Le champion de la nutrition des enfants de Guiembé
En donnant cinq hectares aux femmes de la coopérative, Yéo soutient leur autonomie et contribue à améliorer l’alimentation des enfants.
À Guiembé, dans le nord de la Côte d’Ivoire, Yéo marche aux côtés des femmes de la coopérative sur les terres qu’elles cultivent désormais. Âgé de 50 ans et père de six enfants, cet agriculteur a mis gratuitement cinq hectares de son héritage à leur disposition afin qu’elles puissent produire des aliments pour leurs familles et développer leurs activités.
Quelques années auparavant, les femmes lui avaient expliqué qu’elles ne disposaient pas de suffisamment de terres pour agrandir leurs exploitations agricoles. Dans cette communauté, comme dans de nombreuses zones rurales du Nord de la Cote d’Ivoire, l’accès des femmes aux terres cultivables reste limité. Certaines ne reçoivent qu’une petite parcelle lorsqu’un fils ou un parent masculin intervient en leur faveur.
Yéo a alors décidé d’agir pour celles qu’il appelle affectueusement ses « mamans », mais aussi pour les enfants de la communauté.
Elles me disaient qu’elles n’avaient pas de terre pour faire leur champ. J’ai alors donné cinq hectares sur les terres reçues en héritage de mon père.
Il a commencé par mettre deux hectares à leur disposition, avant d’en ajouter trois autres. Mais son engagement ne s’arrête pas au partage de la terre. Membre de la coopérative, Yéo aide également les femmes à préparer et à cultiver leurs parcelles. Lorsque des travaux doivent être réalisés, il met son expérience d’agriculteur à leur service.
Son geste illustre concrètement le rôle déterminant que peuvent jouer les hommes dans l’autonomisation économique des femmes et la transformation des normes sociales au sein des communautés. Grâce aux activités de sensibilisation à la masculinité positive mises en œuvre dans le cadre du projet appuyé par le Comité japonais pour l’UNICEF, 100 hommes issus des communautés ciblées ont été formés et sensibilisés à l’égalité de genre, à l’importance du partage du pouvoir décisionnel au sein des ménages et à la nécessité de garantir aux femmes un accès équitable aux ressources productives. Cette évolution des attitudes a favorisé un environnement plus favorable à l’entrepreneuriat féminin, renforçant ainsi la participation des femmes aux activités économiques, leur autonomie financière et leur pouvoir de décision au bénéfice de l’ensemble des ménages et de la communauté.
Les membres des coopératives ont également été formés à la production, à la transformation et à la commercialisation d’aliments complémentaires nutritifs fabriqués à partir de produits locaux. Ces apprentissages ont intégré des compétences pratiques en bonnes pratiques d’hygiène et de fabrication, notamment le lavage des mains, la propreté des ustensiles, le tri des matières premières, la protection des aliments contre la poussière et les contaminations, ainsi que le respect des étapes simples de préparation, de séchage, de conditionnement et de stockage.
À Guiembé, les femmes produisent et stockent notamment des céréales et des arachides. Une partie des récoltes est revendue quelques mois plus tard afin de générer des bénéfices, tandis qu’une autre est réservée à la consommation familiale. Les produits sont progressivement mieux triés, séchés hors sol et conservés à l’abri de l’humidité, des insectes et des moisissures, afin de préserver leur qualité sanitaire et nutritionnelle. Les membres contribuent également à l’alimentation des élèves en offrant du riz et des arachides aux cantines scolaires de la localité.
La coopérative compte environ 150 membres, dont une majorité de femmes. Celles-ci ont aussi créé cinq Associations villageoises d’épargne et de crédit, ou AVEC, regroupant chacune 30 personnes. Grâce à leurs cotisations, elles peuvent obtenir de petits crédits, financer leurs activités génératrices de revenus et s’entraider en cas de besoin.
Pour Djenebou, cette solidarité a permis de développer une activité agricole et d’améliorer les repas de sa famille.
Grâce à l’AVEC, j’ai eu suffisamment d’argent pour cultiver du piment et du gombo. Les revenus de ces récoltes me permettent de nourrir mes enfants
Avec l’accompagnement du Programme national de nutrition et de l’UNICEF, les femmes ont également renforcé leurs connaissances en matière d’organisation, d’hygiène, de sécurité sanitaire des aliments et de nutrition des enfants. Elles ont notamment appris à mieux conserver les céréales, à éviter le contact direct des aliments avec le sol, à reconnaître les produits altérés ou moisis, et à préparer des bouillies adaptées aux besoins nutritionnels des plus jeunes dans de meilleures conditions d’hygiène.
Avant, je faisais sécher mes céréales directement sur le sol. On m’a appris que ce n’était pas hygiénique, car les grains peuvent être contaminés par la poussière, les animaux ou l’humidité. Aujourd’hui, je fais plus attention au séchage, au tri et à la conservation. J’ai aussi appris à préparer des bouillies nutritives pour mon bébé.
Cette évolution doit se poursuivre grâce à l’installation de l’unité de transformation,qui permettra aux membres de conserver leurs récoltes dans de meilleures conditions et de transformer progressivement des produits locaux en aliments nutritifs destinés aux enfants. L’unité offrira aussi un cadre plus adapté à l’application des bonnes pratiques de fabrication, avec une meilleure organisation des espaces de travail, la séparation des matières premières et des produits finis, le nettoyage régulier du matériel, le conditionnement approprié et le suivi de la qualité des aliments transformés.
La production locale contribue déjà à diversifier l’alimentation des familles. Grâce aux champs et aux jardins, elles ont davantage accès à des céréales, des arachides et des légumes comme le gombo et l’aubergine.
Pour Yéo, les effets sont visibles jusque dans les repas servis au sein des ménages. Autrefois, explique-t-il, certaines sauces étaient essentiellement composées d’eau, de sel et de piment. Désormais, les légumes cultivés localement permettent de préparer des repas plus variés.
« Aujourd’hui, nous mangeons mieux. Nous avons des aubergines et du gombo. Quand j’ai constaté ces bienfaits, je n’ai pas hésité à donner mes terres », affirme-t-il.
En partageant une partie de son héritage et en travaillant aux côtés des femmes, Yéo montre qu’un homme peut devenir un véritable allié de leur autonomie et un champion de la nutrition des enfants.