Quand la musique devient un espace pour apprendre, guérir et se reconstruire
À Maroua, la musique crée des espaces où les enfants et les jeunes peuvent apprendre, s’exprimer, reprendre confiance et se reconstruire
À Maroua, la musique ne se contente pas de produire des sons. Elle crée des espaces où les enfants et les jeunes peuvent apprendre, s’exprimer, reprendre confiance et renouer avec les autres.
C’est autour de cette conviction qu’une formation de 32 musicien·ne·s pédagogues s’est tenue du 16 au 18 juin 2026 à Maroua, dans le cadre du programme « Je suis musique » de l’UNICEF, en lien avec les efforts de réhabilitation et de réintégration des enfants et des jeunes affectés par les conflits. Ces participant·e·s ont été formé·e·s à des approches musicales inclusives visant à créer des espaces d’apprentissage, de protection et de cohésion sociale pour les enfants.
Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, les conséquences des violences des groupes armés non étatiques continuent de fragiliser les communautés et d’exposer les enfants à de multiples risques. Le projet de soutien à la réintégration et à la réconciliation des ex-associés des groupes armés non étatiques place ainsi la protection de l’enfant, la réintégration et la cohésion sociale au cœur d’une approche visant à contribuer à une paix durable.
Dans ce contexte, la musique offre une autre manière d’accompagner les enfants : une manière de créer du lien, de favoriser la participation et de redonner une place à chacun.
La musique comme outil d’apprentissage et d’inclusion
Pendant trois jours, les participant·e·s ont exploré une pédagogie musicale qui associe apprentissage, créativité et développement personnel.
La formation s’est notamment appuyée sur la méthodologie El Sistema, les droits de l’enfant et des approches participatives. Chant, rythme, coordination de groupe, écoute et utilisation d’instruments de fortune ont permis d’explorer des outils simples et accessibles pour faire de la musique avec les enfants, quelles que soient leurs capacités ou leur parcours.
Mais derrière chaque exercice musical se trouve un objectif plus large : permettre à chaque enfant de participer, de se sentir écouté et de trouver sa place dans le groupe.
Cette dimension rejoint directement l’approche de protection et de réintégration portée par le projet, qui prévoit notamment des espaces adaptés aux enfants ainsi que des interventions favorisant leur réhabilitation et leur réintégration.
Comme l’explique Serge Vianney, formatrice, la musique offre une porte d’entrée unique vers la participation et l’inclusion de tous les enfants : « La musique permet de créer un espace où chaque enfant peut participer, même lorsqu'il ne maîtrise pas encore les mots. À travers le rythme, le chant et le jeu collectif, nous pouvons l'aider à prendre confiance en lui, à écouter les autres et à trouver sa place dans le groupe. »
Cette approche place l’enfant au centre de l’apprentissage et contribue à créer des environnements où chacun peut développer ses capacités à son rythme.
Apprendre à vivre ensemble par le jeu et la créativité
La musique permet aussi d’acquérir des compétences qui dépassent largement le cadre musical.
Écouter l’autre. Attendre son tour. Respecter un rythme commun. Coopérer. Prendre la parole. Accepter les différences. Persévérer.
Autant de compétences qui contribuent à renforcer la confiance en soi, à développer le respect mutuel et à nourrir des relations positives avec les autres.
Pour Aïcha, pédagogue formée dans le cadre de « Je suis musique », cette dimension constitue l’un des principaux acquis de la formation : « Cette formation m'a montré que la musique peut être un véritable outil pédagogique. Lorsque les enfants jouent ensemble, ils apprennent naturellement à s'écouter, à se respecter et à travailler en équipe. Ce sont des apprentissages qui vont bien au-delà de la musique. »
Les sessions ont également abordé les droits de l’enfant, la prévention des violences basées sur le genre ainsi que la protection contre l’exploitation et les abus sexuels. La musique devient ainsi un support pour transmettre des messages de protection et favoriser des interactions positives entre enfants, jeunes, familles et communautés.
Cette approche prend tout son sens dans un contexte où la cohésion sociale constitue l’un des piliers de la réponse aux conséquences des conflits. Le projet prévoit notamment la mise en place de clubs de jeunes, de groupes de femmes, de comités de paix et d’autres initiatives destinées à renforcer les mécanismes de réconciliation au sein des communautés.
Creating Safe Spaces Where Children Can Express Themselves and Rebuild
With "I Am Music", the ambition goes beyond training the adults who work with children.
Participants were also prepared to establish music nuclei, collective spaces where children can learn, create and express themselves together in an inclusive and non-competitive environment.
Créer des espaces sûrs où les enfants peuvent s’exprimer et se reconstruire
Avec « Je suis musique », l’ambition ne s’arrête pas à la formation des jeunes qui encadrent les enfants.
Les participant·e·s ont également été préparé·e·s à mettre en place un noyau de musique, un espace collectif où les enfants peuvent apprendre, créer et s’exprimer ensemble, dans un environnement inclusif et non compétitif.
Pour les enfants et les jeunes affectés par les conflits, ces espaces peuvent représenter bien plus qu’un lieu d’apprentissage artistique. Ils peuvent devenir des lieux où l’on retrouve progressivement le plaisir d’être ensemble, où l’on développe de nouvelles compétences et où l’on peut imaginer d’autres possibilités pour l’avenir.
Mariame, l’une des participantes à la formation, y voit l’opportunité d’offrir aux enfants un espace de liberté et de création : « Je repars avec des outils que je pourrai utiliser avec les enfants au quotidien. Je veux surtout leur offrir un espace où ils peuvent être eux-mêmes, s'exprimer librement et découvrir qu'ils sont capables de créer quelque chose ensemble. »
Cette vision rejoint pleinement l’objectif des interventions de réintégration, qui visent à permettre aux enfants et aux jeunes de retrouver leur place dans leur communauté et d’y contribuer positivement. Le projet prévoit notamment la prise en charge de 1 350 enfants dans le cadre du DDR et l’engagement de plus de 100 communautés dans des activités de cohésion sociale.
À Mémé, cette dynamique s’est poursuivie avec l’inauguration d’un Child Friendly Space, offrant aux enfants et aux jeunes un environnement supplémentaire où ils peuvent être accompagnés, jouer, apprendre et s’exprimer en toute sécurité.
Ces espaces et les activités qui y sont proposées contribuent à replacer l’enfant au centre des réponses apportées dans les communautés affectées par les conflits. Ils permettent également de rapprocher différentes dimensions essentielles : protection, soutien psychosocial, apprentissage, participation et cohésion sociale.
À travers « Je suis musique », la musique devient ainsi un outil parmi d’autres pour accompagner les enfants et les jeunes sur le chemin de la réintégration. Elle ne remplace ni la protection, ni le soutien psychosocial, ni les autres services nécessaires à leur bien-être. Elle crée cependant quelque chose d’essentiel : un espace où l’enfant peut participer, créer, être entendu et construire des relations positives avec les autres. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet de soutien à la réintégration et à la réconciliation des enfants et des jeunes affectés par les conflits, mis en œuvre par l’UNICEF grâce au soutien généreux de l’Union européenne et du peuple allemand.
Dans les communautés touchées par les conflits, reconstruire la confiance demande du temps et des espaces où chacun peut retrouver sa place. La musique peut contribuer à ouvrir ces espaces. Parce qu’un enfant qui chante, joue, écoute et crée avec les autres n’apprend pas seulement la musique : il apprend aussi à vivre avec les autres, à croire en ses capacités et à imaginer un avenir différent. Grâce à l’appui de l’Union européenne et du peuple allemand, l’UNICEF et ses partenaires continuent d’offrir aux enfants et aux jeunes des opportunités concrètes pour se reconstruire, renforcer leur résilience et contribuer positivement à la vie de leurs communautés.