Du scepticisme à l'acceptation
Bien que la plupart des habitants de la RCA reconnaissent les bienfaits des vaccins, certains nourrissent encore des craintes qui les empêchent de faire vacciner leurs enfants. L'UNICEF et ses partenaires s'efforcent de lutter contre ces idées reçues.
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Pour Marie Louise Yassimandi, ses deux premiers enfants n’avaient jamais eu le moindre problème avec leurs vaccins. Aujourd’hui âgés de 10 et 8 ans, ils ont suivi le calendrier vaccinal complètement et ont grandi en bonne santé.
Mais les choses se sont passées différemment avec son plus jeune enfant, Moïse, aujourd’hui âgé de 20 mois. Après qu’il eut été vacciné lors de la précédente campagne de vaccination contre la polio, Marie Louise s’est inquiétée, comme elle le raconte :
« Mon enfant a eu de la fièvre et de la diarrhée, et j’ai soudain été envahie par la peur. Des proches m’ont dit que c’était à cause du vaccin. Pendant un certain temps, je les ai crus, alors quand est venu le moment de lui administrer une autre dose, j’ai refusé. C’est donc sa grand-mère qui s’en est chargée. »
Marie Louise vit avec ses trois enfants et leur grand-mère à Yongoro, un quartier animé du 7e arrondissement de Bangui. Il y a quelques jours, pendant la campagne nationale de vaccination contre la poliomyélite en République centrafricaine, des équipes de vaccinateurs bénévoles ont commencé à faire du porte-à-porte pour administrer le vaccin aux enfants âgées de 0 à 59 mois.
Lorsqu'ils ont rencontré Marie Louise, elle a marqué un refus à la vaccination du petit Moïse, les bénévoles ont suivi la procédure et ont signalé le cas à leurs superviseurs au centre de santé de Kassaï et par la suite au district sanitaire de Bangui 1.
« Les superviseurs ont alors contacté notre unité SBC, la section de l’UNICEF chargée de promouvoir le changement social et comportemental », explique Crepin Ngassa, membre de l’équipe de supervision nationale de la campagne. « En appui à l’équipe des superviseurs du district sanitaire de Bangui 1, nous sommes allés rencontrer la mère. Un seul enfant non vacciné, c’est un de trop. Une intervention rapide peut faire la différence entre un enfant en bonne santé et un enfant qui souffrira d’un handicap à vie — ou pire encore. »
À la suite de longs échanges, Marie Louise a accepté que son enfant reçoive le vaccin. Après l’administration du vaccin, le Dr Bruno Aholoukpe, Chef section santé-nutrition à UNICEF, qui faisait partie de l’équipe a examiné le petit Moïse et a proposé à sa maman de les conduire au centre de santé afin que ce dernier fasse quelques examens. Là-bas, il a subi un test de dépistage du paludisme et le résultat s’est révélé positif. À ce moment-là, elle a compris ce qui s’était réellement passé :
« Quand j’ai vu de mes propres yeux que mon enfant avait le paludisme, j’ai compris que ce n’était pas forcément le vaccin qui, la dernière fois, lui avait donné la fièvre et la diarrhée. Il a été soigné et s’est rapidement rétabli. Aujourd’hui, je n’ai plus aucune crainte vis-à-vis des vaccins.»
L’histoire de Marie Louise montre que les manifestations qu’on observe souvent après avoir fait vacciner un enfant ne sont pas toujours dus au vaccin. Cette histoire révèle également comment les équipes de vaccination y compris les mobilisateurs sociaux — coordonnés par le centre de santé et travaillant en étroite collaboration avec l’UNICEF — peuvent identifier les familles qui hésitent à vacciner leurs enfants et contribuer à changer les mentalités. Grâce à un engagement direct et personnel au sein de la communauté, ils parviennent souvent à instaurer la confiance et à apaiser les craintes de manière à faire une réelle différence.
Moïse n'a pas encore deux ans, mais sa mère pense déjà à son avenir :
« Je veux qu'il aille à l'école, comme son frère et sa sœur. Une fois qu'il aura reçu tous ses vaccins, je sais qu'il sera bien protégé contre de nombreuses maladies. »
Grâce à une étroite coordination entre le ministère de la Santé et de la Population et ses partenaires, qui travaillent en collaboration avec les communautés, la réticence à la vaccination est en baisse, ce qui rassure les parents et les personnes qui s'occupent d'enfants quant à l'efficacité des vaccins pour prévenir les maladies et sauver des vies.
En 2025, près de 2,5 millions d’enfants âgés de 0 à 5 ans ont été vaccinés contre la poliomyélite en République centrafricaine. La campagne de cette année devrait toucher le même nombre d’enfants, grâce à un effort conjoint du Ministère de la Santé et de la Population, de l’UNICEF et de l’OMS, avec le soutien financier de donateurs de l’Initiative Mondiale pour l’Eradication de la Poliomyélite, notamment Gavi, l'Alliance Mondiale des Vaccins, le Centre for Disease Control (CDC) et Rotary International.