Les héros qui combattent la polio en République Centrafricaine

Sous la coordination du Ministère de la Santé et de la Population, avec le soutien des partenaires de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite, des milliers d'équipes de vaccinateurs bénévoles issus des communautés font du porte-à-porte

Jose Carlos Rodriguez Soto/ UNICEF RCA
Merveille Bembe, vaccinatrice bénévole à Bangui, vaccine un enfant contre la polio
UNICEF/Rodriguez
29 avril 2026

Mercie Yambouka connaît par cœur chaque ruelle de son quartier de Ngongo, situé au cœur du 8e arrondissement, quartier animé et densément peuplé de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. À l’aube, vêtu du gilet jaune vif des agents de santé communautaires, il quitte le centre de santé principal où il s’est brièvement présenté pour prendre son service et s’engage dans le dédale boueux des chemins qui sillonnent son secteur.

Lorsqu’il arrive au dispensaire Saint-Martin-de-Porres, où les vaccins sont conservés en toute sécurité dans des réfrigérateurs alimentés à l’énergie solaire, il rejoint les deux autres membres de son équipe. Ensemble, ils récupèrent les doses de vaccin antipoliomyélitique oral et les placent soigneusement dans une glacière. Avant de partir pour leur journée de travail, l’équipe se réunit avec le Dr Johnny, leur superviseur, et passe en revue leur liste de contrôle pour s’assurer que tout est en ordre.

« Cela fait maintenant deux ans que j’exerce ce métier, et cela me remplit de joie de savoir que je contribue à préserver la santé des enfants de mon pays. Je suis fier de faire partie d’une équipe formidable : dans notre district, il y a 38 équipes, chacune composée de trois ou quatre personnes. Le Dr Johnny nous aide à nous coordonner efficacement pour qu’aucun enfant ne soit laissé de côté. Nous allons de maison en maison et, jusqu’à présent, on peut dire que nous sommes bien accueillis partout. »

Merci Yambouka, agent de de santé communautaire.

Cette même opération se déroule simultanément dans tout le pays, grâce au dévouement de milliers de bénévoles. « Aucun d’entre nous n’est rémunéré pour ce travail », explique Mercie. « Nous commençons à sept heures du matin et finissons vers trois heures de l’après-midi. À la fin de chaque journée, on nous remet environ deux mille cinq cents francs CFA chacun (soit l’équivalent de trois euros) à titre d’indemnité de bénévolat, afin que nous puissions acheter de quoi manger et payer notre transport pour rentrer chez nous. »

En 2025, près de 2,5 millions d’enfants âgés de 0 à 5 ans ont été vaccinés contre la poliomyélite en République centrafricaine. La campagne de cette année devrait toucher le même nombre d’enfants, grâce à un effort conjoint du Ministère de la Santé et de la Population, de l’UNICEF et de l’OMS, avec le soutien financier de donateurs de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite, notamment Gavi, l'Alliance Mondiale des Vaccins, le Centre for Disease Control (CDC) et Rotary International. 

« Nous obtenons pour cette campagne des résultats très encourageants, malgré les défis dans la mise en œuvre. Grâce à ce fort engagement de toutes les parties, la République centrafricaine conserve son statut de pays exempt de polio virus sauvage depuis l’année 2020. »

Dr Bruno Aholoukpe, responsable de la section Santé de l’UNICEF en RCA.
Le Dr Johnny, responsable de la campagne de vaccination contre la polio dans le 8e arrondissement de Bangui, discute avec Mercie et Merveille avant que l'équipe ne parte faire du porte-à-porte
UNICEF/Rodriguez Le Dr Johnny, responsable de la campagne de vaccination contre la polio dans le 8e arrondissement de Bangui, discute avec Mercie et Merveille avant que l'équipe ne parte faire du porte-à-porte

Depuis de nombreuses années, l'UNICEF et l'OMS, son agence sœur, œuvrent avec les partenaires de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite à l'éradication de la poliomyélite à travers l'Afrique, en apportant leur soutien aux gouvernements nationaux. Bien que la République centrafricaine ait été certifiée exempte de poliomyélite due au poliovirus sauvage, l'UNICEF continue de se concentrer sur la prévention d'une résurgence du virus dérivé de souche vaccinale, en aidant à organiser des campagnes de vaccination de masse au niveau communautaire et en jouant un rôle de veille face à d'éventuelles flambées épidémiques, y compris celles provenant d'autres pays de la sous-région.

Mercie et ses collègues Merveille et Axele constituent l’un des nombreux maillons de cette immense chaîne.

Alors qu’ils se mettent en route pour la journée, la pluie commence à tomber, mais ni les gouttes de pluie ni les sentiers boueux qui ne manquent de les faire glisser et tomber ne parviennent à tempérer leur enthousiasme. Ils arrivent à la première maison de leur itinéraire du jour, où le responsable de quartier et une autre équipe de trois jeunes agents de terrain les attendent. Ils les accueillent chaleureusement. Au cours des deux jours précédents, une quarantaine de ces équipes ont préparé le terrain dans la commune, allant de maison en maison et de marché en marché pour informer les habitants que la campagne de vaccination commence aujourd’hui.

Okta, une femme d’une trentaine d’années, s’approche de l’équipe, accompagnée de ses enfants Insala, âgée d’un an, et Adam, âgé de trois ans. La petite pleure et a besoin d’être rassurée, tandis que son grand frère s’avance d’un pas décidé, la bouche grande ouverte, prêt à recevoir les gouttes. On marque son doigt au feutre. Tout le monde applaudit, puis ils partent vers la maison suivante, située à quelques mètres de là.

« Ça se passe bien », dit Merveille avec conviction. « Ici, on n'a pas le problème des sceptiques vis-à-vis des vaccins. »

L'équipe composée de Mercie, Merveille et Axele passe un moment de détente avec les enfants du quartier
UNICEF/Rodriguez L'équipe composée de Mercie, Merveille et Axele passe un moment de détente avec les enfants du quartier

Ce succès s'explique en partie par l'action des animateurs communautaires, qui sont des personnalités locales reconnues et qui mettent à profit leur connaissance du terrain et leur réseau de relations pour fournir des informations, un soutien et des soins lors de visites à domicile. De plus, le recours aux médias de masse – en particulier la radio – ainsi que l'implication d'influenceurs tels que les chefs de quartier ou de village et les chefs religieux ont permis de renforcer la diffusion d'informations essentielles.

À la maison suivante, Triomphe, âgé de trois ans, s'avance d'un pas assuré pour recevoir son goutte-à-goutte. Son père l'accompagne avec ses deux petits frères. Tous les voisins remercient l'équipe de vaccinateurs et d'agents de terrain, qui poursuivent ensuite leur chemin ensemble.

Une équipe composée de vaccinateurs et d'animateurs communautaires accueille les mères qui viennent amener leurs enfants se faire vacciner contre la polio à l'entrée d'un marché local du quartier de Ngongono, à Bangui.
UNICEF/Rodriguez Une équipe composée de vaccinateurs et d'animateurs communautaires accueille les mères qui viennent amener leurs enfants se faire vacciner contre la polio à l'entrée d'un marché local du quartier de Ngongono, à Bangui.

À environ un kilomètre de l'endroit où l'équipe de Mercie mène ses activités, une autre équipe interinstitutionnelle a mis en place un centre de vaccination improvisé à l'entrée d'un des marchés locaux. Les mères venues faire leurs achats ou vendre leurs produits s'y rendent en toute confiance, leurs tout-petits sur les genoux.

« Aujourd’hui, nous prévoyons de vacciner au moins 90 enfants. Et nous poursuivrons cette campagne pendant les trois prochains jours jusqu’à ce que nous ayons couvert tous les foyers de notre secteur », explique Christelle, la responsable de l’équipe.

Les 38 équipes de santé communautaires du 8e arrondissement de Bangui font partie des milliers de groupes déployés dans tout le pays pour s'assurer qu'aucun enfant ne soit laissé sans vaccination. Les résultats sont encourageants, comme le conclut le Dr Bruno Aholoukpe : « En République centrafricaine, l'éradication totale de cette maladie est en marche. Et ensemble, nous allons y arriver. »