L'engagement des filles tchadiennes et réfugiées soudanaises pour l'hygiène menstruelle
L'engagement d'ibtihal et de ses amies en faveur de l'hygiène menstruelle à l'est du Tchad
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« Depuis que la frontière du Soudan est fermée, ma mère, qui vivait du commerce transfrontalier, n’a plus de revenus. Elle ne peut plus m’acheter de serviettes hygiéniques. Maintenant que j'ai appris à en fabriquer, je pourrai en avoir pour moi-même et en donner aux filles qui sont dans la même situation que moi ».
Ibtihal Oumar, 16 ans, vit à Adré, à l’est du Tchad. Sa ville a été submergée ces derniers mois par l’afflux de réfugiés fuyant les combats au Soudan voisin - plus d’un demi-million de personnes ont trouvé refuge au Tchad en 2023.
Sous le hangar construit dans la cour du centre culturel d’Adré, une dizaine de jeunes filles, réfugiées soudanaises et tchadiennes d’Adré, s’affairent. Certaines coupent du tissu en petits morceaux, d’autres les cousent, un troisième groupe repasse le produit fini : les serviettes hygiéniques lavables sont prêtes à être utilisées.
« Lorsque les réfugiés sont arrivés et se sont installés d’abord à l’intérieur du lycée d’Adré, les cours se sont arrêtés pendant plusieurs mois. J’étais désœuvrée et je m’ennuyais beaucoup »,
raconte Ibtihal. Sa mère, qui exerçait des activités commerciales entre le Tchad et le Soudan, s’est aussi brusquement retrouvée sans ressources quand la frontière a été fermée au transport des marchandises.
« Dans le passé, les filles utilisaient des serviettes hygiéniques jetables importées du Soudan, raconte Ibtihal. Maintenant, les rares serviettes hygiéniques qu’on trouve dans les magasins sont tellement chères que ma mère n’a plus les moyens d’en acheter. »
« Pendant mes menstrues, j’utilisais des morceaux de tissu que je trouvais à la maison pour me protéger, cela provoquait des démangeaisons et des risques d’infection. J’étais très inquiète parce que l’accès aux services de santé est devenu difficile en raison de l’afflux de réfugiés. »
explique Ibtihal.
L’idée de créer ces petites unités de fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables est née des jeunes filles elles-mêmes. Lors d’une consultation organisée par l’UNICEF, dans le cadre de sa collaboration avec les autorités tchadiennes pour encourager l’engagement des jeunes et des adolescents dans les activités communautaires, les jeunes filles originaires d’Adré et les filles réfugiées ont exprimé le besoin crucial de kits d'hygiène menstruelle.
Grâce à l'UNICEF, 50 jeunes filles réfugiées et autochtones, ont reçu du matériel de couture et ont été formées à la fabrication de serviettes hygiéniques par des Super Banat, des filles vivant à N’Djamena, la capitale tchadienne, et qui maîtrisent parfaitement ce domaine (lire plus sur les super banat).
Ibtihal habite avec ses parents et ses deux frères, elle apporte parfois son aide à sa mère dans les tâches domestiques. Ibtihal dirige un sous-groupe de six jeunes filles, âgées de 14 à 24 ans, qui viennent trois fois par semaine après les heures de classe pour fabriquer les serviettes hygiéniques. À terme, leur objectif est de fabriquer et de distribuer 5000 serviettes hygiéniques lavables.
Zara Loksala, une Super Banat de 24 ans, s'est rendue à l’est du Tchad, dans les camps de réfugiés à Adré, Farchana, Ourang et Mitché pour former les jeunes filles et adolescentes à la confection des serviettes hygiéniques réutilisables.
Rencontrer ces filles a été l’une de mes meilleures expériences. Ce fût un moment de partage. Nous avons découvert leur vécu et elles, le nôtre. C’est vrai qu’elles ont été obligées de se déplacer à cause de la guerre mais nous avons trouvé des filles courageuses et déterminées à agir. Il y avait parmi elles des étudiantes en médecine, des infirmières et des enseignantes qui ont mis à contribution leur talent. Par exemple à Ourang, un village situé à proximité du camp, une réfugiée soudanaise a décidé de dispenser des cours d’arabes aux enfants n’ayant pas la possibilité d’aller à l’école.
Nous avons rencontré des filles qui ont été victimes de violences sexuelles et qui ont eu des problèmes de santé sexuelle. Nous avons discuté avec elles et nous leur avons donné la possibilité de s’exprimer. Nous avons aussi partagé avec elles l’expérience des Super Banat en matière de lutte contre les violences basées sur le genre. L’idée est de faire d’elles des Super Banat dans les camps et être des porte-paroles des filles et des adolescentes. J’ai reçu les échos de certaines d’entre elles qui organisent déjà des causeries éducatives. Je pense qu’elles peuvent facilement apporter un changement positif. Je suis très contente parce que nous avons laissé une trace derrière nous.
A l'est du Tchad, dans les communautés affectées par l'arrivée des réfugiés du Soudan, l’UNICEF a appuyé la délégation de la Jeunesse du Ouaddaï, à mettre en place des espaces de jeunes, dénommés "Nadi Al Chabab". Ces espaces offrent un cadre sécurisé et accueillant où les jeunes réfugiés et autochtones peuvent se réunir, échanger et bénéficier de conseils. Les sujets abordés vont de l'accès à l'eau potable, à la promotion de l'hygiène dans leur environnement de vie, ainsi qu'à la manière de résoudre les conflits sans violence. Les adolescentes et jeunes filles ont également préoccupations et notamment sur les menaces de violence sexuelle. Ces initiatives visent à encourager le dialogue et la collaboration entre ces jeunes qui vivaient dans des pays différents, et à promouvoir une culture de solidarité et de compréhension mutuelle afin de faciliter la cohabitation.
Grâce à cette initiative, 228 jeunes réfugiés, et autochtones, dont 58 de la ville de Farchana, ont été formés à l'engagement communautaire, à la consolidation de la paix, à la lutte contre les violences basées sur le genre et aux bonnes pratiques d'hygiène.