Rapport annuel de l’UNICEF 2023
Pour chaque enfant
Avant-propos
L’UNICEF s’est bâti sur l’espoir. L’espoir qu’un jour, nous puissions créer un monde dans lequel les droits et le bien-être des générations d’aujourd’hui et de demain seront protégés et respectés. C’est l’espoir qui nous incite à croire en notre mission.
Mais si l’espoir est une source de force incroyable, il n’en demeure pas moins fragile, en particulier lorsqu’il se confronte à la dure réalité de notre monde. Au cours de l’année écoulée, les enfants ont traversé des épreuves d’une violence inouïe à l’échelle du globe.
En 2023, des communautés du monde entier ont vu les droits de leurs enfants bafoués. Bon nombre des quelque 450 millions d’enfants vivant dans des zones touchées par un conflit ou fuyant ces endroits ont incroyablement souffert de ces attaques. J’ai eu l’occasion de rencontrer certains d’entre eux au cours de mes déplacements avec l’UNICEF sur cette période d’un an. Leur détresse met en évidence notre échec collectif à les protéger des affres de la guerre.
Loin d’être les seules crises dévastatrices de l’année, ces conflits prolongés ou naissants se sont conjugués à d’autres catastrophes ainsi qu’à des situations d’urgence de santé publique, aggravant davantage la situation des enfants. Les changements climatiques ont poursuivi leur course destructrice, mettant en péril la vie des jeunes à travers des sécheresses, des vagues de chaleur et des tempêtes toujours plus intenses.
Malgré ces difficultés, l’UNICEF et ses partenaires ont réussi à fournir des services et fournitures essentiels à des millions d’enfants, de femmes et de familles partout sur la planète, y compris dans certains des endroits les plus difficiles à atteindre. Et ce sont précisément ces accomplissements qui me donnent de l’espoir. Ainsi, en 2023 :
UNICEF/UNI431676/Vlad Sokhin
UNICEF/UNI400154/Rouzier
L’UNICEF et ses partenaires ont fourni des services de dépistage et de traitement précoces de l’émaciation à plus de 210 millions d’enfants. Et grâce à notre nouveau Partenariat pour les services de santé de proximité, nous œuvrons à accélérer encore davantage les progrès en matière de santé et de nutrition.
UNICEF/UNI479343/Washington Sigu
L’UNICEF a livré 6,2 millions de doses du tout premier vaccin contre le paludisme à sept pays africains, marquant une avancée historique pour la survie des enfants.
UNICEF/UNI439827/Lehn
Le Programme mondial UNFPA/UNICEF visant à mettre fin au mariage d’enfants a continué de faire progresser l’égalité des genres, de briser les préjugés liés au genre et d’autonomiser les adolescentes.
UNICEF/UNI401013/Viet Hung
Lors de la COP28, la Conférence des Parties, qui a pour la première fois reconnu les répercussions des changements climatiques sur la santé et le bien-être des enfants, a proposé un « dialogue d’experts » en 2024 et mis l’accent sur l’objectif mondial d’adaptation.
UNICEF/UNI560974/Bak Mejlvang
L’UNICEF a également présenté son Plan d’action pour la durabilité et la lutte contre les changements climatiques, une feuille de route visant à préserver le droit des enfants à un environnement propre, sain et sûr. L’organisation a par ailleurs accentué ses efforts en matière de durabilité, d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation des risques de catastrophe.
Les ressources ordinaires ont joué un rôle déterminant dans l’atteinte de ces résultats. Or, alors que notre organisation dépend de ces fonds pour financer ses programmes de pays et pour répondre aux besoins des enfants de manière équitable, ceux-ci continuent de représenter une part insuffisante de nos financements. Cette année, j’espère que nous pourrons coopérer étroitement pour inverser cette tendance négative.
En parallèle, nous devons optimiser chaque dollar investi pour obtenir les meilleurs résultats possibles pour les enfants. Dans ce cadre, l’UNICEF participe activement aux efforts entrepris conjointement à l’échelle des Nations Unies pour obtenir des gains d’efficience. Nous avons ainsi déménagé 50 % de nos bureaux dans des espaces partagés, et avons rejoint d’autres initiatives communes visant à positionner nos ressources et nos capacités de façon optimale, afin d’être au plus près des enfants auxquels nous venons en aide.
Le Sommet de l’avenir, qui aura lieu en septembre prochain, nous offre l’occasion de réaffirmer notre détermination collective au sein de la communauté internationale. À ce titre, l’UNICEF plaidera pour que les enfants soient reconnus comme un groupe distinct de détenteurs de droits. L’organisation tirera parti de son rôle de chef de file pour démontrer que la défense des droits de l’enfant et l’accélération des progrès vers les objectifs de développement durable liés aux enfants sont indispensables si l’on veut pouvoir relever les défis actuels et futurs.
Ce sont les enfants et les jeunes qui concrétiseront notre espoir qu’un monde meilleur et plus pacifique est possible. Nous devons faire mieux et intensifier nos actions en leur faveur, en 2024 et au-delà.
Catherine Russell
Directrice générale de l’UNICEF
Découvrez les résultats obtenus par l’UNICEF en 2023
Une année de dangers et de promesses | Les 10 principaux résultats | Groupes d’objectifs | Action humanitaire | Approvisionnement | Mobilisation des jeunes | Plaidoyer et communication | Égalité des genres | Innovation | Dialogue avec les communautés | Résultats par région | États financiers
Une année de dangers et de promesses
L’année 2023 a marqué la mi-parcours de la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), une liste de 17 priorités mondiales visant à améliorer radicalement la vie des populations et l’état de la planète à l’horizon 2030. Mais à seulement sept ans de l’échéance fixée, force est de constater que nous accusons du retard.
Les enfants les plus démunis et les plus vulnérables paient le plus lourd tribut à cet échec collectif. Et malheureusement, au rythme actuel de progression, seul un tiers des ODD liés aux enfants sont en passe de se concrétiser.
De Gaza à l’Ukraine, en passant par le Soudan et ailleurs, plus de 450 millions d’enfants – soit près d’un sur cinq – vivent dans une zone de conflit ou ont été contraints d’en partir. Les enfants sont de plus en plus exposés aux attaques, à mesure que les zones urbaines densément peuplées, les hôpitaux, les écoles et les camps de réfugiés sont régulièrement pris pour cible. Une situation qui rend parfois impossible tout accès à l’aide humanitaire, quand ce ne sont pas les points de distribution qui sont directement visés, comme à Gaza, où les trois quarts de la population ont été déplacés et 70 % des personnes tuées sont des femmes et des enfants.
En 2023, ces conflits émergents ou prolongés se sont conjugués à d’autres crises dévastatrices, à l’instar des inondations qui ont ravagé la Libye, ou des séismes qui ont secoué l’Afghanistan, le Maroc, la République arabe syrienne et la Türkiye. À ces catastrophes sont également venues s’ajouter les conséquences des changements climatiques, lesquels ont continué de mettre en péril la vie des jeunes générations en provoquant épisodes de sécheresse, vagues de chaleur et tempêtes toujours plus intenses.
Pourtant, l’année écoulée a également montré que des progrès sont possibles avec les investissements, les partenariats et l’engagement adéquats.
Les économies mondiales et les services essentiels pour les enfants ont persévéré pour se relever des pires effets de la pandémie. Un plus grand nombre d’enfants qu’en 2022 a pu accéder à des soins de santé primaires, à des vaccins essentiels et à l’éducation.
En 2023, l’UNICEF et ses partenaires ont contribué à la lutte contre l’épidémie mondiale de malnutrition, en fournissant un traitement vital contre l’émaciation sévère à un nombre record de 9,3 millions d’enfants.
Fait encore plus impressionnant, le nombre d’enfants qui survivent aujourd’hui n’a jamais été aussi élevé : à l’échelle mondiale, le taux de mortalité des moins de 5 ans a reculé de 51 % depuis 2000.
Le présent rapport met en évidence les progrès réalisés en 2023 dans les cinq Groupes d’objectifs de l’UNICEF ainsi que les stratégies de changement mises en place pour atteindre ces derniers plus rapidement. Le rapport souligne par ailleurs les résultats obtenus en faveur des enfants dans les sept régions où œuvre l’UNICEF.
Ces accomplissements reflètent le travail de plus de 17 000 membres du personnel dans plus de 190 pays et territoires, tous unis par cette mission commune de protéger les droits des enfants où qu’ils vivent. Ces succès ont été rendus possibles grâce aux solides partenariats et à la portée mondiale dont peut se prévaloir l’UNICEF.
Néanmoins, bien que nos efforts de transformation numérique nous aient permis de dépasser les cibles établies pour la collecte numérique de fonds auprès des donateurs, l’UNICEF continue d’enregistrer des déficits de financement souple à long terme, des fonds pourtant essentiels pour garantir notre capacité à répondre à de nouvelles menaces et à bâtir des communautés et des systèmes résilients.
Aussi l’UNICEF a-t-il appelé à l’instauration d’un nouveau Pacte de financement, plus efficace, en vue de collecter des fonds plus souples permettant de lutter contre les causes sous-jacentes des inégalités, notamment à travers l’appui à la consolidation de la paix et au renforcement de la cohésion sociale.
À bien des égards, 2024 est une année charnière. Il est temps d’accélérer les progrès vers les ODD avant qu’il ne soit trop tard, d’accroître notre soutien au service des enfants les plus marginalisés, de mettre en place des systèmes résilients capables de leur fournir des services durables et de faire face aux chocs provoqués par les changements climatiques, et de plaider avec énergie en faveur de la protection des enfants dans les situations de conflit. À ce titre, l’UNICEF s’emploie actuellement à déployer des initiatives concluantes à grande échelle, notamment en vue de soutenir et renforcer les capacités des parents, des agents de santé de proximité, des enseignants, des travailleurs sociaux et des pouvoirs locaux.
À l’heure actuelle, près de la moitié de la population mondiale a moins de 30 ans. La seule manière d’atteindre les ODD d’ici à 2030 est d’accorder la priorité aux droits des enfants, et de concentrer nos efforts sur ces derniers. Ensemble, renouvelons et renforçons encore davantage notre engagement en faveur des enfants et des jeunes. Ils sont notre meilleur espoir pour un monde plus juste et pacifique.
Groupes d’objectifs
Groupe d’objectifs 1 :
Chaque enfant survit et s’épanouit
En 2023, les inégalités croissantes, les conflits et les changements climatiques ont ralenti le rythme des progrès et compromis les droits des enfants à survivre et à s’épanouir.
La pauvreté alimentaire, à savoir l’incapacité à accéder à des aliments nutritifs et diversifiés et à les consommer, touche 181 millions d’enfants de moins de 5 ans dans sa forme la plus grave. Principal facteur de malnutrition chez les enfants à ce jour, elle aggrave les risques de mortalité et de troubles de la croissance et du développement.
Environ 200 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance ou d’émaciation, et 136 millions d’enfants âgés de 5 à 10 ans sont en surpoids ou obèses.
Bien que le taux de mortalité des moins de 5 ans à l’échelle mondiale ait chuté de 51 % depuis 2000, 4,9 millions d’enfants de moins de 5 ans ont perdu la vie en 2022, et plus de 80 % de ces décès ont eu lieu en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.
L’UNICEF a donc mené une action mondiale pour prévenir la pauvreté alimentaire et réduire le triple fardeau de la malnutrition (dénutrition, carences en micronutriments et surpoids). L’organisation a également appuyé des interventions de santé au profit de tous les groupes d’âge, en mettant l’accent sur la fourniture de services de soins de santé primaires dans les ménages, les communautés et les établissements.
En 2023, les dépenses de l’UNICEF réalisées dans 158 pays au titre du Groupe d’objectifs 1 ont représenté un total de 3,63 milliards de dollars des États-Unis, dont 2,47 milliards affectés à l’action humanitaire.
132,9 millions d’enfants ont été vaccinés contre la rougeoles
parmi lesquels 32,4 millions dans des contextes humanitaires, et plus de 400 millions ont été vaccinés contre la poliomyélite.
L’UNICEF, en tant que premier acheteur de vaccins à l’échelle mondiale
a fourni 2,79 milliards de doses à 105 pays, y compris les premières doses commerciales du vaccin contre le paludisme dans plusieurs pays d’Afrique.
Depuis 2021, le mécanisme COVAX a livré 2 milliards de doses
de vaccin contre la COVID-19 dans 146 pays ; il s’agit de la plus vaste campagne de vaccination jamais déployée.
Grâce au plan d’accélération No Time to Waste
(« Pas de temps à perdre »), 6 millions d’enfants ont pu recevoir un traitement contre l’émaciation sévère dans les 15 pays les plus durement touchés, un résultat qui surpasse largement la cible initiale de 4,5 millions.
Groupe d’objectifs 2 :
Chaque enfant apprend et acquiert des compétences pour l’avenir
Malgré une nette progression de l’accès à l’éducation, des disparités socioéconomiques et régionales persistent concernant la participation et les niveaux d’études, et les progrès mondiaux vers l’ODD 4 demeurent largement insuffisants. De nombreux enfants et jeunes, en particulier au sein des communautés les plus marginalisées, entrent à l’âge adulte dépourvus de certaines des compétences requises pour faire face aux difficultés personnelles, sociales et économiques qui les attendent. Parallèlement, la fracture numérique se creuse.
Alors qu’à l’échelle mondiale, le nombre d’enfants non scolarisés avait diminué de 9 millions entre 2015 et 2021, celui-ci de nouveau augmenté de 6 millions en raison d’une stagnation mondiale et de l’exclusion des filles et des jeunes femmes du système éducatif en Afghanistan.
Ainsi, à l’heure actuelle, les deux tiers des enfants de 10 ans sont incapables de lire une histoire simple ou de réaliser un calcul élémentaire.
Face à ce constat, l’UNICEF a lancé le cadre d’action et de plaidoyer Five Million Futures (« Cinq millions d’avenirs ») en vue d’appuyer dans une cinquantaine de pays le déploiement à grande échelle d’interventions fondées sur des données probantes portant sur l’apprentissage précoce, le soutien à la parentalité et la transition vers l’éducation primaire. L’organisation a également soutenu des stratégies de renforcement des systèmes, notamment des parcours d’apprentissage alternatifs destinés à préparer les adolescents à reprendre leur scolarité ou à commencer à travailler ; l’intégration d’un éventail complet de compétences en vue de renforcer les programmes scolaires ; l’aide à la transition du milieu scolaire au monde du travail ; et le soutien aux programmes de renforcement des capacités dans les communautés.
En 2023, l’UNICEF a œuvré à la réalisation du Groupe d’objectifs 2 dans 144 pays, pour des dépenses totales d’environ 1,73 milliard de dollars É.-U. – soit un montant record – dont 1,07 milliard dans des contextes humanitaires.
37,7 millions d’enfants et d’adolescents (dont 51 % de filles) ont eu accès à l’éducation
y compris 3,1 millions d’enfants en déplacement et 17,7 millions dans des situations d’urgence. 31,2 millions d’enfants (dont 49 % de filles) ont bénéficié de ressources pédagogiques, y compris 5,4 millions dans des situations d’urgence.
La part des pays ayant mis en œuvre des plans ou stratégies pour l’éducation
destinés à lutter contre les inégalités, fondés sur des données probantes et intégrant des indicateurs des ODD est passée de 48 % en 2021 à 65 % en 2023.
Le Passeport pour l’apprentissage,
une plateforme d’apprentissage innovante, a été déployé dans 7 pays supplémentaires, portant le total des utilisateurs enregistrés à plus de 6 millions, et le nombre de pays concernés à 38. Ce programme fournit une solution hors ligne aux écoles peu ou pas connectées.
21,9 millions d’adolescents et de jeunes
(dont un million dans des contextes humanitaires et 11,3 millions de filles) ont participé à des initiatives civiques à travers 92 pays, soit une hausse notable de 5,8 millions par rapport à 2022.
Groupe d’objectifs 3 :
Chaque enfant est protégé contre la violence, l’exploitation, les mauvais traitements, la négligence et les pratiques néfastes
Les ODD liés à la protection de l’enfance ont enregistré des progrès limités et inégaux.
Au rythme actuel des avancées, 300 ans seront nécessaires pour mettre fin au mariage d’enfants. Les taux de châtiments corporels et de violence au sein du couple ont toutefois légèrement diminué, de même que le taux d’enfants placés en détention, qui est passé de 29 à 27 pour 100 000 entre 2022 et 2023.
Malgré la profonde dégradation des systèmes de protection causée par les catastrophes et les conflits, laquelle a entravé la réalisation de certains résultats, l’UNICEF est néanmoins parvenu à accomplir des progrès substantiels dans tous les domaines de résultats du Groupe d’objectifs 3.
L’organisation a par ailleurs piloté le partenariat intersectoriel PROSPECTS, qui réunit cinq organismes, et dont l’objectif est d’appuyer l’intégration et l’inclusion des personnes déplacées de force dans huit pays.
En 2023, l’UNICEF a œuvré à la réalisation du Groupe d’objectifs 3 dans 150 pays, pour des dépenses totales de 0,98 milliard de dollars É.-U., dont 0,63 milliard affecté à l’action humanitaire.
Quelque 11,8 millions de parents et de personnes s’occupant d’enfants
ont bénéficié de programmes de parentalité, et 34,7 millions d’enfants, d’adolescents, de parents et de personnes ayant la charge d’enfants ont eu accès à des services de santé mentale et de soutien psychosocial.
4,5 millions d’enfants
victimes de violence ont bénéficié de services de santé, de protection sociale, de justice ou d’application de la loi.
Les programmes de lutte contre les mutilations génitales féminines
ont atteint plus de 603 000 filles et femmes dans 20 pays.
Des interventions de prévention du mariage d’enfants
et de prise en charge liée à cette pratique ont été déployées au profit de 11 millions d’adolescentes, et 32,4 millions de personnes ont participé à des dialogues et à des dialogues communautaires visant à remettre en question les normes discriminatoires.
Groupe d’objectifs 4 :
Chaque enfant a accès à des services et à des fournitures EAH sûrs et équitables, et vit dans des conditions climatiques et environnementales sûres et durables
Malgré un accès élargi à des services EAH gérés en toute sécurité à l’échelle planétaire, aucune région n’est en bonne voie pour atteindre l’accès universel d’ici à 2030.
Dans le monde, 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des services d’approvisionnement en eau potable gérés en toute sécurité, 3,4 milliards sont privées d’installations d’assainissement gérées en toute sécurité, et 2 millions ne disposent pas d’installations de lavage des mains à l’eau et au savon.
En parallèle, 739 millions d’enfants sont confrontés à des niveaux élevés, voire très élevés, de pénuries d’eau, et 436 millions vivent dans des endroits exposés à une grande vulnérabilité hydrique.
L’UNICEF a réalisé des avancées majeures en faveur de l’accès à des services EAH adéquats. En 2023, 21,5 millions de personnes (dont 1,2 million de personnes handicapées) ont pu accéder au moins à des services de base en matière d’assainissement, 35,9 millions (dont 1,6 million de personnes handicapées) à des installations d’approvisionnement en eau salubre disponibles en temps voulu, et 24,2 millions (dont 1,1 million de personnes handicapées) à des services de base en matière d’hygiène.
En 2023, l’UNICEF a œuvré à la réalisation du Groupe d’objectifs 4 dans plus de 158 pays, pour des dépenses à hauteur de 1,25 milliard de dollars É.-U., dont 0,88 milliard en faveur d’interventions humanitaires.
Plus de 7 500 écoles et 3 000 établissements de santé ont eu accès à des services de base d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène (EAH)
et des programmes d’hygiène et de santé menstruelles ont été mis en œuvre au profit de 7,9 millions de femmes et d’adolescentes.
L’UNICEF a mis à l’essai, par le biais de son initiative primée Today and Tomorrow (« Aujourd’hui et demain », TTI), une assurance cyclone au Bangladesh, aux Comores, aux Fidji, en Haïti, à Madagascar, au Mozambique, dans les îles Salomon et à Vanuatu
TTI est la première solution au monde de financement des risques climatiques qui soit axée sur les enfants. Le coût des primes est entièrement couvert par le mécanisme mondial de financement des risques de la Banque mondiale.
Respectivement 5,4 millions et 4,8 millions de personnes
ont pu avoir recours à des systèmes d’approvisionnement en eau et à des installations d’assainissement résilients face aux changements climatiques. Soixante-huit pays ont de plus adopté des programmes de résilience aux changements climatiques centrés sur les enfants.
L’UNICEF a renforcé son soutien en 2023 pour aider 85 pays à intégrer des approches tenant compte des enfants
dans les cadres publics de préparation aux catastrophes (contre 50 pays en 2021), bien que les progrès se soient avérés plus lents à l’échelle locale.
Groupe d’objectifs 5 :
Chaque enfant a accès à une protection sociale inclusive et vit à l’abri de la pauvreté
Alors que les crises économiques, les changements climatiques et les conflits portent atteinte au droit des enfants à vivre à l’abri de la pauvreté, les pressions budgétaires cumulées limitent la capacité des pays à financer pleinement les services sociaux qui permettraient d’atténuer les privations subies. Dans le monde, 1,4 milliard d’enfants de moins de 15 ans n’ont accès à aucune protection sociale, une solution ayant pourtant fait ses preuves pour réduire la pauvreté infantile. Or, du fait de leurs ressources budgétaires limitées, de nombreux pays ne sont pas en mesure de financer intégralement les services essentiels dont dépendent les enfants. Plus préoccupant encore, dans les économies les plus pauvres, le service de la dette est supérieur aux dépenses sociales.
L’UNICEF s’est employé à promouvoir une gestion équitable des budgets, des recettes, des systèmes fiscaux, des cadres de la dette et des finances publiques dans tous les secteurs. En 2023, 84 pays (contre 65 en 2021) ont ainsi renforcé leur système de finances publiques et amélioré l’autonomie, l’efficacité, la transparence et l’équité des budgets sociaux dans plusieurs secteurs. Grâce à la collaboration avec les partenaires internationaux du développement et le secteur privé, 71 pays ont mobilisé des ressources pour leurs services sociaux, contre 55 en 2021.
Bon nombre de systèmes nationaux sont devenus plus inclusifs. Grâce au soutien de l’UNICEF, souvent déployé en collaboration avec les partenaires des Nations Unies, 46 pays (contre 22 en 2021) ont élaboré des programmes de protection sociale qui tenaient compte des questions de genre ou ont mené à des résultats transformateurs en matière d’égalité des genres ; 67 disposaient de programmes de protection sociale intégrant les personnes handicapées (contre 55 en 2021) ; et 37 ont soutenu les soins domestiques à travers des politiques adaptées aux familles (contre 13 auparavant).
En 2023, les dépenses de l’UNICEF au titre du Groupe d’objectifs 5, réalisées dans 157 pays, ont représenté 0,85 milliard de dollars É.-U., dont 0,41 milliard affecté à l’action humanitaire.
En 2023, 79 pays disposaient de systèmes de protection sociale solides ou relativement solides
alors qu’ils n’étaient que 56 en 2021 à répondre à ces critères. Par ailleurs, 22 pays disposaient de systèmes robustes pouvant rapidement et efficacement faire face à une crise humanitaire en 2023, contre 17 en 2021.
Plus de 106 millions de ménages ont eu accès à des programmes d’aide en espèces soutenus par l’UNICEF en 2023,
et l’organisation a pu faire bénéficier 2,9 millions de familles de transferts en espèces à des fins humanitaires dans 49 pays.
Les données probantes et les activités de plaidoyer de l’UNICEF sur la pauvreté touchant les enfants
ont mené à des changements dans 39 pays en 2023, contre 32 en 2021.
Action humanitaire
Dans les situations de conflit et de catastrophe, les enfants, invariablement en première ligne, sont les plus durement touchés. Fort de 75 ans d’expérience, l’UNICEF sait comment atteindre les enfants à risque et ceux ayant besoin d’un soutien, qu’il s’agisse de prépositionner des fournitures d’urgence à caractère vital, de fournir des espaces sûrs ou d’apporter un soutien psychosocial.
La part des services fournis par l’UNICEF dans les situations humanitaires et les contextes fragiles s’accroît à mesure que les crises se multiplient. En 2023, l’UNICEF est intervenu dans 412 situations d’urgence à travers 107 pays, afin de faire face à la violence, aux conflits, à des catastrophes et à des épidémies.
Privés d’eau salubre, de nourriture et de soins médicaux, les enfants de Gaza succombent à leurs blessures, à la déshydratation, à la malnutrition et aux maladies. De concert avec ses partenaires des Nations Unies, L’UNICEF exhorte les parties au conflit à mettre en place un cessez-le-feu humanitaire immédiat, à garantir un accès sûr et sans entrave de l’aide humanitaire et à respecter le droit international humanitaire. Dans les six jours qui ont suivi l’escalade du conflit en 2023, l’UNICEF a fourni une aide en espèces aux familles les plus vulnérables comptant des enfants, atteignant ainsi une personne sur quatre à Gaza lors de ce premier cycle d’interventions (545 073 personnes, 81 655 familles, 262 016 enfants). Ce soutien a notamment pris la forme de paiements en espèces axés sur la nutrition au profit de 28 840 femmes enceintes et allaitantes, et de transferts supplémentaires en faveur de 5 079 enfants handicapés.
Au Soudan, après plus d’une année de conflit, quelque 14 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Le pays est désormais le théâtre de la plus grande crise de déplacement d’enfants au monde : 4 millions d’enfants ont en effet fui la violence généralisée à la recherche de sécurité, de nourriture, d’un abri et de soins de santé. L’UNICEF et ses partenaires ont fourni une assistance à caractère vital à plus de 6 millions d’enfants à l’intérieur du Soudan et dans les pays voisins, notamment un approvisionnement en eau, des services de santé et de nutrition, des espaces sûrs et des services pédagogiques.
En Ukraine, les enfants font actuellement face à une crise en matière de santé mentale et d’apprentissage, des séquelles provoquées par deux ans de destruction, de déplacement forcé, de violence et de séparation des familles ayant interrompu leur scolarité, les soins de santé et les services sociaux. L’intervention de l’UNICEF vise à garantir que les enfants ont accès à des services de santé, de vaccination, d’aide à la nutrition, de protection, d’approvisionnement en eau et d’assainissement sûrs, de protection sociale, de santé mentale et de soutien psychosocial. Dans les pays accueillant les réfugiés, l’UNICEF travaille avec les gouvernements et les partenaires pour renforcer les systèmes nationaux fournissant des services d’éducation, de santé et de protection sociale de qualité aux enfants réfugiés ainsi qu’aux enfants marginalisés des communautés d’accueil.
En parallèle, les chocs climatiques, l’insécurité alimentaire et les épidémies ont durement touché les familles en Afghanistan, en République démocratique du Congo et au Myanmar, des pays pour lesquels les financements font cruellement défaut, à l’instar d’Haïti, de la Libye et d’autres situations d’urgence ne bénéficiant pas de l’attention qu’elles méritent.
Accordion
- L’UNICEF a fourni un éventail de services de protection de l’enfance à plus de 26 millions de personnes dans des contextes humanitaires. L’organisation a également fourni une protection de remplacement à 253 000 enfants perdus ou séparés de leur famille en raison d’un conflit ou d’un déplacement forcé et, dans certains cas, est parvenu à réunir les familles.
Plus de 42 millions de personnes ont bénéficié des interventions EAH de l’UNICEF dans des situations d’urgence, notamment en Afghanistan, dans l’État de Palestine, en République arable syrienne, en Türkiye et en Ukraine.
- Un total de 21 pays a recouru à l’Écosystème des programmes et des opérations de transferts en espèces à des fins humanitaires (HOPE), une solution de gestion des données de l’UNICEF visant à garantir un dispositif de livraison tenant compte des risques.
- L’UNICEF a fourni un appui technique à plusieurs pays aux prises avec des situations d’urgence, à savoir l’Afghanistan, l’État de Palestine, l’Éthiopie, Haïti, le Mali, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Soudan et l’Ukraine.
Approvisionnement
Le siège de l’approvisionnement et de la logistique de l’UNICEF (ou Division de l’approvisionnement), qui se trouve à Copenhague, abrite également le plus grand entrepôt humanitaire au monde.
En 2023, l’UNICEF a fourni des biens et des services aux enfants de 162 pays et territoires pour un montant s’élevant à 5,24 milliards de dollars É.-U.
La valeur totale des achats réalisés par l’UNICEF en 2023 a ainsi augmenté de 37 % par rapport au niveau prépandémique de 2019.
Sur tous les biens achetés, 76 % l’ont été en collaboration avec d’autres entités des Nations Unies et des partenaires de développement, et 42 % l’ont été auprès de fournisseurs enregistrés dans les pays de programme (pour un montant de 1,47 milliard de dollars É.-U.).
Mobilisation des jeunes
La Convention relative aux droits de l’enfant établit le droit des enfants à être entendus sur les questions qui les concernent.
Dans cet esprit, l’UNICEF s’emploie à être une organisation mue par les enfants et les jeunes, à les écouter et à collaborer avec eux pour garantir la satisfaction de leurs besoins, car ils sont les partenaires les plus déterminants pour l’obtention de résultats et la mise en place de changements durables par l’organisation.
Plus de 50 défenseurs des droits des jeunes ont collaboré avec l’UNICEF à l’échelle mondiale, et les bureaux de l’organisation ont nommé 26 nouveaux jeunes au titre de cette fonction.
L’UNICEF a par ailleurs mobilisé 27,9 millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes dans ses actions de plaidoyer, 1,4 million d’entre eux ont pris part aux activités de communication, et 36,6 millions se sont exprimés sur ses plateformes en ligne, principalement U-Report (l’application numérique de l’UNICEF visant à mobiliser les jeunes), qui a enregistré 6 millions de nouveaux utilisateurs en 2023.
L’UNICEF a soutenu la mise en place de systèmes nationaux aux fins de la participation des adolescents et des jeunes dans 55 pays, doublant ainsi ses résultats de 2021. Dans 89 pays, les adolescents ont été consultés sur des questions clés en lien avec les programmes de pays, notamment à travers d’enquêtes et de consultations approfondies à grande échelle, généralement via U-Report. Plus de 12 millions de jeunes volontaires ont ainsi agi pour accélérer les résultats dans les différents secteurs, tout en consolidant leurs compétences essentielles et transversales.
Un sondage sur le climat dans le cadre de la COP28 a reçu 770 000 réponses de 59 plateformes différentes, et les opinions des jeunes ont été incluses dans la déclaration officielle de la jeunesse pour la COP28.
Lors de la Journée mondiale de l’enfance, 190 pays ont marqué l’événement et saisi l’occasion pour plaider en faveur des droits de l’enfant.
Ces initiatives ont permis aux jeunes de s’exprimer, de défendre leurs droits et d’accéder à des informations essentielles. Grâce au pouvoir de U-Report, l’UNICEF a pu relayer la voix des jeunes et renforcer son plaidoyer institutionnel.
Plaidoyer et communication
À travers ses canaux numériques, ses relations avec les médias et ses contenus, l’UNICEF a conservé sa position de chef de file en matière de défense des droits de l’enfant en 2023.
Ses actions de plaidoyer en faveur des droits des enfants confrontés à des situations de crise dans l’État de Palestine et en Israël, au Soudan, en Haïti, en Ukraine, au Myanmar et en République démocratique du Congo ont donné lieu à de solides stratégies de plaidoyer humanitaire, et ont permis d’obtenir des engagements concrets de la part des États Membres pour qu’ils protègent les enfants contre les graves violations de leurs droits dans les situations de conflit. Les donateurs humanitaires se sont également engagés à investir dans des initiatives visant à protéger les enfants pris au piège dans des conflits.
L’édition 2023 du rapport phare de l’UNICEF La Situation des enfants dans le monde portait sur la vaccination. Son lancement a fait l’objet d’une dizaine d’événements politiques et d’engagements publics, y compris de la part de six chefs d’État et de 43 donateurs et partenaires, qui se sont engagés à replacer la vaccination des enfants au rang de leurs priorités.
En 2023, 14 gouvernements supplémentaires se sont engagés à agir en faveur de l’apprentissage fondamental. Le lancement du Fonds pour la nutrition de l’enfant servira quant à lui à rassembler les financements nationaux et des donateurs de façon innovante, aux fins de la prévention, du diagnostic et du traitement de la malnutrition aiguë sévère.
Les activités intégrées de communication et de plaidoyer autour de la Conférence des Nations Unies sur l’eau 2023 ont mené à 34 engagements politiques et 69 déclarations d’États Membres sur le droit des enfants à la sécurité hydrique.
Égalité des genres
Les normes de genre néfastes continuent d’être perpétuées aux plus hauts niveaux de la société. Dans certains pays, elles sont ancrées dans des lois et des politiques qui ne protègent pas, voire bafouent, les droits des filles. La réduction des inégalités de genre contribue à renforcer les économies et permet de bâtir des sociétés stables et résilientes, donnant à toutes les personnes, y compris aux garçons et aux hommes, la possibilité de réaliser leur plein potentiel.
En 2023, l’UNICEF a soutenu des politiques et des programmes favorisant l’égalité des genres dans 110 pays, comparé à 85 en 2021.
Au total, 78 pays ont déployé des programmes à grande échelle visant à lutter contre les pratiques et les rôles discriminatoires du point de vue du genre, notamment la violence liée au genre. Les avancées les plus marquées ont eu lieu en Europe de l’Est et en Asie centrale, où l’UNICEF a plaidé en faveur d’une éducation et d’une parentalité tenant compte des problématiques liées au genre.
Innovation
L’innovation est cruciale pour bâtir un monde meilleur avec et pour les enfants. L’UNICEF s’est fixé pour objectif de concevoir, d’utiliser et de déployer des solutions réellement transformatrices, afin que chaque enfant puisse s’épanouir.
À ce jour, 46 solutions innovantes déployées à grande échelle dans 90 pays ont mobilisé des financements supérieurs à 40 millions de dollars É.-U., au bénéfice de plus de 20 millions de personnes.
En 2023, l’UNICEF a établi un Conseil mondial de l’innovation afin de piloter sa stratégie de portefeuille en matière d’innovation fondée sur la résolution de problèmes, et d’accélérer ainsi les résultats programmatiques.
- L’UNICEF a tiré parti de tendances sectorielles à la pointe de la technologie, notamment l’intelligence artificielle et la blockchain, afin de débloquer de nouvelles ressources pour les enfants et de stimuler les économies émergentes. Depuis 2014, le Venture Fund a réalisé des investissements sans prise de participation dans 147 solutions technologiques open source de startups issues de 86 pays (dont 43 % étaient fondées ou dirigées par des femmes et 65 % généraient des revenus), au service de 41 millions d’enfants.
- L’UNICEF a mobilisé ses actifs clés pour appuyer sa programmation et influencer plus de 5 000 entreprises à adopter des pratiques adaptées aux familles sur le lieu de travail, améliorer les politiques de sécurité en ligne, lutter contre les stéréotypes de genre dans le marketing et évaluer l’impact des leurs activités sur les droits de l’enfant, entre autres.
- L’UNICEF a doté plus de 400 000 enfants d’aides techniques et d’autres produits destinés à soutenir la vue, la mobilité, l'audition ou à lutter contre l'incontinence, ainsi que de technologies d’assistance numériques à l’appui d’une éducation plus inclusive, entre autres.
Dialogue avec les communautés et changement social et comportemental
Le changement social et comportemental consiste à comprendre les besoins des communautés et des individus afin d’élaborer des solutions adaptées à leur contexte et axées sur les personnes, qui permettent aux enfants et aux femmes, y compris aux plus démunis, de survivre et de s’épanouir.
En 2023, l’UNICEF a mis en œuvre des stratégies de changement social et comportemental dans 104 pays en investissant dans des modèles centrés sur l’humain, les sciences sociales et comportementales appliquées, l’écoute sociale et le renforcement des capacités avec l’aide des gouvernements et d’autres partenaires. Pour mieux comprendre les facteurs structurels, cognitifs et sociaux sous-tendant l’adhésion à certaines pratiques et certains services, l’UNICEF a produit des données sociales et comportementales dans 101 pays grâce à des enquêtes au sein de la population et des communautés, des études anthropologiques et comportementales, et des recherches formatives et qualitatives.
En 2024, l’UNICEF poursuivra l’intégration de programmes de changement social et comportemental dans le cadre de son approche complète de lutte contre les obstacles systémiques au changement. L’organisation mettra systématiquement en œuvre des mécanismes efficaces de retours d’information et de réclamation pour les communautés au titre de sa responsabilité envers les populations touchées dans les situations humanitaires.
Résultats par région
Afrique de l’Ouest et centrale
Félicité Tchibindat, Directrice régionale
En tant que Directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, j’ai eu le plaisir de fournir des orientations stratégiques à nos 24 bureaux de pays.
En 2023, nous avons continué à accorder la priorité aux huit Résultats clés régionaux pour les enfants au titre du Plan stratégique de l’UNICEF, des ODD et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Grâce au dévouement et à la passion de nos équipes pour les droits de l’enfant, nous avons progressé dans quatre de ces Résultats clés : la prévention du retard de croissance, l’apprentissage, la protection contre la violence sexuelle et le mariage d’enfants. Beaucoup reste encore à faire toutefois pour accélérer la réalisation des quatre autres résultats clés pour les enfants, à savoir la vaccination, l’accès à l’éducation, l’enregistrement des naissances et la défécation en plein air. Ces résultats ont permis de créer des environnements favorables au respect des droits de l’enfant via :
- Le renforcement de l’interopérabilité des systèmes d’enregistrement des naissances et de vaccination, qui a permis de faire passer les taux d’enregistrement des enfants de moins de 5 ans dans la région de 59 % à 61 %. L’utilisation de technologies géospatiales aux fins de la microplanification et de la fourniture intégrée de services aux enfants qui en ont le plus besoin, notamment les enfants « zéro dose », a également eu pour effet de favoriser les progrès dans les pays prioritaires (Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Nigéria, Tchad) ;
- La mise à profit de partenariats innovants à l’appui de stratégies visant à influencer le marché dans le domaine de la nutrition et notamment à transformer les systèmes alimentaires pour les enfants, à travers l’initiative de l’UNICEF sur les premiers aliments. Dans ce cadre, l’UNICEF collabore avec des dirigeants de petites et moyennes entreprises en vue d’améliorer la production d’aliments complémentaires nutritifs au niveau local pour les jeunes enfants dans 13 pays ;
- Le renforcement des systèmes d’apprentissage fondamental dans 16 pays et des systèmes d’apprentissage numérique dans 6 pays grâce au partenariat avec Airtel, et l’amélioration des résultats éducatifs des filles et des plans sectoriels tenant compte des questions de genre dans 7 pays. Ces avancées, réalisées en amont de l’Année de l’éducation en Afrique (en 2024), ont bénéficié des engagements catalytiques pris en 2022 lors de l’événement « Transformer l’éducation en Afrique », organisé conjointement par l’UNICEF et l’Union africaine, ainsi que du Manifeste de la jeunesse africaine. L’UNICEF a par ailleurs soutenu les stratégies nationales de 9 pays en matière d’éducation inclusive ;
- Le soutien à la préparation aux situations de crise humanitaire et aux interventions connexes, grâce à des investissements ciblant le déploiement à plus grande échelle des mécanismes de protection sociale réactifs aux chocs, afin de renforcer la résilience des familles, des communautés et des systèmes aux chocs et aux vulnérabilités. Dans le cadre du programme de protection sociale au Sahel, mis en œuvre conjointement avec le Programme alimentaire mondial, l’UNICEF a fourni une assistance technique et financière aux gouvernements pour la mise en place de transferts en espèces à destination de 110 000 ménages (700 000 personnes), en concentrant les efforts sur les enfants de moins de 2 ans et les personnes handicapées.
Afrique de l’Est et australe
Etleva Kadilli, Directrice régionale
L’Afrique s’affirme à l’échelle mondiale, et saisit les occasions qui s’offrent à elle de promouvoir les questions liées aux droits des enfants. La population d’Afrique subsaharienne comptera bientôt le plus grand nombre d’enfants et de jeunes au monde, solidifiant ainsi le potentiel considérable du continent.
En 2023, nous avons accueilli avec un optimisme prudent la diminution de la proportion d’enfants vivant dans la pauvreté extrême, qui est passée de 45 % à 40 % et s’est également accompagnée d’une baisse de la mortalité infantile dans plusieurs pays.
Si d’importantes améliorations ont été observées dans la Corne de l’Afrique en matière de sécurité alimentaire, son climat imprévisible et extrême, qui s’accompagne d’inondations, de typhons, de sécheresses et de chaleurs extrêmes, demeure la menace la plus importante dans la région. L’Afrique de l’Est et australe a ainsi dû faire face à de nombreuses situations d’urgence liées au climat, tandis que 14 pays ont subi conflits et épidémies de choléra généralisées. Près de 120 millions de personnes, dont 67 millions d’enfants, ont eu besoin d’une aide humanitaire au cours de l’année 2023. Le nombre de personnes déplacées a quant à lui augmenté depuis 2022, passant de 3,91 à 4,4 millions. Cette multiplicité des crises, conjuguée au recul des droits de la personne et de l’enfant, continue d’exacerber la violence à l’égard des femmes et des enfants, les risques pour la santé mentale, les mariages d’enfants, les mutilations génitales féminines et le déplacement forcé des enfants.
Et pourtant, malgré ce contexte difficile, la région fait aussi état de résultats encourageants :
- En 2023, nous avons entrevu une lueur d’espoir concernant la crise de l’apprentissage, 16 pays ayant adopté des politiques multisectorielles pour la petite enfance et accru leurs investissements en faveur des premières années de vie des enfants ;
- Davantage de données probantes ont été produites pour lutter contre les effets des changements climatiques, et un nombre croissant de pays ont consolidé leurs programmes de développement en intégrant les données disponibles et en prenant en compte la durabilité, progressant ainsi sur le plan du renforcement de la réactivité des systèmes de protection sociale face aux chocs, de l’utilisation de cadres stratégiques axés sur le climat et la nutrition, des systèmes EAH résilients aux changements climatiques et de la cartographie des nappes phréatiques grâce à l’innovation ;
- La région représente les deux tiers de la charge mondiale de morbidité liée au VIH. Malgré tout, des progrès impressionnants sont à saluer, 2,15 millions d’infections à VIH chez les enfants ayant été évitées depuis 2010 ;
- Les efforts de prévention et de lutte contre la violence à l’égard des enfants se poursuivent, et au moins 13 pays ont promu des normes équitables entre les genres afin de favoriser les relations non violentes. L’élaboration conjointe de données probantes sur la prévalence de la violence à l’égard des enfants en Afrique australe a contribué à renforcer la collaboration avec la Communauté de développement de l’Afrique australe ;
- La région s’est également employée à accélérer la prévention de la malnutrition, en fournissant un traitement à plus de 2,3 millions d’enfants. Au total, 15 pays ont œuvré à la transformation des systèmes alimentaires pour les enfants, et 11 ont concentré leurs efforts sur la protection sociale favorisant les questions de nutrition. Des progrès impressionnants ont de surcroît été constatés au Rwanda, où des données récentes montrent que le pourcentage d’enfants vivant dans une situation de pauvreté alimentaire sévère a diminué de plus d'un tiers (de 20 % à 12 %) entre 2010 et 2020.
- En vue d’améliorer les soins de santé primaires et de promouvoir les services de santé communautaires, 17 pays disposent désormais de stratégies de santé de proximité. L’UNICEF a également soutenu les pays de la région qui accueillent plus de 80 % d’enfants « zéro dose » grâce à son opération de « grand rattrapage », une campagne mondiale interinstitutions visant à vacciner les enfants et à rattraper les retards de vaccination accumulés pendant la pandémie.
Malgré un contexte régional toujours difficile, l’Afrique nourrit un grand optimisme pour 2024. Grâce à notre collaboration étroite avec les collègues d’Afrique de l’Ouest et centrale, nous continuerons de soutenir, de faire valoir et de faire progresser les droits des femmes, des filles et des garçons à travers le continent.
Asie de l’Est et Pacifique
Debora Comini, Directrice régionale
En 2023, l’UNICEF a intensifié ses interventions dans certaines des situations les plus difficiles en Asie de l’Est et dans le Pacifique. Les changements climatiques ont constitué la menace la plus pressante, sans grande surprise dans cette région où 65 % des enfants sont exposés aux chocs climatiques de façon disproportionnée.
L’UNICEF et ses partenaires ont lancé le Solar Hub, « la plateforme solaire » pour la région Asie de l’Est et Pacifique, afin de fournir une expertise technique plus approfondie sur l’énergie solaire aux secteurs de l’éducation, de la santé et de l’EAH. Nous avons accompagné des formations sur la sauvegarde de l’environnement, le financement de l’action climatique et l’élaboration de stratégies en la matière, tout en affirmant notre engagement envers une planète plus verte au travers de mesures de réduction des émissions de dioxyde de carbone générées par nos programmes et nos bureaux. Notre Groupe d’action pour la jeunesse nouvellement établi, qui est composé de 37 jeunes issus de 12 pays de la région, a grandement contribué à nos efforts de lutte contre les changements climatiques.
Au Myanmar, l’aggravation de la crise humanitaire a eu des effets dévastateurs sur les enfants, dont les niveaux de déplacement et de perte d’accès aux services essentiels, notamment en matière de santé et d’éducation, ont connu une hausse substantielle. Malgré un déficit de financement considérable, entre autres contraintes, l’UNICEF et ses partenaires sont parvenus à fournir une assistance à près de 1,8 million d’enfants et à leur famille.
Défi de longue date pour l’Asie, la question du genre et des droits des femmes a constitué le thème de notre réunion régionale d’octobre. Si ces dernières décennies ont enregistré d’importantes avancées, la violence à l’égard des enfants et des femmes est toujours monnaie courante, tout comme les pratiques néfastes telles que le mariage d’enfants et les mutilations génitales féminines. Bien qu’il soit urgent que le nombre de femmes assumant des rôles de leadership augmente, certaines avancées cruciales ont néanmoins pu être célébrées l’année dernière : l’Indonésie a créé un indice d’autonomisation des filles ainsi que des programmes de protection visant à lutter contre la violence liée au genre dans les écoles ; au Timor-Leste, un club de filles s’est attaqué à des problèmes tels que le mariage des enfants et les grossesses des adolescentes, tandis que le Viet Nam a intégré l’apprentissage socioémotionnel au programme scolaire national.
Dans le secteur de l’éducation, les efforts se sont poursuivis pour faire face à la crise de l’apprentissage qui touche l’ensemble de la région. En effet, un nombre saisissant d’enfants ne possèdent pas les compétences de base en mathématiques et ne sont pas équipés des aptitudes nécessaires pour progresser dans la vie. Nos interventions ont donc notamment consisté à évaluer les niveaux d’apprentissage et à améliorer l’accès aux enseignements fondamentaux.
Les efforts voués à dissiper les effets ravageurs de la pandémie de COVID-19 sur les enfants sont restés l’une de nos principales préoccupations. Le secteur de la santé a entamé des évaluations détaillées des dégâts engendrés sur les programmes nationaux de vaccination, en se penchant tout particulièrement sur les 2 millions d’enfants estimés n’avoir jamais reçu un seul vaccin de leur vie. Point plus positif, une initiative régionale sur l’alimentation saine a vu le jour en 2023 afin de juguler les taux croissants d’obésité et de surpoids chez les enfants.
La campagne Fix My Food (« répare mon assiette ») est l’une des nombreuses initiatives de plaidoyer ayant été mises en œuvre, laquelle a contribué à affiner nos messages régionaux autour de nos principales priorités : la vaccination, la nutrition, la parentalité et la lutte contre les changements climatiques. Ces efforts sont renforcés plus avant par de nouvelles stratégies de communication numérique ciblant les publics clés, à savoir les parents, les personnes s’occupant d’enfants, les décideurs et les médias. En parallèle, des événements de haut niveau organisés en Malaisie, à Singapour et en Thaïlande ont contribué à positionner l’UNICEF en tant que leader d’opinion dans le paysage de la philanthropie et des partenariats.
Moyen-Orient et Afrique du Nord
Adele Khodr, Directrice régionale
Bien que j’aie connu de nombreuses situations d’urgence au cours de ma carrière à l’UNICEF, mon rôle de Directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord en 2023 a mis à l’épreuve nombre des compétences que j’ai pu acquérir au fil des ans. La difficulté fut de trouver l’équilibre délicat entre la satisfaction des besoins urgents des enfants subissant catastrophes naturelles et conflits, et celle des besoins des enfants se trouvant dans des contextes plus stables, mais en retard sur le plan des ODD et de leurs droits. Toutefois, la disponibilité des représentants du personnel de l’UNICEF, dévoués et hautement expérimentés, de leurs équipes au niveau des pays, ainsi que d’une équipe régionale dédiée, laquelle est souvent intervenue afin de soutenir les bureaux de pays, a été décisive pour nous aider à frayer notre chemin au cours de cette année si turbulente et douloureuse pour les enfants de la région.
De l’État de Palestine à la Libye, en passant par la République arabe syrienne, le Soudan et le Yémen, nous sommes intervenus dans certains des conflits prolongés les plus graves au monde. Nous avons également fait face à de fréquentes crises, à la fois naturelles et d’origine anthropique, à des épidémies ainsi qu’à des chocs climatiques, le tout dans des conditions de sécurité difficiles pour les membres de notre personnel et leur famille, qui ont perdu des proches, ont dû être réinstallés plusieurs fois, être évacués ou encore abandonner leurs biens. Garantir le bien-être du personnel est resté une priorité d’ordre régional.
Je suis fière de notre travail autour de la protection sociale. L’UNICEF a soutenu le déploiement de l’allocation universelle pour les enfants en Tunisie, étudiant une possible institutionnalisation de cette dernière dans les politiques et financements nationaux. Nous avons également soutenu le lancement de la subvention universelle pour les enfants d’Oman, financée par des ressources nationales. L’aide en espèces aux familles les plus pauvres de Gaza, fournie dans les six jours ayant suivi le début du conflit et encore maintenue à l’heure actuelle, s’est également avérée cruciale.
Au Yémen, l’UNICEF s’est attaché à soutenir l’intégration de services de santé et de nutrition dans presque 3 000 établissements, atteignant ainsi 2,2 millions de mères et d’enfants. Les campagnes de vaccination soutenues par l’UNICEF ont permis de protéger 14 millions d’enfants contre la poliomyélite et la rougeole en Algérie, en Égypte, en République arabe syrienne, au Soudan et au Yémen, et ont mené à une diminution de 13 % des enfants « zéro dose » dans la région.
Nous avons mis en œuvre des stratégies et des programmes de prévention de toutes les formes de malnutrition chez les enfants dans 10 pays. Nos services de prévention ont ainsi bénéficié à 5,8 millions d’enfants et nos traitements de l’émaciation à 680 000 enfants à Djibouti, au Liban, en République arabe syrienne, au Soudan, au Yémen et à Gaza.
Je suis également fière de notre action liée au respect et à la défense des droits de l’enfant, ainsi qu’aux activités de communication connexes, en particulier concernant les problématiques des droits de l’enfant s’avérant sensibles d’un point de vue politique ou culturel. En nous érigeant en porte-parole des enfants lorsque leurs droits à la survie et à la protection étaient remis en question, nous avons rempli notre mandat principal.
En collaboration avec nos partenaires, nous avons participé à la mise en œuvre de plans d’action visant à mettre fin au recrutement des enfants dans la région, et avons appuyé la conception de programmes de réintégration et la formation à ces derniers. Nous avons en outre plaidé pour que les parties figurant sur la liste des acteurs armés qui se livrent à des violations graves contre les enfants et n’ayant pas encore adopté de mesures pour améliorer la protection des enfants y remédient.
La région enregistre le taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde ; le plaidoyer de l’UNICEF, déployé conjointement avec d’autres entités des Nations Unies, a donc mobilisé les coordonnateurs résidents de l’ONU dans plusieurs pays autour de l’importance d’aider les jeunes à effectuer leur transition du milieu scolaire au monde du travail.
Eu égard aux effets des changements climatiques sur la région, l’UNICEF s’est assuré de la prise en compte des opinions des jeunes sur la crise climatique. Nous avons élaboré une stratégie régionale sur la participation des jeunes concernant les changements climatiques, et noué de plus solides partenariats avec les militants pour le climat. Ces efforts ont été couronnés par l’adoption de la Journée des enfants et des adolescents lors de la COP28 à Dubaï.
Les solides interventions que nous avons menées en 2023 ont été décisives pour sauver et améliorer la vie de millions d’enfants dans la région, mais aussi pour promouvoir leurs droits. Notre engagement et notre dévouement demeurent intacts tandis que nous poursuivons notre mission visant à faire une différence positive pour les enfants, et ainsi à créer un avenir meilleur pour les générations actuelles et futures.
Amérique latine et Caraïbes
Garry Conille, Directeur régional
À mi-parcours du Programme de développement durable, la région Amérique latine et Caraïbes est en passe de n’atteindre que la moitié des cibles liées aux enfants d’ici à 2030. Si la région est un exemple de succès à l’échelle mondiale en matière de réduction de la mortalité infanto-juvénile, elle accuse toutefois du retard dans de nombreux autres domaines. Si l’on souhaite un avenir plus prometteur, les gouvernements et les partenaires doivent opter pour des stratégies judicieuses et investir en faveur des enfants.
Près de 35 ans après l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant, l’égalité des chances demeure un concept abstrait pour un nombre inacceptable d’enfants en Amérique latine et dans les Caraïbes, où près de la moitié d’entre eux vivent encore dans la pauvreté. Deux enfants sur trois sont disciplinés de manière violente à la maison, et quatre enfants âgés de 10 ans sur cinq ne sont pas capables de lire un texte simple. Des millions de filles sont mariées pendant l’enfance et deviennent mères. Les enfants autochtones et d’ascendance africaine, les enfants handicapés et les filles sont laissés de côté. Confrontés au creusement des inégalités et à de nouvelles menaces climatiques, de plus en plus d’enfants et de familles s’exposent au danger en traversant le continent à la recherche d’une vie meilleure.
L’UNICEF, les gouvernements et les partenaires jouent un rôle essentiel pour accélérer les progrès vers la réalisation des ODD et pour garantir que chaque enfant survit et s’épanouit. En 2023, l’UNICEF a continué de produire des données probantes, de mener ses actions de plaidoyer et de fournir des conseils techniques, trois activités qui lui ont permis d’obtenir une adhésion politique et des résultats transformateurs pour les enfants dans toute la région.
L’Amérique latine et les Caraïbes sont collectivement devenues les fers de lance de la lutte contre la crise de l’apprentissage. Menés par la Colombie et une coalition de partenaires mondiaux, 12 pays – un chiffre supérieur à toutes les autres régions – ont désormais signé l’engagement à l’action en faveur de l’apprentissage fondamental. Des mesures concrètes ont déjà entraîné des améliorations pour les jeunes apprenants, à l’instar de la politique sur l’apprentissage fondamental de la République dominicaine.
La région a par ailleurs connu des progrès législatifs décisifs. Le Pérou a notamment promulgué une loi interdisant le mariage d’enfants, et le Mexique a quant à lui adopté un amendement portant sur la réglementation de la nourriture et des boissons vendues dans les établissements scolaires. Certaines innovations importantes ont vu le jour, notamment des politiques sur la santé mentale des adolescents en Uruguay ou contre le racisme au Brésil, ainsi que de nouvelles politiques sur le développement de la petite enfance en Bolivie et au Paraguay. Certains gouvernements ont également adopté des outils de budgétisation soutenus par l’UNICEF, à l’instar du Chili qui mesure désormais les investissements publics en faveur des enfants dans la loi budgétaire nationale, ou encore de l’Argentine, dont l’indice des soins à l’enfant a été cité dans plusieurs décisions de justice.
En 2023, la région a également fait montre de son potentiel en matière de solutions numériques pour les enfants. Les initiatives soutenues par l’UNICEF allaient de partenariats avec des sociétés de télécommunications visant à connecter les jeunes aux informations et aux services en Jamaïque, à l’utilisation de logiciels libres destinés à la gestion des informations de protection de l’enfance à Trinité-et-Tobago. Une coentreprise guatémaltèque de jeunes innovateurs en faveur du climat, qui utilise des drones pour communiquer dans les situations d’urgence, a réussi à occuper le devant de la scène internationale à Dubaï où elle a été présentée dans le cadre de la COP28.
Tout en contribuant à des politiques transformatrices et à l’innovation, l’UNICEF a poursuivi ses interventions dans les situations de crise les plus urgentes de la région. L’organisation a fourni une aide humanitaire à plus d’un million de personnes en Haïti et à près de deux millions de personnes en déplacement ou réfugiées dans des communautés d’accueil dans 18 pays.
En amont du 35e anniversaire de la Convention, qui sera célébré en 2024, nous intensifierons notre collaboration stratégique avec les gouvernements et les partenaires de toute la région afin de tenir notre promesse à l’égard des enfants, et de construire un avenir meilleur pour tous.
Asie du Sud
Sanjay Wijesekera, Directeur régional
Sooraj Kumar, 10 ans, est un défenseur de l’éducation des filles au Pakistan. Je l’ai rencontré en décembre dernier, lui et ses camarades de classe, alors qu’il présentait l’affiche qu’il avait créée, sur laquelle on pouvait lire : « Oui à l’éducation des filles ». J’ai été touché par sa maturité, si jeune, et par ses techniques de plaidoyer de militant en herbe.
Le message de Sooraj est au cœur des programmes de l’UNICEF en Asie du Sud. Dans la région, les normes de genre empêchent les adolescentes de réaliser leur plein potentiel : près de la moitié ne sont ni scolarisées, ni en emploi, ni en formation. Cette situation est particulièrement douloureuse en Afghanistan, où les filles se voient toujours refuser leur droit par les autorités de fait à poursuivre leur éducation après la sixième.
Ces inégalités se reflètent également dans la prévalence du mariage d’enfants. L’Asie du Sud compte en effet 290 millions d’enfants épouses. Ce chiffre, le plus élevé au monde, m’empêche de trouver le sommeil lorsque je pense à la jeunesse sacrifiée de ces filles, à leurs perspectives limitées et aux risques auxquels elles sont exposées. Le tableau n’est guère plus positif en matière de nutrition : les filles sont les dernières de leur famille à manger, et dans des quantités moindres, ce qui alimente le terrible cycle intergénérationnel de la malnutrition. Enfin, la région est en première ligne des changements climatiques, des catastrophes naturelles et des crises météorologiques, et les filles en déplacement sont infiniment plus vulnérables.
Le travail de l’UNICEF en Asie du Sud en 2023 s’est principalement attaché à combattre ces injustices. Malgré les difficultés, notamment l’instabilité politique et le recul des droits de l’enfant, nos équipes ont obtenu d’impressionnants résultats.
Par exemple, plus de 33 millions d’enfants ont été vaccinés, plus de 25 millions de personnes ont participé à des dialogues visant à mettre fin à la discrimination à l’égard des filles et des femmes, et plus de 17 millions de jeunes ont pu exercer leurs droits civiques ou diriger des initiatives citoyennes.
Certains de nos accomplissements les plus remarquables sont survenus dans des contextes difficiles. Malgré la crise humanitaire délétère et le recul des droits des femmes et des filles en Afghanistan, l’UNICEF a soutenu le système de santé, en fournissant des services et du matériel à 20 millions de personnes et à plus de 2 500 dispensaires. Je tiens également à saluer le courage et l’engagement de notre personnel féminin recruté sur le plan national, qui poursuit son travail malgré l’adversité.
Au Népal, le bureau de l’UNICEF est non seulement intervenu rapidement après les séismes du mois d’octobre, mais il a également soutenu le déploiement du Plan pédagogique national d’accélération et de relèvement pour aider les enfants à rattraper leurs retards d’apprentissage après la COVID-19.
Grâce au plaidoyer mené auprès du Ministère de la santé, nos collègues du bureau du Bangladesh ont pu lancer un projet pilote consistant à utiliser des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi produits localement en vue de combattre l’émaciation sévère, en particulier dans les camps rohingya.
Au Bhoutan, la nouvelle politique d’éducation nationale, soutenue par l’UNICEF, a pour objectif de doter les enfants et les jeunes des compétences nécessaires pour qu’ils deviennent des citoyens productifs.
Le bureau de l’UNICEF au Sri Lanka a quant à lui soutenu l’élaboration de plans de mise en œuvre de la politique nationale relative à la protection de remplacement, qui a permis à plus d’un millier d’enfants de ne pas être placés, et à des centaines d’autres d’être réunis avec leur famille.
J’ai par ailleurs été inspiré par les initiatives innovantes de l’UNICEF aux Maldives visant à mobiliser les jeunes autour du plaidoyer pour la COP28 afin qu’ils puissent influencer les discussions sur le renforcement de la résilience des communautés aux changements climatiques. De même, la branche indienne du partenariat Génération sans limites, YuWaah!, a réuni des jeunes autour de la lutte contre les changements climatiques, en appui à l’initiative gouvernementale Mission LiFE destinée à préserver l’environnement.
Ces résultats nous montrent que si nous continuons de placer les enfants au cœur de nos efforts, d’écouter les communautés, de renforcer les capacités des pouvoirs publics et de tirer parti de l’expertise de nos partenaires locaux, nous pourrons satisfaire les importants besoins des enfants de la région.
Et qui sait, peut-être même pourrons-nous donner envie à Sooraj de rejoindre l’UNICEF dans quelques années.
Europe et Asie centrale
Directrice régionale
Tout au long de l’année 2023, les enfants du monde entier ont été confrontés à des difficultés majeures, et ceux d’Europe et d’Asie centrale n’ont pas fait exception
À peine six semaines après le début de l’année, j’ai été témoin de la souffrance des familles et des enfants en Türkiye victimes de séismes parmi les plus destructeurs de l’histoire du pays. Des milliers de personnes ont péri, et 15,2 millions d’autres ont vu leur vie dévastée.
La guerre qui a cours en Ukraine a poursuivi sa trajectoire dévastatrice sur la santé mentale et l’apprentissage des enfants. Jusqu’à 40 % des enfants ukrainiens sont privés d’un accès continu à l’éducation, et un jeune sur cinq vit avec des pensées intrusives et des flashbacks, deux symptômes typiques des troubles post-traumatiques.
Lors de mes premiers mois en tant que Directrice régionale et Coordonnatrice spéciale pour la réponse à la crise des personnes réfugiées et migrantes en Europe, des enfants ont tragiquement perdu la vie en mer, en tentant la périlleuse traversée migratoire de la Méditerranée. Des milliers de rescapés sont toujours en détention, dans des conditions désastreuses et inadaptées aux enfants.
Plus de 20 millions d’enfants de la région vivent toujours dans la pauvreté. Les familles luttent pour joindre les deux bouts, dans un contexte de crise prolongée du coût de la vie. Les enfants les plus marginalisés sont dépourvus d’un accès à une éducation, à un refuge, à une alimentation ou à des soins de santé de qualité, rendant notre travail et celui de nos partenaires régionaux, notamment l’Union européenne, encore plus vital.
Après un recul de la vaccination pendant la pandémie et une recrudescence de l’hésitation face aux vaccins, plus de 600 000 enfants n’ont pas été vaccinés contre la rougeole en 2023, une situation qui a débouché sur des flambées épidémiques et a eu pour effet de multiplier par 30 les cas de maladie dans la région.
C’est en Europe que le travail de l’UNICEF a commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Depuis plus de 75 ans, nous collaborons avec les gouvernements, nos partenaires, les enfants et les familles afin de faire valoir les droits de l’enfant. En 2023, notre travail s’est révélé toujours aussi crucial. Je suis immensément fière de nos équipes et de nos partenaires, qui ont œuvré sans relâche pour servir les enfants de la région.
Immédiatement après les séismes en Türkiye, l’UNICEF s’est rendu sur le terrain pour fournir une aide humanitaire aux communautés touchées. En collaboration avec le Gouvernement et nos partenaires, nous avons ainsi pu faire bénéficier 4,7 millions de personnes, dont 2,4 millions d’enfants, de services et d’un soutien vitaux. À l’heure actuelle, nous continuons à contribuer à la réhabilitation des systèmes d’éducation, de santé et de protection sociale.
En Ukraine, nous avons permis à plus de 1,3 million d’enfants d’accéder à l’éducation, et fourni des soins de santé mentale et un soutien psychosocial à plus de 2,5 millions d’enfants et de personnes qui s’occupent d’eux. Nous avons fourni un accès aux soins de santé primaires à plus de 5 millions d’enfants et de femmes, et un accès à l’eau potable à 5,5 millions de personnes. Grâce aux systèmes nationaux et aux municipalités, nous avons porté assistance à des milliers de familles et d’enfants ukrainiens dans les pays d’accueil.
En 2023, l’UNICEF a fourni un soutien essentiel aux enfants et aux personnes s’occupant d’eux en recherche de refuge, de sécurité, de paix et de meilleures perspectives en Grèce, en Italie, en Türkiye et en Arménie.
L’organisation n’a cessé de faire réduire le nombre d’enfants vivant en institution dans la région, et a poursuivi son soutien aux dispositifs de prise en charge familiale, notamment en famille d’accueil. Au total, 15 des 23 pays d’Europe et d’Asie centrale ont déclaré que plus des deux tiers des enfants placés sur leur territoire l’étaient désormais en milieu familial.
Nous avons soutenu l’élargissement des possibilités d’apprentissage numérique dans la région, notamment au Kazakhstan, au Kosovo, au Monténégro, en Pologne et en Serbie.
Nous avons maintenu nos partenariats pour lutter contre la pollution de l’air et réduire ses effets nocifs sur la santé et le développement des enfants. Nous avons par ailleurs poursuivi notre travail avec les communautés visant à créer des stratégies d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de ces derniers, et à renforcer la préparation aux risques de catastrophe.
En 2024, nous continuerons à consolider notre coopération avec les gouvernements, le secteur privé, la société civile, d’autres entités des Nations Unies et, bien entendu, les enfants et les jeunes eux-mêmes, en vue d’accélérer et de déployer à grande échelle nos résultats tant sur le plan humanitaire que sur celui du développement.
États financiers
En raison de la fin de la pandémie de COVID-19 et de la baisse des fonds en faveur de la crise en Ukraine, les revenus de l’UNICEF ont diminué de 1,4 milliard de dollars É.-U. par rapport à 2022. Parallèlement, les dépenses ont augmenté de 495 millions de dollars É.-U. et atteint les plus hauts niveaux jamais enregistrés, les programmes humanitaires ayant poursuivi leurs activités à un rythme intensif dans les endroits du monde les plus difficiles d’accès.
La part des ressources ordinaires provenant des partenaires des secteurs public et privé au regard du montant total des revenus a progressé en 2023.
Le financement des ressources ordinaires fournit prévisibilité, souplesse et efficacité, trois éléments qui permettent à l’UNICEF d’obtenir les meilleurs résultats possibles pour les enfants. Leur déclin au cours des dernières années pose un sérieux risque pour la capacité de l’organisation à réaliser son mandat.
Pour de plus amples informations sur les revenus de l’UNICEF et les contributions reçues de la part des partenaires, veuillez consulter l’Inventaire des fonds de l’organisation.
Façonner l’avenir : Un appel à l’action pour des financements souples
L’UNICEF remercie ses donateurs et partenaires ayant contribué si généreusement en 2023 aux efforts entrepris en faveur des enfants à travers le monde. L’organisation est particulièrement reconnaissante envers les donateurs qui lui ont alloué des ressources ordinaires et fonds thématiques à affectation souple. Les ressources ordinaires financent notre présence mondiale et les programmes fondamentaux mis en œuvre au titre de notre mandat pour chaque enfant. Les fonds thématiques sont ensuite utilisés de façon stratégique en vue de renforcer les systèmes de services sociaux dont les enfants sont tributaires et d’intervenir dans les situations de crise humanitaire en temps voulu.
L’UNICEF résout des problèmes d’envergure mondiale dans une optique à long terme et de façon interconnectée, à l’image des crises actuelles. C’est la raison pour laquelle l’organisation appelle les États Membres à respecter leur engagement au titre du Pacte de financement, et l’ensemble des donateurs à accroître la part des financements non-affectés dans leur portefeuille global de contributions à l’UNICEF, ces fonds étant indispensables pour bâtir un avenir pacifique, résilient et durable, et plus encore, pour obtenir les meilleurs résultats possibles en faveur des enfants et leurs communautés.
Points forts
Ce rapport présente les principaux résultats obtenus par l'UNICEF en 2023 dans ses cinq groupes d'objectifs, son action humanitaire et son engagement auprès des jeunes dans sept régions, ainsi que les principales informations financières.