La vaccination aux communautés les plus isolées en République centrafricaine
En RCA, de nombreuses personnes vivent dans des zones reculées, dépourvues de services essentiels. L'UNICEF et ses partenaires s'efforcent de les atteindre afin qu'aucun enfant ne soit privé de vaccins vitaux.
- English
- Français
Mandaba est un village de République centrafricaine (RCA) que vous ne trouverez pas sur la carte. Pourtant, Michel et Fabien, infirmiers du centre de santé de Kidigra, à Bambari, chef-lieu de la région, savent comment s'y rendre.
Plusieurs fois par mois, leur mission consiste à charger une moto de vaccins et à sillonner les routes accidentées de leur zone de desserte pour atteindre les communautés isolées. Mandaba est l'une des agglomérations abritant des communautés isolées, et leur mission est toujours la même : s'assurer que chaque enfant est entièrement vacciné, quel que soit son éloignement.
“J’adore mon travail,” dit Michel. “ Je le fais depuis 2020 et je suis heureux de contribuer à la santé de nos enfants.
Mandaba est à 20 kilomètres de Bambari. La distance paraît courte, mais à mesure qu'ils quittent la ville, les conditions routières deviennent plus difficiles.
Les fortes pluies du début de matinée ont rendu certaines portions du sentier glissantes, et la prudence est de mise. Ils ralentissent volontairement par endroits, notamment pour traverser un ruisseau sans pont.
À l'approche de Mandaba, ils s'arrêtent dans les maisons situées à la périphérie pour commencer à diffuser l'information concernant les bienfaits de la vaccination et la séance de vaccination a realiser; une tâche difficile sinon, car la zone n'a pas de réseau de téléphonie mobile.
La confiance est la clé.
Roger Mbengegui, le chef du village, a été prévenu à l'avance de leur arrivée et a rassemblé un groupe de parents - principalement des mères - venus avec leurs enfants à vacciner. Il informe que son village compte 460 habitants.
« Je suis heureux qu'ils soient venus aujourd'hui », déclaré-t-il. « Leur travail est la garantie que nos enfants grandiront en bonne santé. Sans eux, les mères auraient beaucoup de mal à parcourir à pied les 20 kilomètres qui les séparent de Bambari pour emmener leurs enfants se faire vacciner. »
Tandis que les deux infirmiers installent leur modeste structure à l'ombre généreuse d'un arbre, de plus en plus de personnes arrivent et bientôt, elles forment une petite foule. Fabien vérifie les carnets de vaccination des enfants et Michel s'adresse aux parents en Sango, la langue locale, les invitant à rester à jour dans leurs vaccins.
« La confiance est la clé. Au début, on voyait certains gens s'opposer aux vaccins, mais nous avons beaucoup sensibilisé et ce sont les parents dont les enfants sont en bonne santé après la vaccination qui ont convaincu les sceptiques. »
Flora Jouleko, mère de six enfants, fait partie de celles qui ont suivi les conseils de Michel avec sérieux. Elle montre fièrement le carnet de vaccination de son fils, Saturnino, âgé de deux ans, qui a reçu ce jour-là son dernier vaccin de routine, car dans le cadre de la stratégie de « grand rattrapage des enfants », les petits âgés de 12 à 59 mois sont vaccinés.
Avant de commencer les vaccinations, Michel et Fabien prennent le temps de vérifier patiemment que tous les enfants ont leur carnet de vaccination en règle et qu'il n'y a aucune erreur, afin de s'assurer que personne ne soit oublié.
Chaque jour, des centaines d'infirmiers comme Michel et Fabien interviennent dans des villages dispersés en République centrafricaine. Mener ce travail dans un pays comme la RCA est une tâche ardue ; le pays ne compte que quatre professionnels de santé de base pour 10 000 habitants (contre un objectif de 23 selon les normes de l'OMS).
La pauvreté, le manque d'infrastructures de base et les vagues de conflits violents ont fait que seulement un enfant sur sept est entièrement vacciné. Malgré cela, le Dr Osias Guerebiko, responsable du district sanitaire de Bambari, reste optimiste
"Ces dernières années, la stabilité s'est améliorée et nous pouvons nous concentrer sur la nécessité de garantir qu'aucun enfant ne soit laissé sans vaccination. Certaines zones souffrant d'insécurité intermittente restent toutefois difficiles d'accès »,
Les villages de la zone de Mandaba ont été tous brûlés lors des évènements de 2013 et 2014, et la zone avait été désertée. Aujourd’hui, les gens sont de retour et ils ont reconstruit leurs maisons, mais les traces du conflit ont laissé une population traumatisée et appauvrie.
Après une heure, une fois que chacun a été informé et en possession de son carnet de vaccination, la vaccination proprement dite commence. Les vaccins de routine comprennent, entre autres, des doses contre la rougeole et la poliomyelite.
Grâce au financement du King Salman Relief (Centre d'aide humanitaire d'Arabie Saoudite), l'UNICEF fournit 300 000 doses de vaccin antipoliomyélitiques oral bivalents et 115 000 doses de vaccin antirougeoleux, distribuées dans 24 des 35 districts sanitaires du pays. Ce soutien a également permis de fournir 35 réfrigérateurs solaires, 50 glacières ou caisses isothermes et 250 porte-vaccins, comme ceux utilisés aujourd'hui par Michel et Fabien. Enfin, 50 kits de médicaments de prise en charge des cas de rougeole ont été acquis et distribues dans les mêmes 24 districts sanitaires du pays grâce toujours au financement King Salman Relief.
Michel et Fabien l'ignorent peut-être, mais grâce au travail d'infirmiers dévoués comme eux, malgré tous les défis, la couverture vaccinale dans le pays en le Penta3 est passée de 86 % en 2022 à 97 % en 2024. Lors des deux campagnes nationales de l'année dernière, 1,9 million d'enfants âgés de 0 à 59 mois ont été vaccinés contre la polio, dépassant largement l'objectif de 1,66 million.
L'accès aux vaccins en RCA s'est également considérablement amélioré grâce au renforcement de la chaîne du froid pour maintenir les vaccins à la bonne température. En 2024, 83 % des formations sanitaires du pays étaient équipées de réfrigérateurs et de congélateurs solaires, et en fin 2025, ce pourcentage atteindra 95 %, avec l’ensemble de 500 réfrigérateurs et 30 congélateurs en cours d’installation.
À l'approche du coucher du soleil, Michel et Fabien rangent leur matériel, se disent au revoir et entament le voyage de retour vers leur base. La semaine prochaine, ils visiteront un autre village. Qu'il apparaisse ou non sur la carte importe peu, pourvu qu'il y ait des enfants : des enfants qui ont de meilleures chances de démarrer leur vie en bonne santé grâce aux vaccins qu'ils reçoivent.