« C'est l'alarme pour aller chercher l'eau »
Après avoir fui les violences, Jean-Guerson et sa famille vivent dans l'incertitude. Grâce à la distribution d'eau mise en place par la DINEPA et l'UNICEF, leur vie s'améliore.
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Delmas, Haïti – Tôt le matin, à Delmas, le téléphone de Larame Jean-Guerson sonne. Sa femme, à moitié endormie, lui dit : « Ton téléphone sonne. » Il répond chaque fois la même chose : « C'est l'alarme pour aller chercher l'eau. »
Jean-Guerson n'a pas toujours vécu ainsi. Avant de fuir les violences, il habitait dans la maison qu'il avait construite lui-même et travaillait dur pour offrir une vie meilleure à sa famille. Puis des groupes armés ont attaqué son quartier, pillé sa maison et brûlé tout ce qu'il possédait. « C'était ma propre maison. C'est moi qui l'avais construite », raconte-t-il.
Il a fui avec sa femme et leur fille. « Je me débrouille pour survivre, mais la situation est devenue extrêmement difficile », explique-t-il. L'insécurité réduit les possibilités de trouver un travail et rend difficile, pour Jean-Guerson, de gagner suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille.
Chaque fois que le camion-citerne arrive, les habitants accourent. Dès 5 heures du matin, quelqu'un fait la queue et prévient les autres de son arrivée. Ce camion fait partie de la réponse en eau, hygiène et assainissement (WASH) que la Direction nationale de l'eau potable et de l'assainissement (DINEPA) met en œuvre avec l'UNICEF pour les familles déplacées et les communautés qui les accueillent. De mai à août, plus de 77 000 litres d'eau potable et 264 000 litres d'eau pour les besoins essentiels ont été acheminés chaque jour vers les familles déplacées et les communautés hôtes.
Un seul seau placé suffit pour réserver sa place, Jean-Guerson aide sa communauté.
Il suffit de placer un seul seau pour réserver sa place. Au moment de la distribution, chacun revient avec quatre, cinq ou six récipients, et tous peuvent être remplis. « Il n'y a ni bagarre ni rixe », souligne Jean-Guerson.
La réserve de Jean-Guerson lui suffit généralement pour cinq à six jours, avant qu'il ne se lève de nouveau tôt pour refaire le plein. Cette eau traitée et gratuite sert à tout : boire, cuisiner, préparer des jus, se laver, tirer la chasse d'eau. « Si nous ne pouvons pas nous laver, nous ne pouvons pas rester propres, et si nous ne buvons pas suffisamment d'eau, nous ne pouvons pas rester en bonne santé », dit-il.
Pour lui, cette eau est « une véritable bénédiction ». Les économies réalisées lui permettent d'acheter des cahiers et des livres pour sa fille, en troisième année de maternelle, afin qu'elle révise ses leçons pendant les vacances. Le matin, en période scolaire, l'eau sert aussi à la toilette de sa fille avant l'école, à préparer son repas et son jus naturel qu'elle emporte avec elle. « Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve, mais pour l'instant, cette eau est à notre disposition », confie Jean-Guerson. Il espère que cette initiative se poursuivra, rappelant à quel point cet accès à l'eau est une planche de salut vitale pour les familles du quartier face à la crise actuelle.
Pour que cette eau soit sûre, l'UNICEF et ses partenaires en contrôlent la qualité sur le terrain. Un agent mesure le chlore résiduel et le pH à l'aide d'un comparateur colorimétrique, afin de s'assurer que l'eau distribuée aux familles peut être consommée sans risque.
Mackendise, responsable d'un kiosque à eau à Delmas.
À côté des distributions par camion-citerne, des kiosques à eau permettent aux habitants de s'approvisionner gratuitement. Mackendise en gère un. Elle aussi se lève tôt pour servir la communauté. Il arrive que des voisins frappent à son portail avant même qu'elle soit sortie du lit pour demander un gallon d'eau potable. « Cela me procure une grande joie de pouvoir leur donner cette eau lorsqu'ils en ont besoin », dit-elle.
Car tout le monde n'a pas les moyens de payer 100 gourdes pour un gallon d'eau traitée. De juin à août, Mackendise a vu certaines personnes venir chaque jour ou tous les deux jours. Sur plusieurs mois, ces 100 gourdes épargnées par gallon représentent de véritables économies. « Je suis vraiment heureuse et fière de pouvoir leur fournir cette eau », conclut-elle.
Entre mai et août, ces interventions en eau, hygiène et assainissement (WASH) ont bénéficié à près de 27 000 personnes. La DINEPA et l'UNICEF poursuivent leurs efforts pour assurer l'accès à l'eau potable aux familles déplacées et aux communautés hôtes, afin qu'elles n'aient pas à choisir entre plusieurs besoins essentiels.
Cette initiative est mise en œuvre par la DINEPA et l'UNICEF, grâce au soutien du Fonds humanitaire pour Haïti (FHH).