« Le plus grand fléau que nous devons éradiquer c'est la désinformation »

Alors que le ministère de la Santé et l'UNICEF en RCA s'efforcent de vacciner tous les enfants contre la polio, de jeunes bénévoles U-Reporters travaillent avec leurs communautés pour convaincre les parents de ne laisser aucun enfant de côté.

Jose Carlos Rodriguez Soto/ UNICEF RCA
Abdoulaye Ousmane présente un point lors d'une session de formation sur le vaccin contre la polio destinée aux U-Reporters dans le 3e arrondissement de Bangui
UNICEF/Rodriguez
15 juin 2026
Alors que le ministère de la Santé et l'UNICEF en RCA s'efforcent de vacciner tous les enfants contre la polio, de jeunes bénévoles U-Reporters travaillent avec leurs communautés pour convaincre les parents de ne laisser aucun enfant de côté.

Vêtu de son t-shirt « U-Reporter », Ousmane Abdoulaye, 23 ans, entame son exposé devant un groupe de 30 jeunes du quartier PK5 de Bangui par une déclaration percutante : « La polio menace les enfants du monde entier, mais la plus grande maladie que nous devons éradiquer en premier lieu, c’est la désinformation. »

Et pour étayer son propos, il explique que son quartier « est le quartier de Bangui [capitale de la République centrafricaine] qui compte le plus grand nombre d’enfants non vaccinés contre la polio, et l’une des raisons est qu’il y a trop de fausses rumeurs qui circulent et qui font croire aux gens que si l’on vaccine son enfant, il tombera malade ». Sa conclusion est claire : 

: « Nous devons mobiliser notre communauté, et pour cela, nous commencerons par nous informer, afin d’avoir une compréhension claire de cette maladie et de son vaccin. Nous avons également besoin d’une bonne stratégie de communication pour convaincre les gens. »

Abdoulaye Ousmane, mobilisateur volontaire de santé.

Ousmane est un membre actif des U-Reporters, un réseau de jeunes soutenu par l’UNICEF en République centrafricaine. Il s’exprime avec l’enthousiasme de quelqu’un qui vient de découvrir de nouvelles façons d’aborder ce travail. Il y a quelques semaines, l’UNICEF l’a aidé à participer à un « Youth Mobilization Lab » à Nairobi. Cet événement a réuni de jeunes leaders communautaires de 20 pays afin de renforcer leurs compétences en matière de plaidoyer en faveur de la vaccination contre la polio. Parallèlement à cette formation, les participants ont également assisté au Sommet mondial de la santé, qui s’est tenu en même temps à Nairobi avec le soutien des Nations Unies.

« Ma participation a été une expérience très enrichissante sur le plan personnel et professionnel, », il commente. « Elle m’a permis de rencontrer des jeunes leaders engagés venant de plusieurs pays, d’échanger des idées et de découvrir différentes approches de mobilisation communautaire. Avoir écouter leurs différentes expériences et des défis dont ils ont fait face, a beaucoup changé ma manière de voir les choses et a renforcé ma motivation à continuer mes actions de sensibilisation et de plaidoyer en faveur de la vaccination et de la santé des enfants dans ma communauté et en RCA. »

Rempli d'enthousiasme, Ousmane est rentré chez lui avec une motivation renouvelée : « Je partage toujours avec mes amis tout ce que j'apprends de nouveau et d'intéressant. »

Il explique que cette passion pour l'apprentissage et le partage des connaissances a toujours fait partie de sa personnalité :

« J’ai terminé mes études secondaires à l’âge de 20 ans, mais je n’ai malheureusement pas pu aller jusqu’au bout de mes études universitaires. Malgré tout, j’ai toujours été un lecteur passionné et je m’investis pleinement dans le bénévolat au sein de ma communauté. Avec mes collègues U-Reporters, j’ai commencé à dialoguer avec les commerçants locaux du PK5 pour les encourager à envoyer leurs enfants à l’école plutôt que de les faire vendre des marchandises au marché. Nous avons également mené des campagnes pour persuader les parents d’amener leurs enfants se faire vacciner. Dans notre quartier, il y a encore une certaine résistance, mais nous devons persévérer car le changement social se fait lentement. »

Depuis son enfance, Abdoulaye Ousmane se sent appelé à jouer un rôle de premier plan dans la transformation sociale de sa communauté.
UNICEF/Rodriguez Depuis son enfance, Abdoulaye Ousmane se sent appelé à jouer un rôle de premier plan dans la transformation sociale de sa communauté.

Au cours d'une discussion avec les participants (dont 10 jeunes femmes), il a déclaré : « Le premier droit d'un enfant est le droit à la vie, et les vaccins l'aident à vivre et à rester en bonne santé. Nous devons agir pour veiller à ce qu'aucun enfant ne soit laissé pour compte. »

Pour étayer son propos, il a cité l’exemple de Nelson Mandela, qui a lancé en 1996 la campagne « Chassons la polio d’Afrique », mobilisant les dirigeants africains, des personnalités et les communautés pour éradiquer la maladie sur le continent. Il a également rappelé qu’en 1988, environ 1 000 enfants dans le monde étaient paralysés chaque jour par la polio, et que de nombreuses actions coordonnées à l’échelle mondiale ont permis d’inverser la tendance. Le continent américain a été le premier à éradiquer la maladie. 

« De nombreux progrès ont également été réalisés dans notre pays, mais nous ne devons pas baisser la garde »

Abdoulaye Ousmane

La République centrafricaine n'a enregistré aucun cas de poliomyélite depuis 2020. Afin de maintenir ce statut, l'UNICEF continue de soutenir les efforts de vaccination dans le pays.

En 2025, l'UNICEF a collaboré avec le ministère de la Santé et de la Population et l'Organisation mondiale de la Santé pour assurer la vaccination de 2,5 millions d'enfants, grâce au financement de l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite, qui compte parmi ses partenaires Gavi, l'Alliance du vaccin, la Fondation King Salman Relief et la Fondation Gates. Une récente campagne de vaccination à l'échelle nationale a été lancée en avril 2026, avec la participation de milliers d'agents de santé communautaires bénévoles.

Ces efforts sont menés de manière coordonnée dans l’ensemble des pays du bassin du lac Tchad, à savoir le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad. Les initiatives communautaires, telles que celles des U-Reporters à Bangui, jouent un rôle essentiel dans la réussite de la campagne.

« Pour que ces progrès se poursuivent, nous devons convaincre les parents réticents à faire vacciner leurs enfants, et nous devons faire preuve de patience et de persévérance », explique Abdoulaye.

Et il ajoute : « Pour que les gens changent de mentalité, nous devons établir un plan, assurer un suivi et tirer parti des résultats obtenus. Ainsi, lors de la prochaine réunion, nous examinerons comment communiquer efficacement afin de convaincre les parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants. »

L'UNICEF a établi un partenariat direct avec les U-Reporters, facilitant ainsi le fonctionnement du réseau et permettant aux jeunes (« U-Reporters ») de partager leurs opinions sur des questions sociales cruciales, de rendre compte des besoins humanitaires et de susciter des changements positifs au sein de leurs communautés. L'UNICEF soutient plus de 100 comités et groupes locaux U-Report à travers la République centrafricaine, qui mènent des campagnes communautaires (https://centrafrique.ureport.in)

Ces jeunes bénévoles mènent des actions de sensibilisation aux droits de l'enfant, encouragent la scolarisation et luttent contre les pratiques néfastes.

Certains des « U-reporters », formés aux informations essentielles sur la poliomyélite et son vaccin, posent pour une photo de groupe à Bangui
UNICEF/Rodriguez Certains des « U-reporters », formés aux informations essentielles sur la poliomyélite et son vaccin, posent pour une photo de groupe à Bangui

Alors que la session de formation touche à sa fin, les participants prennent le temps, avant de partir, de répondre à un sondage qu’Ousmane leur a distribué et qui aidera l’UNICEF dans le pays à définir ses politiques et à défendre les besoins des enfants et des jeunes.

« Je suis très heureux de travailler avec mes collègues U-Reporters. Il y a parmi nous d’excellents leaders capables de faire évoluer les mentalités, mais les bonnes intentions ne suffisent pas : nous devons nous former, et c’est ce que nous faisons ici tous les dimanches. Je suis sûr que bientôt, davantage de parents viendront faire vacciner leurs enfants contre la polio », conclut-il.

Les jeunes Centrafricains peuvent rejoindre le réseau U-Report pour faire entendre leur voix en envoyant le mot «RCA » ou « UREPORT » par SMS au 1415.