En pirogue pour vacciner : quand l’eau n’arrête pas la mission

« Si nous n’allons pas vers les enfants pour les vacciner, le virus ira, et les paralysera. Alors, même si c’est en pirogue, nous irons. » Allayena, U-Reporter de Digo, 7ᵉ arrondissement de N’Djamena, Tchad

Aldjim Banyo Martial
Tôt ce matin, Allayena (23 ans), Denegue (18 ans) et deux autres jeunes U-Reporters se rendent très tôt au Centre de santé Ephraïm, dans le district sanitaire sud de N’Djamena. Leur objectif : accompagner les agents vaccinateurs dans leur propre quartier, Digo, partiellement isolé par les inondations.
UNICEF/2025/Banyo
07 novembre 2025

À Digo, un quartier périphérique de N’Djamena, les fortes pluies ont provoqué le débordement du bassin de rétention, isolant une partie du quartier du reste de la ville. Les routes sont devenues impraticables, et les motos, principal moyen de transport des habitants, ont été abandonnées. Pour rejoindre le centre-ville, il ne reste que deux options : nager ou prendre une pirogue. 

Tôt ce matin, Allayena, 23 ans, Denegue, 18 ans, et deux autres jeunes U-Reporters se rendent très tôt au Centre de santé Ephraïm, dans le district sanitaire sud de N’Djamena. Leur objectif : accompagner les agents vaccinateurs dans leur propre quartier, Digo, partiellement isolé par les inondations. 

Ils embarquent ensemble dans une pirogue en bois avec Ditchibé et Laoutaye, deux agents vaccinateurs du centre. Leur mission est claire : vacciner les enfants de l’autre rive du quartier, coupés du reste de la ville par les eaux, contre la poliomyélite. 

Durant la traversée.
UNICEF/2025/Banyo Durant la traversée.
Allayena, Denegue et Laoutaye, l'agent vaccinateur.
UNICEF/2025/Banyo Allayena, Denegue et Laoutaye, l'agent vaccinateur.

Ces enfants vivent dans une zone difficile d’accès, où les services de santé ne sont pas très disponibles à cause des ruptures des produits dû aux difficultés d’approvisionnement et de l’insuffisance du personnel médical dans le centre de santé qui couvre la zone. Sans cette intervention, ces enfants risqueraient de ne pas recevoir leur dose de vaccin, les exposant à un risque réel de paralysie.

Allayena, U-Reporter de 23 ans.
UNICEF/2025/Banyo Allayena, U-Reporter de 23 ans.

« On ne peut pas attendre que l’eau se retire. Les maladies, elles, n’attendent pas »,

explique Allayena pendant la traversée. 

À ses côtés, Stéphanie, une autre U-Reporter, ajuste la corde de sécurité de la glacière qu’elle a posé sur son genou, contenant les vaccins, maintenus à bonne température grâce à des packs de glace préparés la veille. Elle ajoute : 

Stephanie.
UNICEF/2025/Banyo Stéphanie.

« Nous n’avons pas peur de traverser l’eau en pirogue. C’est notre quartier. Pendant la moitié de l’année, nous l’utilisons pour aller à l’école, au marché, ou pour nos loisirs. Aujourd’hui, c’est pour vacciner les enfants. C’est encore plus motivant. » 

La traversée dure entre trois et cinq minutes. Le soleil tape fort, mais la détermination est intacte. À leur arrivée, femmes et enfants les accueillent avec curiosité. Les agents de santé administrent les doses aux enfants de 0 à 59 mois. Adnely, 3 ans, pleure d’abord, pensant qu’il va recevoir une piqûre. Mais son visage s’éclaire en sourire lorsqu’il comprend qu’il s’agit simplement de quelques gouttes orales.

En pleine vaccination.
UNICEF/2025/Banyo Durant l'administration du vaccin.

Les U-Reporters profitent de cette visite pour sensibiliser les parents sur l’importance de l’enregistrement des naissances. Ils expliquent les démarches à suivre pour obtenir un acte de naissance, document essentiel pour l’avenir de chaque enfant. 

Ce jour-là, 238 enfants sont vaccinés, s’ajoutant aux plus de 3 400 enfants vaccinés pendant les trois autres jours de campagne. Etonné par le nombre grand nombre d’enfants qui ne sont pas vaccinés, Mbaihasbé Laoutaye, responsable du Centre de santé Ephraïm qui couvre la zone décide de revenir le lendemain avec les U-Reporters vers un autre quartier encore plus isolé, avec la même énergie et la même détermination pour vacciner les enfants et encourager les parents à amener leurs enfants à la vaccination de routine qui se fait régulièrement au centre de santé. 

Laoutaye, affirme que l’appui des U-Reporters a permis d’augmenter la couverture vaccinale d’environ 20 % entre juin et octobre 2025, un progrès significatif pour sa structure. 

Au cours de ce mois d’octobre 2025, plus de 2 000 U-Reporters, filles et garçons, se sont mobilisés dans 18 provinces du Tchad pour soutenir la campagne nationale de vaccination contre la poliomyélite. Ce mouvement contre la poliomyélite, a commencé début 2025 avec seulement 150 jeunes volontaires, et attire aujourd’hui de plus en plus d’adolescents et de jeunes convaincus de l’importance de la vaccination et qui veulent contribuer à sauver des vies. 

Aujourd’hui, U-Report compte plus de 2 millions d’inscrits au Tchad. Ces adolescents et jeunes ont créé 64 communautés dans 19 des 23 provinces du pays, et organisé plus de 300 actions communautaires qui ont touché plus de 500.000 personnes depuis début 2025. 

Parmi ces actions, leur engagement pour la vaccination s’inscrit dans une initiative ambitieuse qu’ils ont dénommé « Génération sans polio », une mobilisation en soutien aux efforts du gouvernement et ses partenaires pour éradiquer la poliomyélite au Tchad.