Préserver la vie en République Centrafricaine
La Journée mondiale de lutte contre le sida est célébrée le 1er décembre. Le thème de cette année est « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida ». Des groupes de jeunes en RCA témoignent de la résilience communautaire.
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Brigitte* est née séropositive, mais elle n'a appris son statut qu'à l'âge de 12 ans, lorsque son oncle, qui s'occupait d'elle depuis sa petite enfance, le lui a révélé. Elle dit que l'acceptation de son état n'a pas été traumatisante et, la même année, elle a commencé à prendre des médicaments antirétroviraux. Aujourd'hui, alors qu'elle a presque terminé ses études et qu'elle a un fils de 18 mois issu d'une relation stable avec un partenaire qui a accepté son état, elle n'a plus peur de ce que l'avenir lui réserve.
« Je fais partie d'un groupe qui aide les enfants et les adolescents infectés par le VIH à accepter leur situation et à aller de l'avant », explique-t-elle, « en surmontant la stigmatisation qui entoure encore cette maladie. Je suis heureuse lorsque je parviens à les convaincre que leur état n'est pas un obstacle à une vie tout à fait normale. »
Brigitte est membre du club E Bata Gigi dans la capitale Bangui. Ce club est un groupe de soutien mutuel qui accueille des adolescents séropositifs. Une fois par mois, elle se rend dans leurs locaux situés dans l'un des quartiers de Bangui, où elle retrouve ses 17 camarades, dont huit filles, qui viennent de différents quartiers de la ville et même de l'extérieur. Assis en cercle, chaque membre partage ses difficultés personnelles et fait le point sur le travail qu'il accomplit dans différents centres de santé.
Florina et Sosthene, les responsables du groupe, accueillent tous leurs amis et les mettent à l'aise, dans une ambiance conviviale.
« Notre groupe s'appelle E Bata Gigi, ce qui signifie « Preserver la vie » en sangho. Nous sommes tous bénévoles. Nous avons commencé en 2018 en tant que groupe de pairs éducateurs, et nous sommes très fiers de voir qu'aujourd'hui, nous travaillons dans 19 centres de santé à Bangui et disposons de 45 antennes dans l'arrière-pays »,
E Bata Gigi bénéficie du soutien de l'UNICEF, avec un financement de la Croix-Rouge française, qui prend également en charge le loyer de ses bureaux à Bangui. Le Dr Kango, l'un des meilleurs spécialistes du VIH du pays, qui travaille à l'hôpital pédiatrique de Bangui, est leur médecin référent, et ils le rencontrent souvent dans son cabinet afin de mieux planifier leurs activités.
« Dans notre groupe, nous apprenons à vivre avec la maladie et à surmonter la stigmatisation qui colle encore souvent à la peau des personnes séropositives. Il est essentiel de s'encourager mutuellement », explique Sosthene.
Aujourd’hui, ils ont 20 000 jeunes membres dans leurs clubs en République Centrafricaine. Leur souhait et augmenter leur présence dans toutes les préfectures du pays.
Une des filles explique que dans son quartier, beaucoup de jeunes craignent de se faire dépister, et ceux qui ont déjà été testés positifs se sentent souvent dépassés. Elle fait de son mieux pour les rassurer, en utilisant sa propre histoire pour leur montrer qu'il vaut la peine de connaître son statut et de suivre un traitement antirétroviral. Les membres du club accordent également une attention particulière au soutien des adolescents dans leur transition de l'enfance à l'âge adulte, en les aidant à s'adapter à leurs nouvelles routines de traitement à mesure qu'ils grandissent.
Les responsables Florina et Sosthene expliquent que leur club a conclu des accords avec plusieurs centres de santé afin d'apporter son soutien aux enfants et aux adolescents chaque fois qu'ils reçoivent leur dose mensuelle de médicaments. Cela leur donne l'occasion de discuter avec eux, d'écouter leurs préoccupations et de les rassurer.
Selon l'ONUSIDA, la prévalence du VIH en République centrafricaine était de 2,4 % en 2024. Bien que le pays ait réalisé des progrès significatifs dans le traitement du VIH, une grande partie de la population n'en est pas pleinement consciente : malheureusement, moins de la moitié des personnes séropositives reçoivent un traitement antirétroviral. La situation est encore plus préoccupante pour les enfants et les adolescents : parmi les enfants de moins de 15 ans séropositifs, moins d'un quart reçoivent un traitement.
La commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre 2025, est une occasion importante de mettre en lumière l'impact qu'ont eu les réductions des financements accordés par les donateurs internationaux sur la riposte à la pandémie de VIH/sida, ainsi que de montrer la résilience des pays et des communautés.
En 2025, une crise financière historique menace de réduire à néant des décennies de progrès. Les services de prévention du VIH sont gravement perturbés en Afrique.
Malgré les contraintes financières, les jeunes de l'association E Gata Bigi à Bangui semblent déterminés à ne pas baisser les bras.
Ils sont prêts à faire leur part pour tenir la promesse d'un avenir sans VIH pour les enfants.
*Son nom a été changé pour des raisons de confidentialité.