La lutte contre le mpox dans un système de sante faible

En République centrafricaine, l’UNICEF et le Mastercard Foundation unissent leurs efforts pour renforcer des systèmes de santé pour combattre l’épidémie.

Jose Carlos Rodriguez / UNICEF RCA
A nurse looks over a mother and child.
UNICEF/CAR/2025/Rodriguez
23 septembre 2025

Bertille Yassenga, responsable du centre de santé de Ngoulinga, situé à cinq kilomètres de la ville de Grimari, accueille avec le sourire les mères venues avec leurs enfants. Elle et son assistante, l'infirmière Mediatek Yamende, sont fières des services qu'elles fournissent à une population de 7 600 personnes.

Mais elles n'ont pas toujours bénéficié d'un environnement de travail serein. Au début de l'année, l'atmosphère était différente, car les gens craignaient une épidémie de mpox.

« Nous avions entendu dire que de nombreux cas de variole du singe avaient été recensés dans notre district sanitaire, nous étions inquiets », explique Bertille. « En janvier, nous avons été convoqués à une formation, où l'on nous a appris à identifier les cas suspects et à mettre en place des mesures de prévention. Nous sommes heureux que, depuis lors, cette menace semble être devenue un danger lointain. »

Le personnel de santé des huit centres de santé des sous-préfectures de Grimari et Kouango, ainsi que des deux hôpitaux de district, avait en effet des raisons d'être inquiet. Selon le Dr Freddo Biguene, médecin chef du district de Grimari, en décembre 2024, ils avaient enregistré 50 cas confirmés de la mpox dans leur zone, dont deux décès. Sachant que la « variole du singe », comme on l'appelait autrefois, est très contagieuse, il était impératif d'agir rapidement et de savoir quelles mesures privilégier dans un système de santé aux ressources limitées.

La zone de Grimari et Kouango, au centre de la République centrafricaine, compte 175 000 habitants. Elle faisait partie des zones d'intervention d'un projet coordonné par l'UNICEF et financé par la Fondation Mastercard. Lorsque le ministère de la Santé et de la Population, en partenariat avec l'UNICEF et l'Organisation mondiale de la santé, a lancé la stratégie nationale visant à enrayer la propagation de mpox en janvier 2025, il est apparu clairement que toutes les actions devaient être axées sur la prévention. Le nombre de vaccins disponibles est extrêmement limité et réservé uniquement au personnel médical et aux proches des cas suspects.

A nurse looks at a poster on a health centre wall giving advice on mpox prevention.
UNICEF/CAR/2025/Rodriguez Cyril Ango, infirmier à l’Hôpital du district de Grimari, montre une affiche informant sur les symptômes de la maladie mpox.

« Chaque fois que nous avions un cas suspect, nous prélevions un échantillon sanguin et l'envoyions à Bangui pour analyse », explique le Dr Biguene. « Nous isolions les patients et leur administrions des antibiotiques. Heureusement, ils ont tous bien réagi au traitement. »

L'identification des cas suspects a été rendue possible grâce à un vaste réseau d’agents de liaison communautaires bénévoles, présents dans tous les villages. Leur formation, ainsi que celle de tous les professionnels de santé, est devenue la priorité du projet.

Cyril Ango, infirmier principal à l'hôpital du district de Grimari, a été l'un des premiers stagiaires. « On nous a appris que l'un des comportements à risque favorisant la transmission du mpox était la consommation de certaines viandes de brousse, en particulier celles d'animaux morts trouvés dans les forêts », se souvient-il.

Parallèlement à la formation, les agents de liaison communautaires ont mené une campagne d'information porte-à-porte. Plus les gens connaissaient les principaux symptômes, plus ils étaient susceptibles de donner l'alerte s'ils voyaient un cas suspect. Les taches et les éruptions cutanées pouvaient être des signes d'une éventuelle présence de la mpox, ainsi que d'autres maladies, comme la rougeole et la varicelle, d'où l'importance d'un transfert rapide vers l'hôpital le plus proche pour y être isolé et testé.

À la fin de toutes les sessions de formation, le personnel de santé a reçu des kits d'hygiène : installations pour se laver les mains, savon, désinfectants, gel hydroalcoolique, ainsi que des équipements de protection pour eux-mêmes. Ces kits ont également été distribués dans 15 écoles.

Et deux générateurs électriques ont été fournis aux deux hôpitaux de district, à Grimari et Kouango, afin de renforcer leurs capacités. 

A woman washes her hands outside a health centre
UNICEF/CAR/2025/Rodriguez Une femme en attente de recevoir ses médicaments lave ses mains dans un point d’hygiène à l’hôpital de Grimari.

En juillet 2024, l'Organisation mondiale de la santé a lancé une alerte concernant une augmentation significative des cas de mpox dans le monde, la plupart d'entre eux étant enregistrés en Afrique. Des pays comme la République démocratique du Congo, l'Ouganda et la Sierra Leone ont connu une propagation rapide de la maladie, avec des milliers de cas recensés.

Selon les données officielles, en République centrafricaine, 512 cas suspects ont été identifiés entre juillet et décembre 2024, la plupart dans la préfecture de Lobaye, au sud-ouest du pays, dont 91 ont été confirmés. Entre janvier et août 2025, 427 cas ont été recensés, dont 28 ont été confirmés. Mbaïki, Bangassou, Sangha-Mbaéré et Kembé-Satéma sont désormais les zones où l'épidémie est active, avec une moyenne de quatre cas confirmés chaque semaine.

Two children stand in front of a water point wall.
UNICEF/CAR/2025/Rodriguez Deux enfants du village Ngoulinga sourient à côté d’un forage récemment réhabilité à l’entrée de leur école.

La stratégie de lutte contre la mpox à Grimari et Kouango a été complétée par certaines mesures visant à améliorer l'hygiène dans les communautés, notamment l'augmentation du nombre de latrines dans les villages et la réhabilitation de quatre forages : deux à Grimari et deux à Kouango.

David Nguerekamba, chef du village du quartier Kassembe 1, à la périphérie de Grimari, insiste sur la nécessité d'avoir accès à l'eau potable pour lutter contre les maladies : « L'année dernière, nous avions tous très peur du mpox. Les habitants de ma zone, qui comprend cinq villages, n'avaient d'autre choix que d'utiliser l'eau sale de la rivière Labamba. Nous avions un vieux forage qui était hors service depuis des années. Quand ils l'ont remis en état cette année, cela a été un grand soulagement pour nous tous. »

À cinq kilomètres de là, sur la route de Kouango, un autre forage a été réhabilité dans le village d'Oulinga, à côté de l'école primaire.

Même si le personnel de santé est invité à rester vigilant, un sentiment de satisfaction pour le travail accompli semble régner ces jours-ci à Grimari-Kouango.

« Pour l'instant, aucun nouveau cas n'a été enregistré depuis février. Les mesures de barrière ont fonctionné », conclut le docteur Biguene.

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Remarque : l'UNICEF ne cautionne aucun produit, bien ou service.