanie/Pouget/2021

« Le service de planning familial a ouvert en 2019 au poste de santé pour venir en aide aux femmes désireuses de ne pas tomber enceinte. Au début la fréquentation était très faible mais à présent les mentalités commencent à changer. C’est en grande partie grâce aux sensibilisations. Lorsque nous recevons les femmes en consultations prénatales, nous en profitons pour les sensibiliser aux risques des grossesses précoces ou rapprochées et aux méthodes de contraception existantes. Parfois, ce sont des victimes de mariages précoces âgées d’à peine 13 ou 14 ans ! On leur explique qu’avoir une grossesse à cet âge-là représente un danger pour elles et pour leur bébé. La contraception est entièrement gratuite. Le plus important pour nous est de laisser le choix aux femmes de décider. »

Les grossesses précoces chez les adolescentes ont de graves conséquences sur la santé des mères adolescentes et de leurs enfants. Selon l’OMS, les complications de la grossesse et de l’accouchement sont la principale cause de décès pour les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans dans le Monde*. La maternité précoce peut en effet augmenter les risques pour les adolescentes qui ne sont pas prêtes physiquement à une grossesse ou un accouchement, et sont par conséquent plus sujettes à des complications ainsi que pour les nouveau-nés. Les nourrissons nés de mères âgées de moins de 20 ans sont plus exposés au risque de faible poids de naissance, de naissance prématurée et d’affections néonatales graves.

« Nous voulons aussi prévenir les risques d’avortements. Les jeunes filles qui tombent enceinte en dehors du mariage sont souvent désemparées. Elles essaient de se procurer des médicaments qui facilitent l’ouverture du col de l’utérus et provoquent des accouchements. Lorsqu’elles ne peuvent pas se les procurer, elles ont recours à des méthodes traditionnelles (plantes, marabouts) ou elles essayent de se débarrasser de l’enfant à la naissance. Récemment, une jeune fille a accouché au centre mais la famille n’acceptait pas l’enfant né hors mariage. Elle était désespérée et a essayé de se débarrasser de son bébé. Par chance l’enfant a pu être sauvé à temps. »

Y89A6842
UNICEF Mauritanie/Pouget/2021
Y89A6816
UNICEF Mauritanie/Pouget/2021

Les grossesses non-désirées ont des conséquences terribles sur l’éducation des jeunes filles et réduit grandement leurs perspectives économiques. De nombreuses filles, une fois enceintes, sont forcées à abandonner l’école ou le foyer. Des solutions concrètes existent pourtant comme dispenser à tous les jeunes un programme d’éducation sexuelle complet adapté à leur âge, investir davantage en faveur de l’éducation des jeunes filles, lutter contre les mariages d’enfants et les violences sexuelles et bâtir des sociétés respectueuses de l’égalité des sexes en donnant de l’autonomie aux filles et en impliquant les hommes et les garçons dans la société.

« Selon moi le plus gros problème vient de la sensibilisation, conclut Mama. Les jeunes sont très peu informés. La sexualité est un sujet très tabou que l’on n’aborde pas au sein des familles. Pourtant, pour éviter les accidents, il faudrait renforcer les séances de sensibilisation dans les écoles et les structures de santé en faisant prendre conscience aux hommes qu’ils ont eux aussi un rôle important à jouer. »

Grâce au soutien financier d’ECHO – Protection civile et opérations d’aide humanitaire européennes, UNICEF travaille aux côtés du gouvernement Mauritanien, et avec l’aide des communautés locales afin d’élargir l’accès des adolescents à l’information en matière de santé sexuelle et reproductive ainsi qu’à des services qui les accueillent et les accompagnent au camp de réfugiés de M’berra. UNICEF plaide également pour l’intégration d’un programme complet sur la santé sexuelle et reproductive dans les programmes scolaires, et soutient des initiatives en faveur de l’égalité des sexes, en particulier celles qui s’adressent aux adolescents vulnérables et aux jeunes mères.

*Source : OMS – 31 janvier 2020 https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/adolescent-pregnancy