La pandémie à coronavirus nie aux enfants l’accès à leurs droits fondamentaux

Wisphania fait partie des 4 millions d’enfants haïtiens qui ne sont pas allés à l’école depuis près de trois mois

Ndiaga Seck
Wisphania en train de jouer avec son frere
UNICEF Haiti/2020/Edler
30 juillet 2020

Dès la survenue de la pandémie COVID-19, l’UNICEF a déployé une réponse forte et multisectorielle en Haïti. En collaboration avec le Ministère de la santé publique et de la population et avec l’appui de multiples donateurs, l’UNICEF a mobilisé 15 ONG nationales et internationales pour mener des activités de sensibilisation et de prévention dans les 10 départements du pays. Aujourd’hui, les agents sensibilisateurs vont de plus en plus loin pour atteindre les plus vulnérables.

Dame Marie, Haiti, le 9 juin 2020 - Wisphania Metellus est nostalgique. L’école et ses camarades de classe lui manquent. Depuis que le coronavirus a été déclaré en Haïti, l’adolescente de 11 ans reste à la maison et s’occupe de certaines taches ménagères.  « Comme je ne vais pas à l’école, je reste à la maison. Je balaie la cour et la cuisine, je nettoie la maison et je fais le lit », a-t-elle listé.

Wisphania fait partie des 4 millions d’enfants haïtiens qui ne sont pas allés à l’école depuis près de trois mois. Le 19 mars 2020, Haiti a déclaré deux premiers cas de COVID-19 et pour freiner la propagation du virus, le pays a adopté des mesures préventives dont un couvre-feu et la fermeture des écoles.  A la date du 7 juin, 3.334 cas ont été répertoriés dont 51 décès. Wisphania semble se soucier de sa santé et connait les gestes barrières par cœur. « Pour éviter d’attraper la maladie, on doit se laver les mains assez souvent, ne pas se donner la main, ne pas s’embrasser et garder deux mètres de distance avec les autres », a-t-elle récité.

A maintes reprises, la petite fille a suivi des séances de sensibilisation sur la COVID-19 chez elle. Les agents sensibilisateurs d’ACTED, l’ONG partenaire de l’UNICEF dans la Grand’Anse, vont de maison en maison pour informer les familles afin qu’elles puissent mieux se protéger et protéger les enfants. Suivant une stratégie de communication développée par le Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) avec le soutien de l’UNICEF, les sensibilisateurs expliquent dans les moindres détails les modes de transmission du virus et les mesures de prévention.

Chokarella

Fabienne Metellus, la mère de Wisphania, est très entreprenante. La mère de famille de 35 ans achète des sacs de haricots à Dame Marie qu’elle va écouler à la capitale régionale Jeremie, ou dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Elle utilise le bénéfice de ce commerce, entre 200 à 500 gourdes par jour (deux à cinq dollars US) pour prendre soin de sa fille de 11 ans, de son fils d’un an Snarly et de sa mère non-voyante de 67 ans.

Dans les zones affectées par l’ouragan Matthew comme Dame Marie, des seaux à robinet ont été distribués pour faciliter le lavage des mains, en plus des messages diffusés à la radio ou délivrés par les sensibilisateurs dotés de mégaphones. Fabienne est consciente des dangers de la propagation du virus. Elle veut voir ses enfants grandir en bonne santé, et ne compte pas laisser la COVID-19 réduire ses rêves à néant. « C’est une maladie qui fait beaucoup de ravages à travers le monde, qui a détruit la vie de beaucoup de personnes », a-t-elle expliqué. « Elle peut nuire à l’avenir de mon enfant, et à celui de beaucoup d’enfants. La maladie a paralysé l’éducation et mon enfant va perdre tous les progrès qu’elle avait réalisés », a-t-elle ajouté.

Une demonstration de lavage des mains par un des partenaires de l'UNICEF à Dame Marie(Grand'Anse)
UNICEF Haiti/2020/Edler
Sensitization followed by hand washing demonstration by ACTED agents, one of UNICEF's partners, in Dame Marie (Grand'Anse).

Les enfants ne sont pas les plus à risque de perdre la vie à la COVID-19, mais ils n’ont plus accès aux droits à l’éducation et à l’épanouissement, tel qu’il est consigné dans la Convention des droits de l’enfant (CDE). « Les enfants ne peuvent plus aller à l’école ni jouer avec leurs camarades. A cause du coronavirus, ils sont obligés de rester à la maison. Ils n’ont plus accès ni à leurs espaces de jeu, ni à leurs salles de classe, ni à leurs amis », a déploré Jean Stenio Pierre, Chef du sous- bureau de l’UNICEF dans le Sud.

L’UNICEF a appuyé le MSPP à la production de 500.000 dépliants, 250.000 posters et 100.000 affiches et depuis le début de la crise, 2,2 millions de personnes ont été sensibilisées et 9.400 leaders communautaires engagés dans la lutte contre la COVID-19. Début juin, l’UNICEF a remis au MSPP 20 concentrateurs d’oxygène, 20 thermomètres laser et 13 tentes de 42 mètres carrés pour renforcer la prise en charge des patients.

Une personne se lavant les mains
UNICEF Haiti/2020/Edler
A person washing their hands from a bucket distributed by UNICEF with the support of donors

Wisphania rêve de la fin de la pandémie pour retrouver son école car elle a un but précis. « Je veux faire de longues études et devenir médecin pour soigner d’autres personnes malades », a-t-elle projeté. C’est une fort belle coïncidence car Haïti a besoin de médecins pour renforcer son système de santé.

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La réponse de l’UNICEF à la pandémie de la COVID-19 en Haiti est financée par l'Agence américaine pour le développement international (USAID), la Banque interaméricaine de développement (BID), la Banque Mondiale, le Gouvernement du Canada, les comités nationaux français et espagnol de l’UNICEF, le Fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies (CERF), le Gouvernement du Japon et le Service d'Aide Humanitaire de la Commission européenne (ECHO).