L’hygiène au coeur des communautés

Une communauté modèle endosse les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement à Sikasso

Par Ismael Maiga
Mawa Berthe 12 ans, élève en classe de 6ème à l’école fondamentale de Soungoumba. Dans la commune rurale de Soungoumba, une vingtaine de villages ont adhéré à une nouvelle approche dite de l’Assainissement Total Piloté par les communautés. Cette dynamique menée par la communauté a fait tache d’huile et constitue un réel espoir pour la survie et le développement de chaque enfant. Village de Soungoumba, commune rurale de Koningué, région de Sikasso, Mali.
UNICEF Mali/2019/Keita
31 décembre 2019

Soungoumba respire un air pur loin de la pollution industrielle des usines d’égrenage de coton de Koutiala, troisième ville la plus peuplée du Mali. Au sortir de l’hivernage, la verdure est encore présente et la température fort clémente.Les animaux sont en embonpoint et paissent allègrement le long de la piste rurale menant au village, distant de 55 kilomètres du chef-lieu de cercle. Le village est propre paisible et agréable. Soungoumba respire aussi la santé !


Tôt le matin, Mawa Berthé, 12 ans, élève en classe de 6ème année s’activait au nettoyage de la cour familiale. Elle ramasse les feuilles mortes de manguier devant servir de fumier organique, entreposées dans un coin de l’étable. Vient ensuite la corvée d’eau et le remplissage d’une gourde de récupération servant de dispositif de lavage des mains. Au quotidien, Mawa observe ce rituel avant d’emprunter avec ses camarades le chemin de l’école.


Le groupe scolaire de Soungoumba est composé des blocs des Ecoles A et B, premier et second cycle qui s’étendent dans une très grande cour bien ombragée. L’école, qui compte 1.327 élèves, dont 670 filles, est reconnue pour ses efforts de promotion de la scolarisation des filles, mais également sa promotion de l’hygiène Le Groupe scolaire dispose en son sein de latrines séparées pour filles et garçons, de dispositifs de lavage des mains et d’un forage pour l’approvisionnement en eau potable. Les élèves bruyants y jouent avant que retentisse le son de cloche.

« On recourt au lavage des mains au savon aux moments critiques, en particulier avant la préparation des repas et au sortir des toilettes»

Mawa.
Dans le cadre des activités WASH, Mawa Berthe 12 ans, élève en classe de 6ème année à l’école fondamentale de Sougoumba joue avec ses camarades pendant la recréation dans la cour de l’école. Dans la commune rurale de Soungoumba, une vingtaine de villages ont adhéré à une nouvelle approche dite de l’Assainissement Total Piloté par les communautés. Cette dynamique menée par la communauté a fait tache d’huile et constitue un réel espoir pour la survie et le développement de chaque enfant. Village de Soungoumba
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En ce mardi 15 octobre 2019 consacrant la Journée mondiale du lavage des mains au savon, l’Académie d’enseignement de Koutiala, a décidé qu’une leçon modèle soit dispensée dans toutes les écoles de la circonscription. En effet, le lavage des mains au savon aux moments clés permet d’éviter les maladies diarrhéiques, une des premières causes de mortalité infantile au Mali. L’enseignante du jour martèle que le lavage des mains au savon est l'un des moyens les plus importants et les plus simples pour garder propre la salubrité des aliments, prévenir les maladies et aider les enfants à grandir. Elle invite à la fin de la leçon modèle, Mawa Berthé à résumer le cours. « On recourt au lavage des mains au savon à des moments critiques, en particulier avant la préparation des repas, avant de manger ou de donner à manger aux enfants et au sortir des toilettes, » répond Mawa.

Mawa Berthe 12 ans, élève en classe 6ème année fait une démonstration de lavage de main devant ses camarades en classe.  Dans la commune rurale de Soungoumba, une vingtaine de villages ont adhéré à une nouvelle approche dite de l’Assainissement Total Piloté par les communautés. Cette dynamique menée par la communauté a fait tache d’huile et constitue un réel espoir pour la survie et le développement de chaque enfant. Village de Soungoumba, commune rurale de Koningué, région de Sikasso, Mali.
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Grâce à l’appui de l’USAID, et à travers son ONG partenaire JIGI ou « Espoir », l’UNICEF appuie depuis décembre 2018, la mise en oeuvre de l’approche « Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC) » dans 20 localités du cercle de Koutiala dont 8 dans la commune rurale de Koningué. L’ATPC est une approche intégrée qui consiste à encourager la communauté à analyser sa propre situation en matière d’hygiène et d’assainissement, ses pratiques en matière de défécation et leurs conséquences. Ce, en vue de susciter une action collective visant à atteindre et maintenir un état de Fin de la Défécation à l’Air Libre (FDAL), par la construction de latrines par la communauté sans subvention extérieure.

« L’ATPC nous a permis de prendre conscience de l’hygiène et de la salubrité. Nos cours et notre environnement sont propres »

Dans un pays où la défécation à l’air libre est encore pratiquée par 7% de la population, parler d’excrétas humains demeure tabou. Mawa Berthé prêche désormais la bonne parole non seulement au sein de sa famille, mais également auprès de la communauté de Sougoumba. Avec une forte conviction, elle livre les leçons apprises en moins d’une année de mise en oeuvre. « L’ATPC nous a permis de prendre conscience de l’hygiène et de la salubrité. Nos cours et notre environnement sont propres. Ça nous protège contre les maladies telles que les diarrhées, la conjonctivite et les infections respiratoires. »

Mawa Berthe 12 ans, élève en classe de 6ème à l’école fondamentale de Soungoumba. Dans la commune rurale de Soungoumba, une vingtaine de villages ont adhéré à une nouvelle approche dite de l’Assainissement Total Piloté par les communautés. Cette dynamique menée par la communauté a fait tache d’huile et constitue un réel espoir pour la survie et le développement de chaque enfant. Village de Soungoumba, commune rurale de Koningué, région de Sikasso, Mali.
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L’impact de l’ATPC sur la santé de la communauté est évident rassure de son côté Zoumana Berthé, Directeur Technique du Centre de Santé Communautaire de Sougoumba. Il est on ne peut plus formel. « Il y a eu un changement radical dans le comportement des communautés. A titre indicatif, les consultations curatives passent de 51% à 38% soit 7.859 consultations en 2018, contre 6.151 en cette année 2019. Et la plupart de ces cas soutient-il proviennent de zones n’ayant pas encore adopté l’ATPC. »

« Le lavage des mains au savon s’intègre dans les pratiques culturelles, éducationnelles et sociales des enfants dans ces villages »

Une conclusion sans appel est celle de Crescent Dabou, Administrateur en eau, hygiène et assainissement au bureau de l’UNICEF à Sikasso. « Des résultats probants sont déjà observables dans la commune. Nous notons par exemple la propreté des villages, y compris les écoles et le centre de santé, la diminution des maladies diarrhéiques, du paludisme et des infections respiratoires aigües, mais également le renforcement de la cohésion sociale. En effet, c’est l’habitude même des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement dont le lavage des mains au savon, qui s’intègre dans les pratiques culturelles, éducationnelles et sociales des enfants dans ces villages. »

Crescent Dabou administrateur du programme Eau Hygiène et Assainissement WASH au bureau de l’UNICEF à Sikasso, lors d’une séance de sensibilisation de la communauté, il explique à la communauté l’importance des bonnes pratiques en matière d’hygiène. Village de Soungoumba, Commune rurale de Koningué, région de Sikasso, Mali.
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Le maire de la commune de Koningué, Souleymane Berthé se réjouit donc que sa commune ait couplé l’inauguration du monument communal dédié à l’ATPC à la célébration de la Journée mondiale de lavage des mains au savon ce 15 octobre 2019. Une invite à chaque homme, femme, enfant, enseignant/enseignante, et professionnel de santé de ces villages, à accentuer les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement et maintenir plus que jamais leur communauté sans défécation à l’air libre.

Mawa Berthe 12 ans et ses camarades sur le chemin de l’école, l’instauration des cours d’hygiène à l’école a permis d’apporter la propreté au sein de l’école et dans le village.  Dans la commune rurale de Soungoumba, une vingtaine de villages ont adhéré à une nouvelle approche dite de l’Assainissement Total Piloté par les communautés. Cette dynamique menée par la communauté a fait tache d’huile et constitue un réel espoir pour la survie et le développement de chaque enfant. Village de Soungoumba.
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Depuis son initiation, il y a moins d’une décennie au Mali, la stratégie ATPC a connu un essor fulgurant. Sous le leadership de la Direction Nationale de l’Assainissement et du Contrôle des Pollutions et des Nuisances (DNACPN), avec l’appui de l’UNICEF et des partenaires tels que l’USAID, l’approche a convaincu la grande majorité des ONG dont Jigi qui participent désormais activement à son développement en milieu rural. A la fin de l’année 2018, plus de 3 500 villages avaient éradiqué la défécation à l’air libre, permettant à près de 3 millions de vivre dans un environnement sain et libre de maladies associées au manque d’hygiène et d’assainissement.

Le monument dédié aux bonnes pratiques d’hygiènes installé devant la mairie du village Sougoumba. Village de Soungoumba, Commune rurale de Koningué, région de Sikasso, Mali, Octobre 2019.
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Quant à l’élève modèle Mawa Berthé, l’hygiène et la santé sont depuis devenues ses principales préoccupations. « Mon souhait est d’être médecin pour aider ma communauté » dixit Mawa, en bon samaritain.