Lorsque les communautés prennent les choses en main, c’est la vie en mieux !
Arnakou Gadoua, un modèle de résilience communautaire en marche
Sous l’ombre généreuse d’un grand arbre de la cour, le silence se brise au rythme des conversations animées. Ce matin, Zeneba Ali Sani accueille à son domicile une cinquantaine de femmes, pour une rencontre du groupe d’apprentissage et de suivi des pratiques d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant (GASPA). Assise face au groupe, Zeneba, l’animatrice, capte toute leur attention.
Avant, beaucoup de femmes accouchaient à la maison sans effectuer de consultations prénatales, et les enfants n’étaient pas enregistrés à l'état civil. Aujourd’hui, les choses changent progressivement. Les femmes retardent même leurs activités pour participer aux animations GASPA. Elles veulent apprendre, comprendre, et améliorer leurs conditions de vie, en adoptant les meilleures pratiques.
Formée par l’ONG BASE (Bureau d’Appui Santé et Environnement), une organisation partenaire de l’UNICEF, Zeneba anime depuis six mois les rencontres mensuelles à Arnakou Gadoua, un village situé à près de 80 kilomètres de Mao, dans la province du Kanem, dans l’ouest du Tchad. Les séances réunissent des femmes enceintes et des mères allaitantes d’enfants âgés de moins de deux ans. Ensemble, elles discutent de pratiques familiales essentielles liées à la nutrition, l’hygiène et la santé maternelle et infantile, afin d’encourager l’adoption de bonnes pratiques au sein de la communauté.
Au fil des mois, les animations GASPA sont devenues bien plus qu’un simple groupe d’échange. Elles constituent un véritable moteur de transformation sociale et d’engagement communautaire qui rassemble et inspire des changements durables au sein de la communauté, où les familles peuvent bénéficier de multiples services.
Zeneba est mère de deux enfants: Achta, 8 ans, en classe de CP2, et Ousman, 6 ans, au CP1, tous deux scolarisés à l’école du village. Grâce à l’implication de l’Association des parents d’élèves, les mentalités évoluent ; l’éducation n’est plus perçue comme un choix ou un privilège, mais comme une priorité pour chaque enfant. « Les classes ont repris et vous voyez l'enthousiasme des enfants et des parents », affirme Zeneba.
Selon Kalkid Dairou, responsable du centre de santé d’Arnakou Gadoua, l’influence des GASPA est bien réelle.
Il y’a encore quelques mois de cela, c’était difficile de convaincre les parents à faire vacciner leurs enfants, et les consultations prénatales étaient très rares. Aujourd’hui, grâce aux GASPA et à la sensibilisation communautaire, les familles viennent d’elles-mêmes.
Pour garantir la participation active des communautés et la durabilité des actions, l’UNICEF, avec le soutien de l'ONG CIAUD (Comité International d’Aide d’Urgence et de Développement), a mis en place une structure communautaire fédératrice.
Cette structure réunit toutes les composantes du village et s’appuie sur plusieurs groupes issus au sein même de la communauté : l’Association des parents d’élèves, les groupes GASPA, les Comités chargés de l’eau, de l’hygiène, de la sécurité alimentaire et de la cohésion sociale. Ensemble, ces groupes soutiennent les initiatives déployées, pour renforcer la résilience de la communauté.
Zeneba, elle, dirige le GASPA, très engagé dans les questions de santé, d’hygiène et de nutrition.
C’est d’ailleurs dans cette dynamique collective que l’approche Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC) a vu le jour à Arnakou Gadoua. En rassemblant les habitants autour d’un objectif commun, vivre dans un environnement plus sain, cette approche responsabilise chacun. Grâce à elle, les familles construisent leurs propres latrines, mettent fin à la défécation à l’air libre et contribuent à faire d’Arnakou Gadoua un village plus propre, dont tous sont fiers.
Aujourd’hui, cette approche est mise en œuvre dans 526 villages et 50 écoles répartis dans six cantons, dont 498 sont déjà en phase de certification « fin à la défécation à l’air libre ». « Ne pas disposer de ses propres latrines familiales aujourd’hui est devenu comme une honte ici à Arnakou » rajoute Zeneba.
Alors que les échanges se poursuivent, un autre sujet anime les discussions : l’enregistrement des naissances. Pendant longtemps, beaucoup d’enfants naissaient sans acte de naissance, donc sans aucune existence officielle. « Je connais des jeunes qui ont obtenu leur acte de naissance après l’âge de 16 ans, et leurs parents ont dû payer jusqu’à 3 500 francs CFA ($5.74) à des personnes qui ont proposé de faciliter la démarche administrative. », raconte Zeneba.
Avec le soutien de l’UNICEF, un guichet d’enregistrement a été installé au district de Rig-Rig, un village voisin, facilitant désormais la déclaration des naissances. Au centre de santé d’Arnakou Gadoua, Kalkid remplit les fiches des nouveau-nés et les transmet au guichet pour l’établissement des actes de naissance. Quelques jours plus tard, les documents officiels reviennent au village et sont remis aux parents. « Un enfant sans acte de naissance, c’est un enfant que le pays ne reconnaît pas, et qui ne pourra pas bénéficier de ses droits », rappelle Zeneba aux femmes du GASPA.
Ces initiatives, mises en œuvre dans le cadre du Partenariat pour la Résilience au Sahel, sont financées par la Coopération allemande et portées conjointement par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) l’UNICEF et la GIZ.
À travers ces efforts conjoints, Arnakou Gadoua trace le chemin d’un avenir où ses communautés, plus fortes, solidaires et résilientes, prennent en main leur destin face aux défis du quotidien.