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« Aujourd’hui, je dis stop »

La violence sexuelle contre les enfants est endémique en République démocratique du Congo. Ici, des survivantes partagent leurs récits.

UNICEF RDC
DRC. A woman puts her arms around another woman's shoulders.
UNICEF/UNI919089/Benekire
31 décembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes

Ils sont venus la nuit. Il y avait des cris, de la confusion et de la peur. Une mère serre ses enfants contre elle tandis que les bruits se rapprochent. Tout s’accélère, tout s’emballe. Au petit matin, sa fille est retrouvée inconsciente.

À travers la République démocratique du Congo, des histoires comme celle-ci se répètent chaque jour. La violence sexuelle contre les enfants survient en contexte de conflit et de déplacement, mais aussi loin des combats, au sein des foyers, des écoles et des communautés. De nombreux récits ne sont jamais rapportés. Le silence s’installe souvent, nourri par la peur, la stigmatisation et la crainte du rejet.

Pour les survivantes et les survivants, la violence ne s’arrête pas à l’acte lui-même.

Happy*, aujourd’hui âgée de 18 ans, a été agressée sexuellement alors qu’elle marchait dans son village.

« Ils m’ont dit que si je criais, ils me tueraient. Je ne pouvais qu’endurer la douleur, les larmes aux yeux », se souvient Happy.

Menacée, Happy s’est enfermée dans le silence, trop effrayée pour raconter ce qui lui était arrivée. « J’avais peur d’en parler à ma mère », confie-t-elle.

Ce n’est que quelques jours plus tard, lorsque l’état de santé de Happy s’est dégradé et que sa mère l’a emmenée dans un centre de santé où elle a parlé de l’agression.

UNICEF/UNI913627/Benekire

À la suite de cette consultation, Happy et sa mère ont été orientées vers des spécialistes.

« Dès mon arrivée, j’ai ressenti un soulagement », confie Happy. « Des psychologues me parlaient chaque jour et m’aidaient peu à peu à me sentir mieux. »

Pour certaines filles, la violence sexuelle entraîne une grossesse.

Brave* a été enlevée par des hommes armés et retenue pendant une longue période dans leur camp, en pleine forêt. Elle a fini par s’échapper et par rejoindre sa communauté. Elle était enceinte au moment de sa fuite. Les pressions et les menaces du groupe armé ont persisté après son retour, et sa famille peinait à assurer sa protection.

UNICEF/UNI913296/Mirindi Johnson

Pour les enfants nés à la suite de violences sexuelles, les conséquences peuvent commencer dès la naissance.

Teraline* est née dans une situation d’extrême vulnérabilité. Sa mère est tombée enceinte d’elle à la suite d’un viol. Après le mariage de sa mère quelques années plus tard, Teraline a subi des insultes et des mauvais traitements de la part de son beau-père, avant d’être envoyée vivre chez une tante. Elle n’y a pas trouvé de protection et a finalement été contrainte de quitter ce foyer.

À 15 ans, elle a vécu dans la rue, exposée aux abus et aux violences sexuelles. Mais dans un espace sûr soutenu par l’UNICEF, elle a trouvé un lieu où elle pouvait s’exprimer librement et recevoir le soutien dont elle avait besoin.

UNICEF/UNI919078/Benekire

Le déplacement accroît la vulnérabilité des enfants.

Sephora* était à l’école lorsque les combats ont éclaté autour de son village. Elle a fui avec d’autres filles, mais elles ont croisé des bandits qui les ont violées. Blessées et en souffrance, elles ont continué à marcher jusqu’à atteindre une zone plus sûre, où elles ont été orientées vers des services de prise en charge. Plus tard, Sephora a appris que son père avait été tué pendant les violences et que sa mère était portée disparue.

Une organisation partenaire de l’UNICEF a aidé Sephora à retrouver une tante chez qui elle a pu être hébergée. Elle lui a également apporté un accompagnement et des soins essentiels.

UNICEF/UNI915860/Mirindi Johnson

Pour de nombreuses filles, la violence sexuelle est étroitement liée au mariage d’enfants.

Agnès* a été mariée à l’âge de 12 ans, après la mort de son père et la plongée de sa famille dans l’extrême pauvreté. Elle a quitté l’école en sixième et est devenue mère peu après. Des années plus tard, grâce à un espace sûr soutenu par l’UNICEF, elle a appris la couture et a pu commencer à gagner sa vie.

UNICEF/UNI916646/Benekire

Certaines survivantes sont très jeunes.

Grace* avait 4 ans lorsqu'elle a été victime d'abus sexuels alors qu'elle vivait avec un membre de sa famille. Elle a cessé de parler et son développement a été affecté. Après avoir reçu des soins, elle a retrouvé ses parents et aujourd'hui, elle est redevenue une enfant joyeuse et souriante.

DRC. A UNICEF Education Officer plays with Grace in front of her home.
UNICEF/UNI916238/Mirindi Johnson

À travers le pays, d’innombrables enfants portent des expériences similaires. Beaucoup n’atteignent jamais les services de soutien dont ils ont besoin. La distance, l’insécurité, la peur, les contraintes financières et la stigmatisation les poussent au silence. L’accès à la justice reste limité et l’impunité demeure fréquente. Les récentes coupes budgétaires ont davantage restreint l’accès aux espaces sûrs et aux services communautaires.

Et pourtant, les survivantes et survivants continuent d’avancer dans leur vie.

Certaines retournent à l’école. D’autres apprennent un métier. Certaines élèvent des enfants nés de la violence tout en reconstruisant leur propre vie. La guérison n’est pas linéaire, elle prend du temps, mais elle est possible.

UNICEF/UNI913599/Benekire

La violence sexuelle contre les enfants ne se limite pas aux zones de conflit et ne s’arrête pas lorsque les violences cessent. Elle se prolonge à travers des parcours scolaires interrompus, des mariages précoces, des déplacements forcés et des enfants contraints de grandir trop vite.

Le gouvernement a pris des mesures importantes, notamment la mise en place de l’initiative Toyokana et l’organisation de la première Conférence nationale sur l’élimination des violences faites aux enfants. Les engagements en matière d’éducation, de justice et de prestation de services ont également été renforcés.

DRC. looks at the logo of the Toyokana safe space supported by UNICEF. DRC. looks at the logo of the Toyokana safe space supported by UNICEF.
UNICEF/UNI911273/Benekire
DRC. A mural is pictured in the courtyard of the Toyokana Safe supported by UNICEF.
UNICEF/UNI918722/Benekire
DRC. A woman sits with her hands in her lap at the Toyokana safe space.
UNICEF/UNI919088/Benekire

Mettre fin à la violence sexuelle exige une action immédiate, coordonnée et inscrite dans la durée pour protéger les enfants et les générations futures.

Dans un espace sûr Toyokana, une jeune survivante utilise les mots pour reprendre le contrôle de sa vie, briser le silence et appeler à un engagement collectif en faveur de la protection des enfants.

L’appel à l’action de l’UNICEF

Cette crise liée à la violence sexuelle exige une intervention immédiate et l’observance du droit international dans les situations de conflit. Les auteurs doivent être mis face à leurs responsabilités, tandis que les femmes et les enfants doivent avoir accès aux services de protection et de soutien indispensables.

L’UNICEF exhorte le Gouvernement, toutes les parties au conflit, ainsi que les partenaires de la société civile et de la communauté internationale, à prendre les mesures suivantes :

  • Faire cesser et prévenir toutes les formes de violence sexuelle ciblant les enfants, notamment dans les situations de conflit, conformément à la législation nationale et au droit international ;
  • Multiplier les services d’intervention en cas de violence liée au genre, les doter des moyens nécessaires pour répondre aux besoins particuliers des enfants rescapés (espaces sûrs, soins cliniques, soutien en santé mentale, etc.) et favoriser l’orientation confidentielle et sans danger des victimes vers ces services ;
  • Renforcer l’application du principe de responsabilité en menant des enquêtes, en poursuivant les auteurs en justice, en protégeant les victimes et les témoins, et en améliorant la collecte de données et le signalement ;
  • Accroître durablement les investissements en vue d’étendre les services de protection et de renforcer les actions de prévention au sein des communautés.

     

     

    *Names changed. The survivors in the story chose their own pseudonyms.