Quand le jeu répare les blessures invisibles
Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, le jeu et la créativité aident les enfants à surmonter le traumatisme du conflit, en leur redonnant espoir et résilience grâce au soutien psychosocial et à l’engagement communautaire.
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À Igawa, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, des enfants qui ont connu la guerre retrouvent le sourire grâce à des activités psychosociales. Dessins, jeux et rires deviennent des outils de guérison, portés par l’engagement de l’Union européenne, de l’UNICEF, de l’OIM et de leurs partenaires. Chaque éclat de rire est une victoire contre la peur et un pas vers la paix.
Sous un soleil doux de l’après-midi à Igawa, dans la localité de Mémé, des éclats de rire résonnent à l’ombre d’un arbre. Autour d’une table improvisée, des enfants dessinent des maisons, des voitures, des rêves. À quelques mètres, d’autres s’élancent dans des jeux collectifs organisés par des animateurs. Ces instants semblent ordinaires, mais pour ces enfants ils sont extraordinaires : ils marquent le début d’une guérison.
Ces enfants ont connu l’indicible. Beaucoup ont fui les attaques des groupes armés. D’autres ont été associés à Boko Haram avant de passer par le centre de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). Nombre d’entre eux ont vu ce qu’aucun enfant ne devrait voir : violences, pertes, déplacements forcés. Leurs souvenirs sont lourds, leurs nuits souvent hantées.
« Ces activités psychosociales permettent à ces enfants d’oublier le stress qu’ils ont vécu et de s’accepter, de jouer ensemble pour que la paix règne définitivement dans la localité », explique Celine travailleuse sociale chez ARDHU. Autour d’elle, des animateurs guident les enfants dans des activités créatives et récréatives : dessins, jeux, danses. Les kits ludiques fournis par le projet deviennent des ponts vers l’enfance : on bâtit des maisons en carton, on imagine des voitures, on invente des histoires.
Les résultats sont visibles. « Quand on regarde le comportement de ces enfants, on voit qu’ils arrivent à sourire, à jouer, à faire comme si rien ne s’était passé », confie Celine. Les parents témoignent aussi : à la maison, leurs enfants reproduisent les jeux appris, rient davantage, aident dans les tâches quotidiennes. Les enseignants, eux, constatent un regain d’enthousiasme pour l’école.
Le projet, soutenu par l’UNICEF et ses partenaires, ne se limite pas à ces moments de détente.
Ces séances ne sont qu’un volet d’un projet plus large, mis en œuvre par l’UNICEF et l’OIM, avec des organisations de la société civile. Il vise à offrir des formations professionnelles, un accompagnement psychosocial, des documents légaux et des espaces sûrs pour les enfants et les femmes victimes de violences. Plus de 1 350 enfants sont concernés par ces actions. Dans une région où l’on compte 453 661 personnes déplacées (dont 385 421 enfants) et 239 violations graves confirmées en 2023, l’action conjointe des partenaires vise à rouvrir des chemins vers la sécurité, la dignité et l’avenir. 7 000 ex-associés ont été identifiés et 2 883 sont en réhabilitation au centre DDR de Meri, l’objectif est d’éviter le re-recrutement et de renforcer la résilience des communautés.
Ces activités psychosociales permettent à ces enfants d’oublier le stress qu’ils ont vécu et de s’accepter, de jouer ensemble pour que la paix règne définitivement dans la localité.
Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Les défis logistiques, la coordination avec les autorités et la fragilité sécuritaire compliquent la mise en œuvre. Mais l’espoir est là. Les enfants de 5 à 13 ans affluent, portés par l’envie de jouer, de se sentir en sécurité, de se projeter. « Quand on demande à ces enfants ce qu’ils rêvent de faire, ils disent qu’ils veulent accompagner les autres, devenir enseignants… Ça nous donne beaucoup d’espoir », dit Céline. Dans chaque séance, un enfant ose lever la main pour dire ce qu’il veut devenir : soignant, enseignant, artisan. Là, au milieu des jeux, les rêves remontent à la surface.
Ces sourires retrouvés sont la preuve que, même après la guerre, la paix peut renaître… parfois à travers un simple jeu. Et derrière ces moments de joie se cache un engagement collectif : grâce au financement de l’Union européenne, à l’action de l’UNICEF, de l’OIM et de leurs partenaires de mise en œuvre, ces enfants retrouvent non seulement le goût du jeu, mais aussi celui de l’avenir. Chaque dessin, chaque éclat de rire est une victoire contre la peur, une étape vers la résilience et la reconstruction d’une vie digne.