Ebola : la menace persiste dans les villages situés sur le corridor fluvial
La mobilisation des communautés : une mesure préventive efficace
Les départements de Cuvette, Likouala, Plateaux et Pool, partagent une frontière fluviale de près de 600 km avec la République Démocratique du Congo (RDC) le long des fleuves Congo et Oubangui. Ici, le risque d’importation de la maladie à virus Ebola (MVE) démeure élevé en particulier les zones se situant près de la province de l'Équateur en RDC, qui était l’épicentre de la 11ème épidémie de MVE. C’est le cas du district de Ngabe, dans le Département du Pool.
« Le mouvement de la population entre notre pays et la RDC est très intense. » témoigne Yvette, secrétaire générale du quartier de Ndzio dans le district de Ngabe. « La plupart de personnes d’ici, nous allons nous faire soigner en RDC dans un village qui s’appelle Kwamouth. De la même manière, plusieurs personnes quittent la RDC chaque jour pour venir vendre leurs produits dans nos marchés ici à Ngabe. Les principales activités ici sont la pêche, l’agriculture et surtout le commerce dans les marchés le long du fleuve. Tout cela augmente le risque d’une épidémie d’Ebola dans notre région. »
La proximité des deux pays : une facilité de propagation du virus
Les facteurs de risque de transmission de la MVE dans la République du Congo sont les mouvements de la population sur les voies navigables entre la République du Congo et la RDC et les marchés forains au bord du fleuve, la faible connaissance des pratiques d'hygiène de base dans cette zone reculée du pays, un mauvais système de notifications des cas suspects, ainsi que les pratiques traditionnelles néfastes favorables à l'apparition de la maladie, comme la consommation de viande de brousse.
Le virus qui cause la maladie Ebola, en effet, est transmis à l’homme par des animaux sauvages, comme des chauves-souris frugivores, des porcs-épics et des primates, qui font partie de l’alimentation quotidienne des communautés dans cette zone rurale du Congo. Le virus d’Ebola se propage ensuite au sein de la population humaine par contact direct avec des organes, du sang, des sécrétions ou d’autres de fluides corporels de la personne infectée, et des objets ou surfaces contaminées par ces liquides, comme le linge de lit et les vêtements. Le virus Ebola persiste aussi au niveau des organes sexuelles comme les gonades de certains survivants à l'infection jusqu'à plusieurs mois après la guérison.
Engager les communautés pour une meilleure prévention
En septembre 2020, la République du Congo, avec l’appui de l’Organisation Mondiale de la Santé, a actualisé le plan national de préparation à la riposte à l’épidémie de la MVE.
Grâce au fonds USAID, UNICEF et son partenaire ACTED, travaillent pour renforcer la résilience de sept districts à haut-risque Ebola : Ngabe, où Yvette habite, et aussi Impfondo, Liranga, Makotimpoko, Mpouya, Mossaka, et Loukolela. Les activités de préparation incluent la communication sur les risques et l’engagement communautaire, le placement des dispositifs de lavage des mains dans les lieux publics et la distribution de kits d’hygiène aux ménages pour la prévention et le contrôle des infections (PCI-WASH).
Depuis décembre 2020, grâce au financement USAID, 180 dispositifs de lavage de mains ont été distribués dans les lieux publics comme les marchés, les églises, les ports et les écoles. Des kits PCI-WASH incluant, le savon, des masques, des aquatabs et des récipients sûrs pour le traitement de l’eau à domicile ont été distribués à plus de 40,000 personnes.
L’importance de la prévention et de la préparation
Une éventuelle épidémie de la MVE dans ces zones rurales de la République du Congo aurait un impact économique et social très négatif, en particulier pour les enfants et les femmes, en raison de l’accès limité aux services de base de santé dans ces zones reculées du pays. Afin de renforcer les capacités des populations dans la prévention et la préparation, plus de 34,000 personnes ont été sensibilisées à travers des messages sur la prévention de la MVE et l’accès aux services. 200 agents communautaires et 48 représentants des comités des marchés, associations des chasseurs, leaders communautaires et crieurs ont participé à des séances de renforcement des capacités sur la prévention de la MVE. UNICEF a également fourni aux agents de santé et aux membres de la communauté environ 10 000 supports de communication, comme des affiches et dépliants, avec des messages vitaux sur comment se protéger d’Ebola, sur l’importance du lavage des mains et sur comment identifier des cas suspects.
« Lors des sensibilisations, on nous a expliqué quelles sont les mesures de prévention pour lutter contre Ebola. On nous a parlé des symptômes, comme la diarrhée et une forte fièvre, et de la conduite à prendre s’il y a un cas suspect. On nous a aussi dit de ne pas manger les animaux de brousse déjà morts. On nous a dit qu’il ne faut pas toucher une personne qui est malade et que s’il y a un cas suspect il faut isoler la personne et prévenir le médecin à l’hôpital. » ajoute Yvette. « Je pense que les informations que nous avons reçues vont changer la vie de plusieurs personnes dans notre village, surtout les habitudes et comportements dangereux. Je suis vraiment très satisfaite : c’est la première fois qu’on voit une association venir faire des sensibilisations ici dans notre district. » conclut Yvette.
Bien que la 11ème épidémie d’Ebola dans la province d’Équateur en RDC soit officiellement terminée à la fin de 2020, le risque de résurgence de la maladie demeure si les mesures préventives ne sont pas respectées. Il est donc urgent de continuer à investir dans la capacité de résilience de la population, ainsi que renforcer la capacité du système sanitaire et social pour se préparer et, éventuellement, réagir à une potentielle épidémie d’Ebola dans le Nord du Congo.