L'engagement d'une jeune réfugiée soudanaise pour l'alphabétisation

« Ils partagent avec nous leurs terres, je partage avec eux mes connaissances ; je me souviendrai toujours de mon passage au Tchad et les Tchadiens se souviendront aussi de moi »

Aldjim Banyo Martial
Mouwahib during a literacy lessons
UNICEF TCHAD/2023/Banyo
13 février 2024

« Ils partagent avec nous leurs terres, je partage avec eux mes connaissances ; je me souviendrai toujours de mon passage au Tchad et les Tchadiens se souviendront aussi de moi » témoigne Mouwahib Mahamat Adam, une jeune fille de 23 ans, a trouvé au Tchad après avoir été contrainte de quitter le Soudan en raison de la guerre qui y a éclaté au mois d’avril 2023. 

Sous le grand arbre du village de Guindo, une vingtaine de jeunes filles et garçons sont rassemblés, assis sur une bâche étalée à même le sol. Ils écoutent attentivement cours de lecture et d'écriture dispensés par Mouwahib. 

Mouwahib during a literacy lessons
UNICEF/2023/Banyo Mouwahib pendant un cours d'alphabétisation

Alors qu’elle était sur le point de terminer ses études de biologie à l’université d’Al-Genaïna au Soudan, Mouwahib a fui vers Adré, au Tchad, avec sa famille. Elle a ensuite été relocalisée et installée dans le camp de réfugiés d’Ourang, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière. Sur place, le minimum est assuré- un abri, des vivres et de l’eau, mais pour  Mouwahib le choc est grand de passer d’une vie citadine à un petit village. Avant la crise, le village de Guindo abritait environ 2000 habitants, dont la plupart sont des agriculteurs et des éleveurs, qui ne sont jamais allés à l'école et ne connaissent aucune des langues officielles du Tchad. Dans le village comme dans le camp de réfugiés, les jeunes sont inquiets parce qu’ils estiment que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte et sont exposés quotidiennement aux risques de violence intercommunautaire. Les jeunes filles sont aussi préoccupées par les risques de violences basée sur le genre, en particulier les violences sexuelles.  

L’UNICEF a aidé la délégation de la jeunesse du Ouaddaï à rassembler les jeunes autochtones et réfugiés dans le cadre d'un programme d'engagement communautaire. Les participants sont invités à réfléchir aux défis communs auxquels ils sont confrontés en raison de cette nouvelle situation, notamment les problèmes de cohabitation, et à trouver des solutions pour améliorer la vie autour d’eux.  

Au cours d’une démonstration de sensibilisation au traitement de l’eau, organisée par la délégation de la jeunesse du Ouaddai et l’UNICEF, les intervenants se sont rendu compte qu’ils avaient du mal à se faire comprendre. La plupart des apprenants, en particulier les autochtones, ne maîtrisaient pas l’arabe. Mouwahib a donc proposé de les aider, et de traduire en massalit, la langue locale parlée aussi au Darfour, la région soudanaise de l’autre côté de la frontière. 

Mouwahib during a literacy lessons
UNICEF TCHAD/2023/Banyo Alors qu’elle était sur le point de terminer ses études de biologie à l’université d’Al-Genaïna au Soudan, Mouwahib a fui vers Adré, au Tchad, avec sa famille

C’est à partir de là que Mouwahib a décidé d’organiser des leçons d’alphabétisation pour les jeunes autochtones. Conquis par l’idée, les jeunes du village ont construit un tableau noir et se sont cotisés pour acheter des craies. Le chef de village de Guindo lui-même a accordé un espace dédié à cet apprentissage.  

Trois fois par semaine, Mouwahib arbore sa tunique noire et passe autour de son épaule le petit sac qu'une travailleuse humanitaire lui a offert pour la remercier d’avoir assuré la traduction dans le camp. A l’intérieur du sac, se trouve un bloc note dans lequel elle a préparé la leçon du jour. Mouwahib traverse le camp, et marche jusqu’au village. A l’approche du village, très souvent, les enfants courent à sa rencontre, certains prennent son sac, d’autres tiennent sa main et la conduisent sous l’arbre ou l’attendent une vingtaine de jeunes de 14 à 22 ans. Chaque leçon dure deux heures, Mouwahib s’assure de faire participer tous les élèves qui se succèdent au tableau, avides d’apprendre. 

Mouwahib during a literacy lessons
UNICEF/2023/Banyo Mouwahib pendant un cours d'alphabétisation

« Je pensais qu’il était impossible pour une personne de mon âge d’apprendre à lire et à écrire ; nous étions renfermés sur nous-mêmes puisque nous ne connaissons aucune langue nationale pour discuter avec d’autres Tchadiens ou des étrangers. Depuis que j’ai commencé les leçons, je ne veux en rater aucune, rater je compte continuer à apprendre et je voudrais ensuite trouver une opportunité pour m’inscrire dans un cycle d’alphabétisation »

témoigne joyeusement Youssouf Ahamat Abakar, un jeune apprenant de 20 ans.  

Youssouf, qui au départ rechignait à ce que ce soit une fille qui lui donne des cours, est même devenu l’un des jeunes les plus engagés en faveur de l’éducation des filles. « Mouwahib est devenu notre sœur et grâce à elle, nous avons des relations de plus en plus fraternelles avec les réfugiés. Son engagement nous a fait comprendre aussi qu’une femme éduquée peut mieux servir les autres » dit-il. 

L’engagement de Mouwahib amène le village à ouvrir encore davantage la porte aux réfugiés qui peuvent venir trouver de l’ombre en journée sous les grands arbres, et discuter avec les autres. Abdoulaye Abakar, le chef de village de Dindo qui a décidé de céder un espace de terre cultivable à Mouwahib, voit avec beaucoup d’admiration la jeune fille apprendre aux autres à lire.

Mouwahib during a water treatment awareness demonstration
UNICEF/2023/Banyo Mouwahib sensibilisant sur le traitement de l'eau
Mouwahib during a water treatment awareness demonstration
UNICEF/2023/Banyo Mouwahib sensibilisant sur le traitement de l'eau

De retour au camp de réfugiés, Mouwahib cuisine pour sa mère et ses sœurs, puis se rend à l’espace des jeunes après sa sieste. Dans ledit espace mis en place par l’UNICEF et le gouvernement Tchadien, Mouwahib se joint aux autres jeunes dans le groupe qui planifie les activités de bonnes pratiques d’hygiène. Les jeunes entament ensuite des activités de porte à porte, pour apprendre aux familles à traiter l’eau de consommation afin d’éviter les maladies. Dans ces activités, les jeunes sont soutenus par l'UNICEF et les organisations non gouvernementales qui leur offrent des formations et leur fournissent les produits nécessaires au traitement de l’eau.