L’eau nous rend belles!
Avec la construction d’une nouvelle pompe à eau, la vie dans un village au centre du Mali se transforme.
Il y a foule près de l’école de Dialangou. Autorités communales, traditionnelles, religieuses, jeunes et vieux, hommes, femmes et enfants se sont donné rendez-vous au flanc de la cuvette marécageuse.
Et pour cause : une nouvelle pompe vient de commencer à déverser ses premières eaux.
Aux youyous des femmes se mêlent les acclamations des jeunes filles et le chant improvisé des enfants. « Dji Nana, Dji Nana ! L’eau est venue, l’eau est venue !» s’exclament les enfants. La région de Mopti, au centre du Mali, est connue comme étant la plus grande contrée inondée du pays. Fournir de l’eau potable aux zones inondées, particulièrement difficiles d’accès, pose un défi de taille.
Si 80% de la population malienne a aujourd’hui accès à de l’eau potable, ce nombre diminue considérablement dans les zones rurales, y compris celles qui souffrent d’inondations régulières. De plus, dans les zones touchées par le conflit, les déplacements internes peuvent limiter encore plus l'accès des familles à l'eau potable, créant en même temps une pression supplémentaire sur les communautés hôtes.
« Il nous arrive de manquer des cours scolaires, voire des jours d’école pendant les périodes de pannes de la pompe »
En effet, Dialangou, hameau situé à 7 km de la ville de Mopti, connaît une explosion démographique. Avec l’insécurité croissante de la région et la crise de déplacement qui s’est ensuivie, la bourgade est passée en peu de temps de 400 à plus de 1400 habitants. La source d’approvisionnement en eau potable du village est constituée de trois forages équipés de pompes à motricité humaine, dont un réalisé avec la technique manuelle. Mais la quantité d’eau ne suffit plus pour une population en augmentation constante, et les pompes sont éloignées du village.
L’accès limité à l’eau propre a un impact non seulement sur l’hygiène et la santé des enfants, favorisant la propagation de maladies d’origine hydrique, mais peut également entraver leur éducation. Cet impact est particulièrement marqué chez les filles, qui dans la culture malienne sont responsables pour la corvée d’eau. Fatoumata Lobbo Bocoum, 13 ans, est élève en classe de 7eme année à l’école ATT Bougou, située à environ 3 kilomètres de sa maison.
« Il nous arrive de manquer des cours scolaires, voire des jours d’école ou jours de cours pendant les périodes de pannes de la pompe » explique-t-elle.
Dans ce contexte précaire et avec l'objectif ne laisser personne pour compte, avec l'appui du Royaume des Pays-Bas et de la Suède, la Direction Générale de la Coopération Internationale et l'UNICEF ont mis en place le programme « Accélération de l'assainissement et de l'eau pour tous, phase II » pour la période 2019-2022.
« Nous disposons de latrines filles et garçons séparées, mais aussi de kits de lavage de mains, de savon, et tant d’autres»
La vision du programme ne s’arrête pas à la construction : la construction de la pompe à Dialangou a été couplée avec la promotion de bonnes pratiques d’hygiène et de gestion des points d’eau, la construction de latrines séparées pour filles et garçons dans l’école et la distribution de kits d’hygiène. De cette manière, le projet assure à la population hôte et aux familles déplacées un accès facilité à l’eau propre, améliore l’hygiène et la santé des enfants du village, réduit la pénibilité des corvées d’eau et contribue à la scolarité des filles.
« L’eau nous procure un immense bonheur car nous avons un forage même à l’école »
Pour Fatoumata, l’arrivée du projet a transformé sa vie. « L’eau nous procure un immense bonheur car nous avons un forage même à l’école. Du coup, nous disposons de latrines filles et garçons séparés, mais aussi de kits de lavage de mains, de savon, et tant d’autres. » Drapée dans ses plus beaux habits, Lobbo défie ses camarades et déclare tout de go : « L’eau nous rend belles !» En effet, Lobbo signifie « belle » en langue peulh.
Reconnaissant le besoin de répondre aux besoins urgents engendrés par la crise humanitaire tout en améliorant la résilience sur le long terme des populations, depuis 2017, l’UNICEF et ses partenaires se sont engagés sur une approche qui transcende le clivage Humanitaire et Développement. Le Dr Ahmed Ould Aida, Chef du bureau de l’UNICEF à Mopti soutient que « cette recette dite Nexus Humanitaire-Développement, vise à répondre aux besoins immédiats des populations, tout en réduisant les risques et vulnérabilités.»
Bien que l’approvisionnement en eau soit prioritaire dans les premiers temps d’une situation d’urgence, l’assainissement et l’hygiène sont des facteurs de première importance. Ainsi des initiatives ont été développées pour faciliter l’adoption des bonnes pratiques, telles que le lavage des mains au savon et à l’eau propre aux moments clés, tant aux personnes déplacées internes qu’aux communautés hôtes.
Un ensemble de mesures sont également prises en amont pendant l’implantation du forage avec le respect de certains critères environnementaux. Il s’agit entre autres du respect de la distance d’implantation du forage par rapport aux zones de pollution telles que les latrines, les dépotoirs et les cimetières.
L'UNICEF appuie le Ministère de l'Énergie et de l'Eau, le Ministère de l'Environnement, de l'Assainissement et du Développement durable et le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales à améliorer l'accès équitable à l'eau potable, à l'assainissement et à l’hygiène, avec une attention particulière aux besoins des filles et des enfants les plus vulnérables.
En 2019, l'UNICEF et ses partenaires tels que les Royaumes des Pays-Bas et de la Suède ont fourni des services d'approvisionnement en eau potable à plus de 74 000 personnes dans la région de Mopti.