Fanyah renforce ses compétences de vie et s’adapte à la sécheresse
Dans le sud de Madagascar, des années de sécheresse ont fait de la vie quotidienne une lutte constante. Pour Fanyah et d'autres enfants vivant avec handicap, les défis engendrés par le changement climatique sont omniprésents.
Au petit matin, Fanyah (14 ans) marche doucement à travers le sentier menant à la rivière d’Antsozo. Bien que la rivière se trouve à deux pas de chez elle, elle est accompagnée par sa nièce Tsimanotry (13 ans) qui l’aide à éviter les pierres pouvant la faire trébucher. Fanyah est une personne aveugle depuis la naissance et vit à Anarabe, un petit village situé dans le sud de Madagascar. Arrivées à destination, les deux filles s’approvisionnent aux petites flaques d’eau alors qu’il n’y en a presque plus à la surface de la rivière, à cause du manque de pluie dans la région. Elles reviennent à la maison avec le seau à la tête, sous le poids de la chaleur du soleil brillant de mille feux.
« C’est notre routine matinale. Il est pénible pour moi de marcher toute seule dans ce type de chemin escarpé. Cependant, j’arrive à aider ma belle-mère dans les tâches ménagères comme cuisiner et laver la vaisselle », affirme Fanyah en allumant le feu de bois, servant à cuire le repas de midi. Fanyah est la benjamine d’une fratrie de neuf enfants. Issue de parents divorcés, elle vit avec son père et sa belle-mère qui sont agriculteurs.
Dans le sud de Madagascar, des années de sécheresse sévère consécutives ont anéanti les récoltes et entravé l'accès à la nourriture. Entre cyclones, inondations et sècheresse, l’ile faisant partie des pays avec la plus faible émission de dioxyde de carbone (CO2), subit de plein fouet les effets du changement climatique.
Une élève intelligente
Le lendemain, nous retrouvons Fanyah en train d’étudier à la classe de 8ème de l’école primaire publique du village. Selon Homaro Sylvine Gabrine, son enseignante, c’est une élève brillante qui assimile vite ce qu’on lui enseigne. « Nous essayons d’être le plus inclusif que possible et faisons en sorte que les enfants vivant avec handicap comprennent les cours. », témoigne Sylvine, toute fière de son élève. Passionnée par la langue française, Fanyah n’hésite pas à l’appliquer lorsqu’il y a des visiteurs qui viennent dans son village.
En 2020, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a publié un rapport reconnaissant que les personnes handicapées, en particulier les femmes et les enfants, sont touchées de manière disproportionnée par la crise climatique. Selon le rapport présentant l’indice des risques climatiques sur les enfants, Madagascar est le 10ème pays au monde où les enfants sont le plus exposés aux changements climatiques et à la dégradation de l’environnement.
Dans la même communauté, nous faisons la connaissance d’Etsiharogne (10 ans) jouant parmi quelques enfants du village. Etsiharogne est une personne muet/sourde et étudie en classe de 10ème, dans la même école que Fanyah. Il peut lire sur les lèvres et communiquer à travers de gestes simples. « a, o, i, e », répète-t-il en écrivant les lettres au sol lorsque l’une des villageois lui demande ce qu’il a appris à l’école.
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Homaro Sylvine Gabrine en train d’enseigner Fanyah et les élèves de la classe de 8ème à l’école publique d’Anarabe, dans le sud de Madagascar
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Fanyah et une autre participante au programme de renforcement des compétences de vie en train d’appliquer les activités proposées par les animateurs
© UNICEF/UN0781147/Ramasomanana
Etsiharogne, au milieu, écrivant les lettres au sol sous le regard des autres enfants du village.
S’adapter au changement climatique
Fanyah a suivi les 16 sessions du programme de renforcement des compétences de vie, dans le cadre de la protection de l’enfant, avec l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires. Dans ce programme, les animateurs apprennent aux enfants et aux jeunes la connaissance de soi et des autres, incluant son environnement. « Ma participation à ce programme m’a permis d’échanger des idées avec d’autres jeunes comme moi. Je me suis fait beaucoup d’amis et cela m’aide à m’épanouir et évoluer dans tout ce que j’entreprends », affirme-telle. Selon Rakotozandry Violette, animatrice du programme, « il est important de doter les enfants et les jeunes, en particulier ce vivant avec handicap, de conseils pratiques afin qu’ils puissent développer leur plein potentiel dans un environnement particulier ou la sécheresse sévit pendant des années ».
De multiples interventions ont été réalisées par l’UNICEF et ses partenaires depuis le début de la crise climatique. Des infrastructures durables d’adduction d’eau ont été construites, plusieurs actions dans le domaine de la nutrition, de la santé et de la protection sociale ont aussi été entreprises, notamment la mise en place du transfert monétaire universel pour 7,850 ménages incluant des enfants et des personnes vivant avec handicap.
Après sa participation à la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques en 2022, Madagascar est sur la bonne voie pour s’engager auprès des 37 pays ayant signé la Déclaration sur les enfants, les jeunes et l'action pour le climat. L’un des points saillants de ces engagements est le renforcement des compétences et connaissances des enfants et des jeunes, notamment les jeunes marginalisés, sur les efforts d'atténuation et d'adaptation au changement climatique.
En attendant la concrétisation de tous les engagements par les décideurs, Fanyah poursuit son rêve de devenir sage-femme dans son petit village, voire au-delà. « J’aimerais que l’on m’aide à atteindre mes objectifs et à s’épanouir comme les autres enfants de mon âge », poursuit-elle avec une lueur d’espoir.