Reconstruire des rêves brisés en Afghanistan

Les centres d’apprentissage temporaires offrent aux enfants déplacés à l’intérieur du pays une occasion d’apprendre et une raison d’espérer.

Par Murtaza Mohammadi
 Afghanistan. Un enfant se tient près d’une tente.
UNICEF/UN0285293/Mohammadi

19 mars 2019

BADGHIS, Afghanistan – Safia et ses enfants n’ont pas fermé l’œil la nuit dernière. En raison d’abondantes chutes de neige, ils ont dû passer la majeure partie de la nuit à déneiger leur tente et à essayer de la garder au sec. Cette tente, avec son sol froid et humide, c’est leur maison, pour le moment.

Depuis la mort de son mari, il y a sept ans, Safia élève seule ses enfants. Safia et les membres de sa famille, qui ont été forcés de fuir en raison du conflit permanent, vivent à présent dans le camp de personnes déplacées de Zaimati, un camp destiné à accueillir des personnes déplacées dans la province occidentale de Badghis. « J’ai essayé d’être à la fois une mère et un père pour mes enfants, mais mes possibilités sont limitées, surtout en tant que femme », explique Safia. « J’aurais aimé pouvoir faire plus pour eux. »

L’aînée des enfants de Safia, Hawa, 13 ans, passe la majeure partie de ses journées à aider sa mère pour les tâches ménagères ; elle prépare les repas pour la famille et elle s’occupe de ses plus jeunes frères et sœurs. Elle confesse toutefois qu’elle préférerait aller à l’école.

J’ai essayé d’être à la fois une mère et un père pour mes enfants, mais mes possibilités sont limitées, surtout en tant que femme.

Afghanistan. Une jeune fille assise dans le camp de personnes déplacées de Zaimati.
UNICEF/UN0285297/Mohammadi
Hawa, 13 ans, vit avec sa famille dans le camp de personnes déplacées de Zaimati, en Afghanistan, depuis qu’ils ont quitté sa ville natale en 2018..

« Chaque jour, mes frères et sœurs vont à l’école à l’espace temporaire d’apprentissage. Quand ils rentrent, je regarde leurs livres et j’essaye d’apprendre les choses qu’on leur enseigne », explique Hawa. Elle ajoute qu’elle ne sort que rarement, sauf pour rendre visite à sa tante qui vit dans une tente voisine.

« Je n’aime pas vivre comme cela », confie-t-elle. « Je ne fais aucun progrès. J’aimerais... »

Sa voix faiblit... Tandis qu’elle regarde au loin, des larmes se mettent à couler le long de ses joues.

Hawa raconte qu’après la mort de son père la vie est devenue difficile dans son village. « Beaucoup de gens ont abandonné le village à cause de la sécheresse et du conflit. Je me souviens qu’un jour, alors que j’étais dehors avec mes amis, une roquette a atterri dans un garage à côté de la maison », explique-t-elle.

Une lueur d’espoir

La famille de Safia n’est qu’une des nombreuses familles déracinées par la violence prolongée en Afghanistan, qui a été accentuée par la sécheresse de l’année dernière. En conséquence, des milliers d’enfants ont été privés du droit fondamental de recevoir un enseignement de qualité.

Dans le cadre des efforts déployés pour garantir que les enfants aient au minimum la possibilité d’apprendre, treize espaces temporaires d’apprentissage et trois espaces amis des enfants ont été aménagés dans le camp de personnes déplacées de Zaimati. Ces espaces offrent aux enfants la possibilité d’apprendre et de passer du temps avec leurs amis. En somme, ils leur apportent un semblant de normalité, et une lueur d’espoir, au cœur d’une situation extrêmement difficile.

Les quatre autres enfants de Safia vont à l’école à l’espace temporaire d’apprentissage aménagé dans leur camp. Ils passent la première partie de la journée en classe et l’après-midi dans un espace d’accueil pour les enfants.

Afghanistan. Des élèves sortent de classe dans le camp de personnes déplacées de Zaimati.
UNICEF/UN0285296/Mohammadi
Des élèves sortent de classe dans le camp de personnes déplacées de Zaimati, à Badghis, en Afghanistan

« Il fait plus froid ici que dans mon village, mais j’aime apprendre de nouvelles choses », affirme Mahtab, 11 ans. Elle aime faire de la corde à sauter et des batailles de boules de neige, mais il fait trop froid aujourd’hui, même pour s’adonner à des activités aussi amusantes. « On doit rester au chaud. Je ne veux pas sortir maintenant. On aurait fait un bonhomme de neige si on vivait dans une maison chauffée. »

Mahtab mentionne la vie dans son ancien village : « Ma grand-mère me manque. Mes amis me manquent. J’aimerais pouvoir rentrer chez moi. » « Mais j’aime l’école ici, et je me sens plus en sécurité aussi. » Elle affirme qu’elle aime son professeur et que c’est un bon exemple à suivre. Elle ajoute qu’elle aimerait également être enseignante un jour.

Ahmad, 7 ans, lui, a d’autres idées concernant son avenir professionnel. « À la maison, il y a déjà quatre personnes qui veulent être professeurs », explique Ahmad. « Alors, moi, je veux être docteur. »

Afghanistan. Un enfant va à l’école dans le camp de personnes déplacées de Zaimati, à Badghis, en Afghanistan.
UNICEF/UN0285294/Mohammadi
Ahmad, 7 ans, va à l’école à l’espace temporaire d’apprentissage aménagé dans le camp de personnes déplacées de Zaimati, à Badghis, à l’ouest de l’Afghanistan.

Ahmad affirme qu’il aime les médecins qui travaillent dans le camp où vit sa famille, et qu’il admire ce qu’ils font. « Je suis allé les voir quand j’ai eu un rhume. Je n’ai pas aimé la piqûre, mais je me suis senti mieux après. Alors, quand je serai grand, je veux pouvoir soigner d’autres enfants. »

La famille de Safia nous rappelle que l’éducation est non seulement un droit, mais qu’en situation d’urgence ou de crise chronique, elle apporte également un sentiment de normalité, de stabilité, d’ordre et d’espoir pouvant être à la fois salvateur et vital.

 

Pour en savoir plus sur le travail de l’UNICEF en Afghanistan.