Reconstruire des vies brisées à l’aide de houes… et de confiance
Grâce à un financement du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF), l'UNICEF en RCA coordonne un mécanisme de responsabilisation communautaire afin que la voix des personnes touchées par le conflit dans le sud-est du pays soit entendue
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Antoinette Adiambi, 48 ans, mère de cinq enfants, se déplace prudemment derrière sa maison, dans le village de Koumbouli.
Quelques minutes plus tard, elle revient avec une houe, qu’elle brandit fièrement. Depuis trois mois, des pluies abondantes ont nourri ses jardins, où elle cultive du maïs, du manioc et des arachides — les récoltes qui nourrissent ses cinq enfants. Comme de nombreux foyers du village, elle dépend de l’agriculture pour subvenir aux besoins de sa famille.
« L’année dernière, lorsque les combats ont atteint notre région, nos maisons ont été incendiées. Je me suis enfuie au cœur de la brousse, où j’ai survécu pendant un mois avant de revenir, car les conditions étaient insupportables. La vie reste difficile, mais je dois penser aux besoins de mes enfants, qui étudient dans la ville de Zemio, et m’occuper de mon mari malade. Cette houe est mon bien le plus précieux : c’est l’outil qui m’aide à cultiver la terre et à nourrir ma famille. »
La cour d'Antoinette comprend quatre maisons, qui ont toutes été incendiées lors des violences survenues il y a un an. À bien des égards, elle s'estime chanceuse : après son retour, elle a pu en reconstruire deux. La plupart de ses voisins, en revanche, restent pris dans un cycle de déplacements, et nombreux sont ceux qui traversent le fleuve presque quotidiennement pour trouver refuge à Zapai, de l'autre côté de la frontière, en République Démocratique du Congo.
Koumboli, un hameau situé près de Zemio, dans la préfecture du Haut-Mbomou, porte encore les stigmates du conflit. La plupart des maisons sont en ruines, peu à peu envahies par la végétation, tandis que des soldats patrouillent dans les environs. L'école, qui autrefois accueillait 430 élèves, reste fermée, le marché local a été détruit et le dispensaire qui desservait autrefois la communauté est à l'abandon.
Antoinette se souvient que, pendant une brève accalmie, une ONG internationale s'était rendue au village pour évaluer les besoins. Les membres de la communauté avaient été recensés et une liste de bénéficiaires avait été établie en vue de la distribution de denrées alimentaires et d'autres articles de première nécessité. Mais l'aide n'est jamais arrivée comme prévu et les espoirs de recevoir ce soutien si indispensable ont rapidement été anéantis.
« On nous avait dit que nous recevrions des outils pour nous aider à reprendre l’agriculture. Mais quand les houes sont arrivées, on s’est vite rendu compte qu’elles étaient petites et de très mauvaise qualité. Les gens se plaignaient qu’elles étaient trop fragiles pour être utilisées dans les champs. Après tout ce que nous avions enduré, vous pouvez imaginer à quel point tout le monde était frustré. La communauté était très en colère, et les travailleurs humanitaires semblaient ne pas savoir comment réagir. »
Zamzam Zakaria, 27 ans, membre de l'équipe de jeunes U-Reporter vivant à Zemio, explique comment ils ont réussi à mettre les choses en place en l'espace d'environ six semaines.
« Nous nous sommes assis avec les habitants de Koumboli, nous les avons écoutés, puis nous sommes allés parler aux responsables de l’ONG. Après avoir entendu nos suggestions, ils ont décidé de modifier leur projet et de donner 80 000 CFA (environ 120 euros) à chaque foyer. Les gens ont accepté, car avec cet argent, ils pouvaient acheter des houes de bonne qualité, disponibles dans les magasins de Zemio pour 4 000 CFA. Ils étaient contents car ils pouvaient utiliser le reste de l’argent pour acheter des semences, de la nourriture et d’autres ustensiles dont ils avaient grand besoin. »
« Le fait que nous fassions partie de la communauté et que nous parlions leur langue locale (le zande) incite les gens à nous faire confiance, et les ONG venues de l'extérieur savent qu'elles peuvent elles aussi compter sur nous. »
Zamzam fait partie du groupe des U-Reporters, un réseau de jeunes partenaires de l’UNICEF. En collaboration avec l’ONG nationale « Cinema Numérique », ils gèrent le Mécanisme d’information, et de retour collectif, un programme qui recueille les plaintes des bénéficiaires de l’aide humanitaire et les transmet aux décideurs afin de trouver des solutions chaque fois que les projets d’aide ne fonctionnent pas à la satisfaction de tous. Il est financé par l’UNICEF via le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF), un fonds humanitaire mondial créé par les Nations Unies pour garantir que l’aide d’urgence parvienne aux personnes touchées par des crises, des catastrophes et des conflits armés.
En République centrafricaine, l'UNICEF coordonne ce programme à Zemio, Obo et Rafai, trois villes du sud-est, une région qui, depuis 2024, est en proie à un conflit ayant provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes.
Une partie des fonds du CERF a servi à fournir au groupe un tricycle qui leur permet de se déplacer facilement là où on a besoin d’eux, même si l’insécurité persistante, ainsi que l’état déplorable des routes dans la région, ne leur permettent pas d’accéder à tous les endroits où ils aimeraient se rendre. Malgré ces contraintes, depuis Octobre 2025, ils ont pu traiter avec u succes 678 cas de plaintes. Cela leur procure un sentiment d’accomplissement, comme l’explique Zamzam :
« Les habitants de notre région continuent de souffrir à cause du conflit, mais quand je vois que, grâce à notre travail, ils peuvent améliorer leur vie et voir certains de leurs problèmes résolus, j’en tire une grande satisfaction. »
Les U-Reporters de Zemio n’ont pas commencé leurs activités avec le projet CERF. Comme c’est le cas dans d’autres villes de la RCA, ils mènent depuis plusieurs années des actions en faveur de la communauté, telles que le soutien à l’éducation des filles et l’organisation de séances d’éducation sanitaire dans certains quartiers de Zemio.
Abigael, un autre U-Reporter, partage l'enthousiasme qui anime Zamzam. Il évoque d'autres cas traités par son équipe.
« Nous avons traité de nombreuses plaintes. Parfois, des bénéficiaires nous signalent que leur nom n’a pas été inscrit sur les listes de distribution. D’autres fois, des communautés nous indiquent qu’une pompe à eau récemment installée est tombée en panne, ou que les promesses d’aide ont suscité des attentes qu’il n’est pas réaliste de satisfaire. Notre rôle consiste à écouter les gens et à conseiller les ONG. Nous insistons toujours sur le fait que le plus important est d’identifier soigneusement les bénéficiaires, afin que l’aide parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. »