Les Soins Mère Kangourou pour la survie des nouveau-nés prématurés

Les soins mère kangourou préconisent le « peau-à-peau » comme alternative aux couveuses.

Lydia KOUADIO & Ornella Pitah BONI
SMK CHU Treichville
Unicef CIV/2022/Ange Martial Achy
10 janvier 2023

« Reconnaître les battements du cœur de ma maman et en être apaisé dans cet univers différent de là où j’ai vécu pendant les précédents mois. »
Si les bébés pouvaient parler, ils diraient exactement ça de l’utilité des soins mère kangourou.

SMK maman 1
Unicef CIV/2022/Ange Martial Achy

Les soins mère kangourou sont adoptés et pratiqués dans les huit Unités de Soins Mère Kangourou (SMK) dont trois dans les départements de pédiatrie des hôpitaux universitaires de Treichville, Cocody et Bouaké et quatre dans les hôpitaux régionaux de Korhogo, Bondoukou, Odienné et Man ainsi qu’à hôpital général de Port-Bouët. Les nourrices dont les bébés sont prématurés et/ou ont un faible poids à la naissance c’est-à-dire entre 500g et 2 500g mais n’ayant pas de maladie particulière, y sont admises pour donner une meilleure chance de survie à leur enfant.

Pour pallier le manque de couveuse et la cherté de celles existantes dans les centres de santé, les soins mère kangourou préconisent le « peau-à-peau ». En effet, s’inspirant de la poche ventrale de la femelle kangourou appelée aussi marsupium qui lui sert à porter son petit après sa naissance, les soins mère kangourou ont vu le jour dans le but d’aider les nouvelles mamans à mettre en place une routine de soin. L’un des aspects de cette routine consiste pour les mamans à porter leur nouveau-né contre leur poitrine de façon permanente ou intermittente pour permettre à bébé d’être dans une température qui lui convient et se reposer.

En Côte d’Ivoire, sur 1 000 naissances vivantes, 30 nouveau-nés de 0 à 28 jours perdent la vie (EDS 2021) et 31,6% de ces décès sont dus à la prématurité (ENAP 2018-2020).

Ce fut le cas d’un des jumeaux d’une maman que nous avons rencontrée à l’Unité Soin Mère Kangourou du CHU de Treichville, qui est décédé deux semaines après sa naissance des suites d’une maladie. Heureusement, sa sœur jumelle Aïcha a tenu bon et bénéficie des soins mère kangourou (SMK) et de merveilleux moments avec sa mère.

« Ici, les bébés peuvent rester entre 10 jours et 2 mois selon leur adaptation… Ce centre existe pour apprendre aux nourrices comment porter les enfants en kangourou permettant à bébé de reconnaître les battements du cœur de maman et d’être plus calme. Elles apprennent également à reconnaitre les signes d’un quelconque danger et adoptent les bons gestes. »

Miezan Marie Josée, sage-femme à l’Unité Soin Mère Kangourou

Au sein de l’Unité Soin Mère Kangourou, le réveil sonne dès 6h pour les mamans. C’est l’heure pour elles de prendre la température de bébé et de s’assurer qu’il n’a pas de fièvre. Ensuite, chacune d’elles fait la toilette de bébé tout en douceur. Ce moment est particulièrement important : il permet à maman de débarrasser bébé de toute forme d’impureté mais également de lui faire un petit massage pour le détendre. Puis vient, la pratique de la méthode kangourou qui consiste en trois étapes clés : la position kangourou, l’alimentation et le soutien kangourou.

La position kangourou 

La position kangourou est le cœur de la méthode kangourou. Grâce à une écharpe de portage fait avec un pagne, la position permet à bébé d’être en contact direct avec sa mère et d’être bercé par les battements de son cœur. Bien emballé, bébé est réchauffé et dort paisiblement. Mais avant, il doit se nourrir convenablement.

L’alimentation

Au menu : le lait maternel, conseillé à sa maman pour sa croissance jusqu’à ses six mois. Directement à la source, au biberon ou à la tasse, bébé se nourrit, reprend des forces et se connecte un peu plus à sa maman.

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Unicef CIV/2022/Ange Martial Achy

Le soutien kangourou

Il s’agit du soutien des agents de santé, de la famille et de la communauté dans les deux premières étapes. En effet, étant prescrit soit de façon permanente ou intermittente, l’inconvénient de la position kangourou c’est qu’elle peut être épuisante physiquement pour la maman et contraignante lorsqu’elle a d’autres activités. Le soutien de la famille et surtout du père est donc nécessaire pour relayer la maman à la tâche ou pour l’aider à assurer d’autres tâches importantes.

« Revoir les enfants grandir en bonne santé, c’est notre plus grande fierté. » 

Miezan Marie Josée, sage-femme à l’Unité Soin Mère Kangourou
Lydia
Unicef CIV/2022/Ange Martial Achy

Entre janvier 2019 et octobre 2022, sur 2 391 nouveau-nés prématurés et de faible poids de naissance reçus dans les 8 unités SMK, 2 274 ont survécu grâce aux soins mère kangourou, soit un succès de 95%. Ces unités existent grâce au financement issu des fonds de l’UNICEF et à celui du Fonds Français Muskoka.