Des champions contre le mariage des enfants en RDC
A travers la RDC, des inconnus se mobiliser pour assurer un avenir à chaque enfant
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En République Démocratique du Congo, la situation de la jeune fille demeure préoccupante au regard des violences de toutes sortes dont la jeune fille est victime. Malgré l’adoption de la Convention pour l’élimination de toutes sortes de discriminations à l’égard des femmes et de la Loi Portant Protection de l’Enfant en 2009, les jeunes et les petites filles sont encore victimes de violences basées sur le genre, particulièrement le mariage d’enfants et le travail domestique.
Quand je suis tombée enceinte, mon père a souhaité que j’abandonne ma scolarité, mais je me suis battue pour poursuivre. Ce n’est pas un choix facile ; je manque de temps et d’argent pour m’occuper de ma fille. Mais malgré les difficultés, je préfère terminer mes études avant d’épouser un homme.
Ici, beaucoup de jeunes filles meurent des suites d’un accouchement difficile. Leurs parents sont alors accusés de sorcellerie. Pourtant, la vérité est que le corps d’une fille de 13 ans ne peut que difficilement supporter une grossesse. J’en suis très mécontente et j’ai fait interdire les mariages précoces dans ma juridiction. J’ai aussi nommé des femmes, comme chef de localité ou comme adjointe, dans tous les groupements qui constituent mon territoire, afin de faire respecter cette mesure.
Notre seule richesse, ce sont nos enfants, qu’ils soient filles ou garçons. Nous sommes en train de vieillir et bientôt nous ne serons plus en mesure de travailler ; nous comptons sur eux pour nous aider. Aujourd’hui, de nombreuses opportunités sont ouvertes aux femmes. Si nous avions marié nos filles, elles n’auraient pas pu poursuivre leurs études. Qui sait, peut-être deviendront-elles ministres ?
Dans ma communauté, beaucoup de jeunes filles, parfois dès l’âge de 13 ans, se prostituent pour subvenir au besoin de leur famille. Une fois enceintes, elles sont forcées de se marier et doivent abandonner leurs études. Mais nos filles doivent étudier le plus longtemps possible pour nous remplacer, pour acquérir une place dans la société, représenter les femmes et gouverner aux côtés des hommes.
En tant que femme, je ne peux pas accepter que d’autres femmes soient dénigrées et abusées sexuellement. Une femme doit être honorée et garder sa dignité. Une fille mineure n’a pas le discernement et la maturité nécessaire pour accepter de se marier de son plein gré. Elle devient l’esclave de son mari, et ne peut plus s’épanouir ni physiquement ni intellectuellement. La banalisation du mariage précoce favorise l’analphabétisme de toute une génération de femmes.
Malgré les critiques de nos voisins, qui ont presque tous mariés leurs filles très jeunes, nous avons décidé d’annuler le mariage de notre fille cadette de 13 ans, et d’attendre ses 18 ans avant d’accepter de nouvelles sollicitations. Nous craignions pour sa santé. Ici, dans notre milieu, les grossesses précoces entrainent souvent des césariennes et des complications parfois mortelles.
Pour une jeune fille, le mariage est un fardeau qui l’empêche de se développer. Dans notre province, entre les travaux domestiques, ceux des champs, et leurs devoirs conjugaux qui impliquent de très nombreuses grossesses, les femmes mariées jeunes n’ont aucun temps libre. Seule l’éducation permet de se libérer de ce fardeau.
Dans mon village, les parents négligent d’éduquer leurs filles, les pensant destinées au mariage. Mais les filles doivent également étudier pour s’affirmer et prendre part aux décisions du foyer et de la collectivité.
Lutter contre le mariage des enfants est un processus de longue haleine qui nécessite les efforts de tous, pour vaincre la coutume et convaincre les gardiens des normes. Pourtant, les conséquences du mariage des enfants sont dramatiques. Sur les territoires où je travaille, 80% des jeunes filles tombent enceintes avant 18 ans, favorisant l’illettrisme et le sous-développement.
Ce n’est pas normal qu’un enfant doive prendre soin d’un autre enfant. À 15 ans, une fille est toujours un enfant ; ses parents doivent s’occuper d’elle, et non elle d’un autre enfant.
Le programme « Femmes et Hommes, progressons ensemble », mis en œuvre avec l’appui financier de l’Union Européenne et en partenariat avec l’agence de coopération internationale allemande pour le développement, lutte contre les violences basées sur le genre. Ce programme part du constat que les causes profondes des violences basées sur le genre tirent leur source des pratiques traditionnelles et de la persistance d’une perception d’inégalités et d’injustices entre hommes et femmes.
« Femmes et Hommes, progressons ensemble » vise à agir sur ces causes profondes en vue d’obtenir des résultats durables dans la perception du rôle et de la position de la femme et de l’homme dans la société congolaise. Pour cela, les interventions sont articulées autour des communautés, elles intègrent les hommes et les femmes dans les approches proposées, appuient les structures étatiques et celles de la société civile, renforcent la coordination et ciblent les besoins peu couverts.