Mayaz, un rêve plus grand que les frontières
« Je suis prête à tout pour continuer mes études », Mayaz, 19 ans, réfugiée soudanaise
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Hors de question pour elle de rester à la maison à ne rien faire. Malgré le soleil brûlant, Mayaz, 19 ans, se rend régulièrement à pied dans un Centre de formation du camp de Farchana. Là, elle effectue des recherches sur internet, explore de nouvelles pistes et tente, jour après jour, de trouver les moyens de poursuivre ses rêves.
Lorsque la guerre a éclaté dans sa ville natale d’El Geneina dans l’ouest du Darfour au Soudan, elle a fui avec sa famille, sans presque rien d’autre que sa force, sa détermination et son courage. Aujourd’hui, Mayaz vit à Farchana dans l’est du Tchad, avec ses parents et ses cinq frères et sœurs. Leur arrivée au Tchad n’a pas été un choix, mais une nécessité vitale.
« Nous avons fui la guerre. D’abord, vers un village à environ deux heures de marche. Là-bas, il y avait aussi des attaques, et l’un de mes frères a même été touché par une balle à la jambe », raconte-t-elle.
Dans la panique, la famille se sépare. Quatre frères et le père partent dans une direction. Mayaz, leur mère et son frère blessé fuient de l’autre. « Nous avons caché mon frère sous des nattes. Si les hommes armés l’avaient vu, ils l’auraient tué. »
Contre toute attente, la famille parvient à se retrouver quelques jours plus tard dans un village abandonné. Ensemble, ils prennent alors une décision lourde de sens : quitter le Soudan. Le pays le plus proche et le plus accessible selon eux est le Tchad.
À leur arrivée à Farchana, une dure réalité de l’exil s’impose brutalement : le manque de nourriture, l’absence de logement, l’incertitude du lendemain, et pour Mayaz, la crainte profonde que ce soit la fin de ses études. Au fil des semaines, la situation s’améliore progressivement grâce à la solidarité des communautés locales et au soutien du gouvernement tchadien avec l’appui de plusieurs organisations humanitaires, dont l’UNICEF.
« Tout était difficile. Mais les gens me disaient de ne pas abandonner. Ils me rappelaient que je suis jeune et que j’ai encore l’avenir devant moi » ajoute Mayaz.
Puis, un jour, la jeune fille apprend que l’examen de fin de cycle secondaire soudanais, équivalent du baccalauréat, pourrait être organisé au Tchad pour les réfugiés. C’est une lueur d’espoir inattendue.
J’étais tellement heureuse ; mais je n’avais même pas de livres ni de cahiers pour réviser. Heureusement, il me restait mon téléphone. Je faisais souvent des recherches sur internet et je révisais seule, autant que je pouvais.
Une première annonce laisse donc entrevoir la possibilité de l’examen. Puis, plus rien. Des mois passent et la déception est immense; jusqu’au jour où l’information revient. Cette fois-ci, c’est pour de bon.
Au camp de Farchana et dans toutes les localités accueillant des réfugiés, l’information circule. Des séances de révision sont mises en place un peu partout.
Grâce aux autorités tchadienne et soudanaise avec l’appui de l’UNICEF et de plusieurs autres organisations partenaires, le baccalauréat soudanais est organisé en septembre 2025, offrant l’opportunité à près de 5.000 étudiants réfugiés de finaliser leur cursus scolaire.
A l’approche de l’examen, Mayaz se rend à Hadjer Hadid, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Farchana, pour prendre part aux épreuves. S’ensuivent des jours d’efforts, d’angoisse et d’attente. Puis vient enfin le jour des résultats.
Mayaz a décroché son diplôme et se hisse même à la première place du centre d’examen, avec une moyenne de 74,7%.
Quand j’ai appris que j’avais réussi à l’examen du baccalauréat, j’ai pleuré. C’était trop d’émotions. Après tout ce que j’ai traversé, j’ai pu obtenir mon baccalauréat ; cela prouve que tout est vraiment possible dans la vie.
Dans l’organisation de cette initiative exceptionnelle, L’UNICEF, en collaboration avec les autorités et d’autres partenaires, a apporté un appui essentiel, notamment des supports pédagogiques et des sessions de préparation aux examens ; un transport sécurisé depuis les camps de réfugiés vers les centres d’examen et d’hébergement ; un soutien psychosocial et des services de protection de l’enfance ; ainsi qu’une coordination avec les autorités éducatives afin de garantir la reconnaissance des résultats.
Aujourd’hui, Mayaz nourrit une ambition claire : devenir médecin. Animée par une détermination sans faille, elle multiplie les démarches pour poursuivre ses études et parvient même à obtenir une préinscription à la faculté de médecine de l’Université de Khartoum. Mais l’avenir reste toujours incertain. Les frais de scolarité, la sécurité, le voyage… autant de questions qui l’assaillent.
Je sais que c’est risqué de retourner au Soudan. Mais Je suis prête à tout pour continuer mes études, où que ce soit.
L’étape importante du baccalauréat a été franchie. Mais, le chemin est encore long.
En attendant que son propre avenir se dessine davantage, Mayaz choisit de faire grandir celui des autres. À Green Island, un Centre de langues proche de son domicile, elle enseigne l’anglais aux plus jeunes. Souvent rémunérée, parfois non, mais toujours engagée avec la volonté de rester active et de continuer à tracer son chemin par tous les moyens.