Le rêve d’Enoch. Remplacer les déchets par des fleurs
Dans cette Journée Mondiale de la Jeunesse 2025, découvrons le travail des jeunes qui croient à la défense de l’environnement
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Il y a quelques années, lorsqu'il était étudiant à l'université, chaque fois qu'Enoch Sonangba se rendait à sa faculté d'économie, il se sentait mal à l'aise en voyant des tas d'ordures sur la route.
Un jour, il a décidé de mettre en pratique l'idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps : il a rassemblé quelques jeunes de son âge et, sous le regard curieux des passants, armés de houes, de brouettes et de pelles, ils ont enlevé les ordures, les ont remplacées par de la terre, ont planté des fleurs et les ont soigneusement arrosées pendant plusieurs jours.
Mais après avoir créé, avec ses amis, ces « espaces verts » à Bangui, la frustration a vite remplacé l'enthousiasme initial.
« Après quelques semaines à peine, les fleurs avaient disparu et les tas d'ordures étaient de retour. Personne ne semblait s'en soucier. Je me suis senti en colère, mais cette déception m'a aussi fait comprendre que le changement ne peut avoir lieu qu'après un long travail patient d'éducation du public.»
Loin de le plonger dans le découragement, ce premier échec lui a permis de comprendre pourquoi les gens peuvent être réticents à changer de comportement.
« Notre pays manque de lois et de politiques en faveur d'un environnement propre », explique-t-il. «Nous tenons pour acquis que, puisque nous avons beaucoup de forêts et de rivières, nous serons toujours un paradis, mais nous ne pouvons pas baisser la garde ; notre environnement se dégrade de jour en jour.»
Un handicap qui est devenu une lesson de vie
Il attribue à un accident de la route survenu à l'âge de 11 ans, qui lui a fait perdre sa main gauche, la leçon qu'il ne faut jamais baisser les bras dans la vie. « J'étais dévasté et, à l'école, j'ai subi de nombreuses brimades de la part de mes camarades, qui n'arrêtaient pas de se moquer de moi. Mais je me suis convaincu qu'avec de la détermination, je pouvais faire tout ce que je voulais, même avec une seule main.»
Il est aussi persuadé qu'il faut aider les gens à penser au-delà des besoins immédiats : « Un homme peut couper un arbre et le transformer en charbon parce que cela lui rapportera de l'argent aujourd'hui, mais il lui sera difficile de planter un arbre aujourd'hui et d'attendre plusieurs années pour en récolter les fruits. »
Ces dernières années, Enoch a consacré beaucoup de temps à la sensibilisation des jeunes, en utilisant la plateforme U-Report gérée par l'UNICEF. Il ne se lasse pas d'alerter d'autres adolescents et jeunes gens sur le fait que le changement climatique est réel et qu'il affecte déjà gravement l'agriculture, l'élevage et, surtout, la vie des enfants.
Enoch reconnaît qu'il a eu quelques bonnes expériences qui le motivent, notamment à l'école Sainte-Thérèse de Bangui, où, avec l'aide des religieuses, ils ont planté des arbres fruitiers dans l'enceinte de l’établissement. Ces dernières années, Enoch a consacré beaucoup de temps à la sensibilisation des jeunes, en utilisant la plateforme U-Report gérée par l'UNICEF. Il ne se lasse pas d'alerter d'autres adolescents et jeunes gens sur le fait que le changement climatique est réel et qu'il affecte déjà gravement l'agriculture, l'élevage et, surtout, la vie des enfants. Il insiste sur le fait que s'engager dans les questions environnementales signifie prendre soin de notre propre « maison », la planète Terre.
« Je ne cesse de répéter à mes camarades jeunes qu'ils ne doivent pas s'attendre à être payés pour sauver la planète ».
C'est dans son propre village de Sebokele I, sur la route de Mbaiki, non loin de la capitale Bangui, qu'il a installé une grande pépinière, avec plus de 14 000 plants. Il y sensibilise les enfants des écoles voisines, où il reçoit une réponse positive.
L'année dernière, avec le soutien de l'UNICEF, il a participé à une formation en ligne sur les techniques de négociation et de plaidoyer. "Ce cours m'a appris que, pour être efficace dans le changement social, nous devons être excellents dans la persuasion. Si nous convainquons les gens, nous pourrons changer les mentalités et les comportements". Cet an, 2025, à Libreville (Gabon) il prit part à la conférence «One Forest Youth Initiative », une plateforme internationale de leadership de la jeunesse pour la promotion du développement durable.
Enoch dit rêver que sa ville, Bangui, devienne un jour un bel espace urbain avec de nombreux arbres décoratifs, où les gens trouveront agréable de se promener à l'ombre. « Prenons notre avenir en main », conclut-il, « il dépend de nous ».