Entendez ma voix : Les enfants plaident pour le droit à l'éducation

Au Mali, les Enfants-ambassadeurs surmontent tous les obstacles pour promouvoir l'éducation.

Par Tijs Magagi Hoornaert et Eliane Luthi
Fatoumata Touré (14 ans), à droite, est ambassadrice de la rentrée scolaire depuis 2017. Elle est née et a grandi à Tombouctou, dans le nord du Mali. Elle fait partie des plus de 3000 enfants ambassadeurs de la rentrée scolaire au Mali qui sensibilisent leurs pairs et leurs parents à l'importance et aux avantages de l'éducation. La mère de Fatoumata, Nana Touré (arrière), est enseignante et très fière de sa fille.
UNICEF/UN0263671
15 janvier 2019

TOMBOUCTU, Mali — Fatoumata Touré est née et a grandi à Tombouctou, ancienne ville du centre du Mali autrefois reconnue comme une place forte de l'érudition islamique. À l'instar de ces ancêtres, Fatoumata aime apprendre. « Ma matière préférée à l'école, c'est l'histoire. Et des d'histoires, il y en a tant à raconter à Tombouctou ! » s'exclame l'enfant de 14 ans. Elle nourrit le rêve de devenir avocate.

Elle a de toute évidence hérité d'une passion pour les activités intellectuelles — et le service. Les parents de Fatoumata sont tous deux enseignants à Tombouctou, et son frère aîné est enseignant d'histoire et de géographie à Bamako, la capitale.

Mais beaucoup de ses camarades n'ont pas eu autant de chance, et leur avenir scolaire n'est pas si certain. Plus d'un million d'enfants - soit près du tiers de la population d'enfants -  en âge de fréquenter l'école primaire, ne sont pas scolarisés au Mali. En 2017, le taux de déscolarisation pour les enfants en âge de fréquenter le secondaire était supérieur à 60 %.

Les enfants font face à une multitude de défis dans leur quête d'éducation : le travail des enfants, le mariage d’enfants, le manque d'écoles de qualité à proximité et la détérioration de la situation sécuritaire qui a contraint plus de 700 écoles à fermer en 2018. Le transport et la logistique constituent un autre obstacle : pour se rendre à son école, Fatoumata doit marcher une heure à l'aller comme au retour, et ce tous les jours.

En tant que fille au Mali, Fatoumata court un risque encore plus élevé de déscolarisation comparée aux garçons.
 

Fatoumata Toure (14 ans), à droite, est depuis 2017 Ambassadrice de la rentrée scolaire.
UNICEF/UN0263685

Les enfants apportent la solution

En 2018, avec le soutien de la Norvège, du Danemark et de la République de Corée, l'UNICEF a considérablement élargi son programme de formation des Enfants ambassadeurs de la rentrée scolaire au Mali. Pour l'année scolaire 2018-2019, l'UNICEF et ses partenaires au Mali ont formé plus de 3 800 enfants et jeunes sur l'étendue du territoire national pour devenir des sur leaders dans leurs communautés et plaider en faveur du droit de chaque enfant à l'éducation. Afin de renforcer l'égalité entre les sexes, l'UNICEF a formé autant de filles que de garçons pour devenir des enfants ambassadeurs. Fatoumata en fait partie.

Au moment où les enfants se préparent à retourner à l'école après les vacances d'été, ces Ambassadeurs et Ambassadrices sont formés à parler à leurs pairs et à leurs parents de l'importance de l'éducation. Ils sont formés aux messages clés sur les avantages de l'éducation, comment parler de la valeur ajoutée de l'éducation aux parents sceptiques et comment suivre les enfants déscolarisés à l'aide d'un guide d'entretien.

Après la phase des formations organisées par l'UNICEF, ces plénipotentiaires retournent dans leur communauté et font du porte-à-porte afin de sensibiliser les parents sur l'importance d'envoyer leurs enfants à l'école. C'est ainsi que ces enfants vont prendre la parole dans les stations radio partenaires afin de parler de l’importance de l'éducation. Ils veillent à ce que la voix des enfants soit prise en compte lors des réunions communautaires.

Les ambassadeurs partagent un objectif commun : ramener le plus grand nombre possible d'enfants maliens dans les salles de classe.
 

Fatoumata dans une salle de classe à Tombouctou en compagnie d’un autre Enfant ambassadeur de la rentrée scolaire. Les jeunes défenseurs font du porte-à-porte pour sensibiliser les enfants de leur âge et les parents sur l'importance et les avantages de l'éducation.
UNICEF/UN0263682

Porter le flambeau

Lorsqu'on lui demande la raison pour laquelle elle est devenue Enfant Ambassadrice de la rentrée scolaire de l'UNICEF, Fatoumata rétorque que c'est à cause de ces nombreux enfants qui ne vont pas à l'école.

« Nous avons à Tombouctou beaucoup d'enfants qui ne vont pas à l'école », explique t-elle. « Parfois c'est parce que leurs parents n'ont pas les moyens de les envoyer à l'école ou ne sont pas motivés. »

« À Tombouctou il existe 12 écoles : cinq privées et sept publiques. Les écoles publiques sont gratuites ! C'est ce que je m'évertue souvent de dire aux parents et à leurs enfants quand je fais du porte-à-porte. »

Fatoumata estime à une cinquantaine le nombre de familles auquelles elle a rendu visite avant le début de l'année scolaire 2018/19. « Je pense que  mon message est passé pour 20 d'entre elles, mais beaucoup d'obstacles subsistent », conclut-elle.
 

Les traditions anciennes et l'éducation

Loin de Tombouctou, à Kayes, région située dans l'ouest du pays, Naminata Sanogo, Enfant Ambassadrice comme Fatoumata, est en campagne de sensibilisation dans une famille à Kéniéba.

Bien que  les deux régions soient distantes de plus de 1 500 kilomètres, les obstacles auxquels sont confrontés les enfants dans la maison de Naminata sont tout aussi intimidants.

« Beaucoup de filles à Kayes sont victimes de mariage d’enfants », constate la jeune fille de 17 ans. La plupart des familles ont des croyances culturelles selon lesquelles le rôle d'une fille se réduit à celui d'épouse et de mère, et non comme étudiante ou professionnelle.

« Une fille sur deux est mariée avant l'âge de 18 ans ! Ces mariages d'enfants constituent l'une des causes profondes de la déscolarisation. J'essaie de faire comprendre aux parents que la place d'une fille est à l'école et non à la maison », explique Naminata.
 

En pirogue, à moto ou à pied, des Enfants Ambassadeurs comme Alou Keïta ont bravé de nombreux obstacles pour parler aux parents de la scolarisation de leurs enfants.
UNICEF/2018/Keita

Barrières naturelles et éducation

Surmonter les défis logistiques fait partie des réalités de l'Enfant Ambassadeur de la rentrée scolaire. Alou Keïta, 11 ans, est Enfant Ambassadeur à Mopti, une ville située à la confluence des fleuves Niger et Bani. Alors que l'instabilité politique provoque une montée de l'insécurité à Mopti, la déscolarisation gagne rapidement du terrain. Fidèle à son engagement, Alou emprunte souvent des moyens de transport non conventionnels, y compris la pirogue, afin de rencontrer des familles dont les enfants sont déscolarisés.

« Rien ne m'empêchera de sensibiliser mes amis sur l'importance de l'éducation », déclare le garçon. « À bord d'une pirogue, sur une moto, à pied ou à travers une discussion à la radio, je ferai tout pour faire passer le message aux parents afin qu'ils envoient leurs enfants à l'école. Ma vision est zéro enfant dans la rue et tous les enfants à l'école ! »


Pour leur avenir

« Les parents apprennent à leurs enfants l'importance d'aller à l'école », explique Fatoumata. « Le personnel enseignant dispense les enseignements aux enfants à l'école. Je suis à la fois enseignante et élève. »

De Tombouctou à Kidal, en passant par Mopti et jusqu'à Kayes, Fatoumata, Naminata, Alou et leurs pairs transforment lentement les mentalités dans leur quête d'un avenir meilleur pour eux et leur pays.

Grâce à leurs efforts, la voix des enfants est en train d’être prise en compte dans les décisions qui auront une incidence sur leur propre avenir.