Des enfants en fuite à Blangloua dans l’Extrême-Nord, piégés par la malnutrition

Après les attaques à Darak, plus de 18 000 personnes se réfugient à Blangloua. Dépourvues de tout, elles vivent dans une grande précarité, où la faim et la malnutrition menacent les enfants.

Fideline Minda Molko
enfants déplacés à Blangoua à l'extrême-nord du Cameroun
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko
19 mars 2026

Sous un soleil écrasant et dans un silence lourd d’incertitude, des milliers de familles tentent de reconstruire une vie avec presque rien. À Blangloua, chaque regard d’enfant raconte une histoire de fuite, de faim et d’espoir fragile.

Depuis trois semaines, la commune de Blangloua accueille un afflux massif de familles déplacées ayant fui les attaques de groupes armés non étatiques dans les localités de Darak. En quelques semaines, plus de 18 000 personnes ont été contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs champs et leurs moyens de subsistance.

Aujourd’hui, ces familles survivent dans de petites cases faites de paille et de bâches usées. La solidarité des communautés hôtes constitue leur principal soutien, mais celle-ci s’épuise rapidement, déjà fragilisée par une pauvreté chronique.

Une maman exprime ses craintes de voir son enfant retombé dans la malnutrition à Blangoua
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Parmi les visages de cette crise, celui de Bana, un nourrisson de 14 mois. Derrière ses yeux d’un bleu profond, se cache une grande fragilité. Avant leur fuite, Bana bénéficié du programme de prise en charge de la malnutrition à Darak,  aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (PlumpyNut). Son état s’était amélioré, sorti du programme, il avait même déjà commencé à manger les repas sans.

Mais l’attaque de Darak force sa famille à fuir vers Blangloua, interrompant brutalement le suivi et l’accompagnement des ASC dont bénéficiaient sa maman et son bébé pour lui épargner une rechute.

« Depuis une semaine, il ne prend plus la bouillie. Il pleure presque toute la nuit, il est faible, j’ai peur qu’il redevienne comme avant », confie sa mère, Fatime.

Comme Bana, de nombreux enfants sur le site sont aujourd’hui menacés par la faim et la malnutrition aiguë malgré les efforts déjà faits et la prise en charge des cas de malnutrition soutenus par l’UNICEF. Car, faute de nourriture, certains se tournent vers des solutions désespérées ou des stratégies négatives.

Une famille prépare un modeste repas à Blangoua
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

« Quand je les vois manger ça, j’ai peur pour eux. Mais je n’ai rien d’autre à leur donner »

Mariam, une mère de famille déplacée à Blangoua

Ache, 13 ans, en est un exemple. Chaque jour, elle marche pieds nus sous une chaleur avoisinant 47 degrés, parcourant la brousse à la recherche de quoi apaiser sa faim, l’exposant ainsi à tout risque à ce jeune âge. Aujourd’hui, elle et son petit frère, encore plus amaigri, assis à même le sol, mangent lentement les mangues non mûres, acides et dures, sous le regard inquiet de leur mère, Mariam. « Quand je les vois manger ça, j’ai peur pour eux. Mais je n’ai rien d’autre à leur donner », avoue-t-elle avec un regard impuissant.

Ache, lucide malgré son jeune âge, affirme : « nous savons que ça fait mal au ventre mais nous avons faim. »

Dans les familles d’accueil, la situation est tout aussi critique. Certaines hébergent plusieurs ménages déplacés, ce qui accentue la pression sur des ressources déjà limitées. 

« Nous partageons le peu que nous avons, mais les charges deviennent énormes », explique Mahamad, membre de la communauté hôte qui héberge 20 personnes sous son toit.

Mariam porte son enfant
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Les évaluations communautaires révèlent une situation nutritionnelle alarmante. Sans intervention rapide, le risque de rechute et de nouveaux cas de malnutrition aiguë sévère augmentera considérablement.

Face à cette urgence, l’UNICEF lance un appel pressant aux donateurs pour une réponse immédiate, afin de fournir plus d’aliments thérapeutiques dans le but de renforcer la réponse et le traitement des cas d’enfants malnutris, et de soutenir les familles les plus vulnérables.

Sans une mobilisation rapide, cette crise silencieuse pourrait se transformer en tragédie.